Alexis Wright – Carpentarie – Actes Sud

•novembre 10, 2009 • Laisser un commentaire

Comment peut-on survivre lorsqu’on est aborigène en Australie, soumis depuis plusieurs siècles à la pression de carpentarie l’homme blanc et aux terribles dégats de l’alcool au sein de populations paupérisées et humiliées ? Par la littérature. La littérature qui prouve une fois de plus qu’elle est la première de toutes les sciences humaines, la seule qui dure, la seule à être capable de toutes les infinies nuances de l’histoire humaine. Loin des leçons de philosophie, d’histoire ou de sociologie, la littérature donne à voir le passé, le présent, les blancs, les aborigènes, les zones grises entre le bien et le mal. La vie tout simplement. Avec Carpentarie, roman en partie autobiographique, Alexis Wright, activiste des droits des aborigènes, a imposé la figure de l’écrivain aborigène au sein de la société australienne et participé à l’évolution du regard des blancs sur les aborigènes, des aborigènes sur les blancs et des aborigènes sur eux-mêmes. Comme les auteurs amérindiens, les auteurs aborigènes ne sont pas dans la plainte ou la malédiction mais dans la vie, complexe, ardue, redoutable. Une littérature vibrante et passionnante dont Carpentarie est une nouvelle pépite.

Le roman s’ouvre sur un combat titanesque entre deux « familles » d’aborigènes, qui s’affrontent autour d’une décharge revendiquée par la reine Angel Day, qui chaque jour s’empare des nouveaux « trésors » rejetés par la civilisation blanche. Ce combat provoque rapidement le malaise de la communauté blanche de la petite ville de Desperance, mirage portuaire, devenu ville fantôme. Et pour faire écho à cette violence intra communautaire (c’est moche cette expression !), la nature se déchaine sous la forme d’une belle tornade venue de la mer et délicatement prénommée Leda, la femme cygne. A partir de cette ouverture tonitruante, Alexis Wright déploie la symphonie d’une humanité enfermée sur elle-même. Entre les blancs et les aborigènes les liens sont impossibles à tisser : trop de mépris, trop de souffrance, de gêne, de crainte, trop d’Histoire. Entre les aborigènes les liens se dissolvent dans les vapeurs d’alcool. Carpentarie, golfe magnifique du nord de l’Australie, enfer sur terre pour deux populations arc boutées sur leurs fantasmes.

Alexis Wright livre avec ce roman, unanimement salué par la critique et par les libraires, et récompensé du prestigieux prix Miles Franklin Literary Award (qui salue ici pour la première fois un auteur aborigène), une ode à un peuple qui hésite encore entre la voie du martyre et celle de l’autodestruction. Un poème en prose pour retisser les liens avec les dieux anciens, la terre, le ciel et les hommes. Une démonstration sans faille sur la possibilité d’une rencontre possible. Sans pathos et sans haine, elle décode ce que l’homme blanc a mis en place pour détruire ceux qu’il ne voyait que comme des survivances de la sauvagerie et de la barbarie, une histoire bien commune partout où le fils de Prométhée et des Lumières est allé porter le flambeau de ses propres terreurs.

 

Petite musique du jour – Paramore

•novembre 4, 2009 • Laisser un commentaire

Il y a un an….

•novembre 4, 2009 • Laisser un commentaire

Il y a un an, une journée ordinaire, une nuit extraordinaire.

Barack Obama, l’homme de toutes les promesses était élu à la tête de l’état américain, chargé par une sorte de triste plaisanterie, de nettoyer les écuries d’Augias laissé par l’administration Bush. Passé le moment, le formidable moment d’enthousiasme, de joie, allez de bonheur, nous savions tous que les jours à venir seraient difficiles, pénibles, voire dramatiques. Et cela n’aura pas manqué. Malgré les bonnes volontés, malgré le désir de changer les choses, Obama et son administration ont dû affront et doivent encore affronter les conséquences de la politique de Bush et de sa clique. Guerres, tortures, haines, catastrophes écologiques, politiques publiques inexistantes, autant de mines laissées par la précédente administration… et n’oublions le formidable vivier de haine raciste entretenue par la chaine de propagande de Murdoch, Fox News.

Un an après, ce que nous regardons est terrible : la guerre en Afghanistan dont personne ne sait comment en  sortir, les tueries en Irak, la réalité de la torture, les manipulations iraniennes, les jeux pervers de l’allié israélien et les lamentables tentatives du petit sarkozy pour prouver qu’il existe. En politique intérieure, c’est cette réforme capitale et nécessaire instrumentalisé par les républicains, la crise économique qui ne cède pas pour les ménages et les frondes ici ou là pour limiter l’action contre le réchauffement climatique. Obama semble indécis, fatigué parfois démoralisé.

Et pourtant l’espoir demeure. Un espoir fou, un espoir formidable. Non pas celui d’une croyance aberrante en l’homme providentiel, mais simplement qu’une autre politique est possible, qu’on peut être un honnête homme et un politicien. La volonté d’une administration de penser, réfléchir, comprendre, admettre ses faiblesses et vouloir à toutes forces trouver la meilleure solution, même dans la pire des situations. C’est un homme digne face à la mort de ces soldats envoyés se faire crever la panse dans une guerre imbécile.

Un an après, il faut croire encore en la capacité des Etats Unis de Barack Obama de changer la donne. De donner une nouvelle impulsion à la diplomatie trop longtemps contaminé par la real politik, pour une économie plus humaine, enfin libérée des chaines néolibérales. S’il échoue, que nous le voulions ou non, ce sera un échec collectif. Celui des américains et le notre, celui de peuples qui ont oublié définitivement que l’intérêt particulier doit céder devant l’intérêt général.

Yes we hope, still, because at the end, it’s all we’ve got.

Musique du jour…

•novembre 3, 2009 • Laisser un commentaire

Bon vent…

•novembre 3, 2009 • Laisser un commentaire

à écouter la merveilleuse Kathleen Evin ce soir sur France Inter: “Claude Levi-Strauss vient de nous quitter à la veille de son 101è anniversaire, lassé depuis longtemps, disait-il, d’un monde ayant systématiquement détruit tout ce qui relie les hommes entre eux et à la terre dont ils sont les dépositaires. Avec lui disparaît l’une de ces dernières figures tutélaires d’intellectuels engagés qui, comme Jean Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet ou Germaine Tillion, nous avaient bien souvent indiqué le bon chemin dans les moments difficiles de notre histoire commune. De disciplines, de choix philosophiques et de parcours différents, tous ont partagé une même passion de la liberté, de la culture, de l’ouverture aux autres.” (K.Evin – 03/11/09 – France Inter)

Musique du jour …. Halloween party

•octobre 31, 2009 • Laisser un commentaire

Alexandre Dumas – Histoires de vampires et de morts vivants – Pocket

•octobre 31, 2009 • Laisser un commentaire

Halloween oblige, et pour changer un peu des éternels Cullen, de la jolie Bella ou des cohortes de loups garous amérindiens, voici une lecture tout à fait indiquée (et fortement recommandée). Alexandre  Dumas, en très grande, dumas forme s’essaie à la forme fantastique qui explose en France comme en Angleterre tout au long du XIXè siècle.

Moins sombre que ces camarades britanniques, Dumas n’en livre pas moins de forts séduisantes histoires où l’on rencontre tour à tour le diable, une mère morte et protectrice, une belle dame des Carparthes, des hommes et femmes sans tête mais très bavards et un futur grand spécialiste de la littérature fantastique tombé malencontreusement amoureux d’une ensorceleuse. Une succession de portraits délicieux et plein d’esprit tout à fait digne du père des grands romans qui aujourd’hui encore enchantent les amateurs d’histoire et d’Histoire.

L’édition Classique Pocket qui rassemblent ces histoires à faire peur est remarquable également par son didactisme qui enchantera les amateurs qui retrouvont dans la seconde partie, des extraits des oeuvres qui ont inspirés Dumas, ainsi qu’une analyse fine du phénomène de la littérature fantastique. A lire entre chien et loup, en se gavant de bonbons, ou bien sous la couette à la lumière d’une torche….

Stefan Zweig – Un soupçon légitime – Grasset

•octobre 31, 2009 • Laisser un commentaire

Une nouvelle qui devrait être offerte à tout acquéreur de chien… Sérieusement. Stefan Sweig en quelques dizaines de pages analyse avec génie ce qui conduit un imbécile à s’acheter un zweig chien, puis le même imbécile à redécouvrir l’existence de sa bourgeoise à l’occasion de la nécessaire procréation. Et le drame qui suivit.

Tout est dit. La futilité de cette bourgeoisie anglaise qui s’ennuie, s’ennuie, mais alors s’ennuie à mourir. On se reçoit, on se regarde, on discute de sujets passionnants et on s’ennuie. Zweig ici met en scène deux couples et leur maisonnée respective. Un couple mesuré et digne et son opposé, l’homme charmant et expansif, le sieur Limpley et sa non moins charmante épouse, rendue totalement evanescente par le désintérêt flagrant de son époux.

Afin d’occuper un peu cette brave épouse délaissée, ses nouveaux amis décident de lui offrir un chien. Malheuresement pour tout le monde c’est le très expansif mari qui va s’emparer de la bestiole, lui vouant rapidement une passion totalement hystérique. Cette folle passion qui rend le chien capricieux inquiète les chers amis qui décide une fois encore de ramener notre pauvre Limpley à la raison et à la couche de son épouse.  La dame ne tarde pas à faire son devoir et à concevoir le glorieux enfant qui fera du mari un homme enfin responsable.

Et c’est là que Zweig se révèle être un génie de l’analyse du  cœur des hommes et un maître à penser de tous ceux qui estiment qu’on ne devrait donner de chien à n’importe quel imbécile. Le chien brutalement abandonné,  déprime rapidement puis quand enfin l’enfant parait comprend immédiatement  ce à quoi il doit sa disgrâce. Le chien, étant un homme comme les autres, il comprend donc que pour reprendre ses droits il lui faut se débarrasser de l’intru.

Brillant et cruel, Zweig livre ici en quelques pages une analyse sans concession de la vacuité humaine et de l’humanité des chiens…

Herta Müller – Le renard était déjà le chasseur – Seuil

•octobre 31, 2009 • Un commentaire

Compliqué de lire un Prix nobel, dont vous ne connaissez absolument pas l’œuvre, ni de près, ni même de très loin. Vous lisez les compte rendus élogieux des journaux, vous écoutez muller religieusement les avis autorisés des uns et des autres et vous décidez finalement de lire le premier qui vous tombera sous la main. Et bien, on dira simplement que la main n’a pas été très heureuse. Je serais bien en peine d’émettre une opinion sur la valeur inestimable de l’œuvre de cette allemande élevée  au sein de la minorité allemande de Roumanie, mais Le Renard était déjà le chasseur ne me laissera pas un souvenir impérissable.

Dans ce livre, et apparemment dans toute son œuvre, l’auteure nous conte la tragédie vécue par la minorité allemande de Roumanie, sous la dictature des Ceaucescu. Ici c’est autour des personnalités d’Adina et de Clara que se construit un récit au style étrange, poétique et cruel, naturaliste et presque burlesque. Une succession de clichés (au sens photographique du terme) aux couleurs saisissantes, où l’écriture semble devenir se pixelliser à l’extrême pour mettre en scène un quotidien âpre et parfois totalement saugrenu. Au-delà du naturalisme des scènes décrites, du réalisme de cette vie compliquée par l’espionnage permanent, la peur d’être pris en faute ou simplement soupçonné de ne pas répondre pleinement aux codes en vigueur, c’est finalement la banalité de la vie quotidienne qui frappe d’emblée. Rien de spécial ne se passe dans ce village où chacun semble à sa place.

L’ombre du dictateur apparaît ici ou là, mais on est loin des récits traditionnels sur la vie dans des pays soumis à la dictature, loin d’un Sepulveda ou d’une Valdès. Et c’est sans doute ce qui destabilise un peu la lecture. Herta Muller n’use pas des codes habituels, mais au contraire déploie une écriture poétique, peut être trop pour recréer la tragédie des ces vies en suspens. Et c’est peut être là, la limite de l’exercice. Fasciné par le style, par la beauté plastique de l’écriture, par la puissance des images nées de cette écriture, on pert de vue petit à petit le drame vécu pour ne garder que la beauté de la langue.

Herta Muller est une styliste remarquable, une poétesse du réel. Mais peut –on vraiment peindre une dictature ainsi. J’ai eu parfois l’impression que ce réalisme, cette succession de photos saisissantes d’un monde perdu finissait par dérober la réalité, la faire disparaitre sous un voile esthétique trop épais.  

 

Petite musique du jour…

•octobre 28, 2009 • Laisser un commentaire