Grand Noir…

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Claude Izner – La dragon du Trocadéro – 10/18

51SWh9L66LL__SY300_Un honnête polar signé de deux soeurs, bouquinistes parisiennes qui depuis quelques années mettent en pages les aventures de Victor Legris, détective de la belle Epoque et libraire à ses heures perdues. Dans cet opus c’est le Paris de l’Exposition Universelle de 1900 qui accueille les pas aventureux du détective et de ses acolytes. Des visiteurs de l’exposition et des clients d’un hôtel chic sont victimes d’un Guillaume Tell sur le sentier de la guerre. Rien ne semble lier les victimes entre elles, mais petit à petit une ritournelle maritime guide les pas du détective à la suite d’un mystérieux vaisseau fantôme.

L’intrigue est rondement menée et on se promène avec curiosité dans cette capitale où les pavés sont de bois, la canicule insupportable et où le tout à l’égout déverse dans les proches villes des bords de Seine les immondices des parisiens.

Si l’intrigue se suit bien, la lecture est parfois gênée par le côté très artificiel de la langue choisie. Cette langue presque argotique sonne bizarrement dans la bouche des bourgeois et des étrangers qui sont les héros de cet opus. On a du mal à croire que ces expressions imagées et bigarrées soient d’un usage aussi général. On regrettera également que l’aspect historique et culturel soit rejeté rapidement en fin d’ouvrage dans des notes ajoutées. Il manque aux deux auteures une facilité pour croiser à la fois la légèreté de ces enquêtes et le fond historioraphique plus sérieux, tel qu’on le trouve par exemple chez Ellis Peters.

Je ne me jetterai sans doute pas sur d’autres aventures de Victor Legris, malgré l’intérêt que je porte de plus en plus à cette époque en profonde mutation.

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Moïra Sauvage – Guerrière! à la recherche du sexe fort – Actes Sud

9782742797233Un essai stimulant publié en 2012 mais qui reste d’une troublante activité dans cette période de demande de parité et d’égalité salariale. Dans cette période où le viol atroce d’une jeune indienne a réveillé la société toute entière, dans ce temps où en Egypte les femmes se rebellent contre les attouchements et les atteintes sexuelles dont elles sont victimes chaque jour et enfin dans ce moment de notre histoire où nos femmes en armes parlent enfin de la culture du viol et de la pression sexuelle auxquels elles sont exposées au quotidien.

Moïra Sauvage signe un état des lieux entre espoir et détresse, entre courage phénoménal et lassitude fondamentale. Les femmes, sexe fort, ce n’est pas une nouveauté, ni une révolution, nous savons depuis longtemps que nous sommes le sexe fort, celui qui endure encore et toujours. Mais là, elle nous donne à découvrir le portrait de celles qui se sont affranchies des normes sociales et qui ont su défié les patriarcats nombreux et persistants partout sur la planète. Sportive de haut niveau et de combat, militaires, guerilleras, terroristes, les femmes portent les armes et se battent. Elles affirment ainsi que l’essentialisme cutlurel qui nous contient parfois encore dans le rôle de la chère amie tendre et accueillante pour l’homme et ses combats est un mythe qu’il est toujours nécessaire de dynamiter.

La violence, les femmes la subissent, nous ne le savons que trop, mais elles en sont aussi les actrices et depuis longtemps. L’histoire a son lot de femmes guerrières, mais curieusement cette violence reste incomprehensible pour beaucoup de commentateurs et "spécialistes". Une chose demeure cependant, même quand elles sont actrices de la violence, elles restent victimes d’un système où les hommes les utilisent comme en témoignent les brimades que subissent les militaires, les guerilleras ou les filles des gangs. Elles semblent toujours se voir priver à un moment ou à un autre de leurs choix. Un autre exemple de ces abus est la manière dont les sportives de haut niveau sont moins bien traitées par les médias malgré leurs talents et leurs succès et bien sûr financièrement bien moins pourvues.

Un essai qui nous rappelle que les combats sont encore nombreux et qu’il faut toujours oser être féministes contre le machisme persistant, contre certaines femmes esclaves volontaires. Il faut oser être une femme dans toute sa complexité, et toujours la peur au ventre parce que la violence des mâles reste une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, même pour les plus aguerries, même pour les plus fortes. Nous sommes le sexe fort car nous endurons bien davantage, mais nous sommes sans doute nombreuses à espérer un jour n’être que des êtres humains traités avec respect par nos frères homo sapiens.

Sur le site de l’éditeur

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Théatre – La porte à côté

On passe une excellente soirée au Théatre Edouard VII en ce moment. Outre la joliesse des lieux, le rire est roi dans cette salle car Emmanuelle Devos et Edouard Baer s’en donnent à coeur joie. Ils jouent avec la situation d’un homme et d’une femme que tout oppose et qui se trouvent finalement dans leurs excès. Ils jouent également avec la dimension théatrale du texte par une mise en abime du jeu face à la réalité.

Le texte de Fabrice Roger-Lacan est léger et drôle, sans prétention mais efficace. La mise en scène avec son jeu de portes et de couleurs est bien fait et donne du corps au texte et un environnement plus chaleureux aux acteurs. Pas beaucoup d’innovation dans cette histoire de rejet passionné, mais une grande efficacité et de rapidité. On sent l’influence des séries américaines dans cette écriture nerveuse et rapide. Pas de temps mort.

Quelques bémols cependant, parfois l’écriture s’étire un peu trop parfois comme dans la scène avec la barbue qui s’enlise un peu ou dans le final un peu trop brusque. On sent que l’imagination de l’auteur a connu quelques flottements, sans doute parce que ces situations ne laissent plus guère de place à la divine surprise.

Mais ne boudons pas notre plaisir, c’est une belle et bonne pièce et les acteurs prennent un plaisir qui se propage comme une trainée de poudre dans la salle où les spectateurs explosent de rire avant même la fin de la réplique.

 

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Sexisme dans la mode, le retour

Encore une preuve que la mode est l’un des plus hauts lieux du sexisme crasse. On connait déjà les déclarations de ces polichinelles de marques de luxe exibant des gamines à peine majeures et toujours anorexiques, on sait l’abus d’images dégradantes et dégradées de la "Femme" traitresse, séductrice, tentatrice et nid à péchés, ou encore l’usage inepte du "porno-chic" avatar du porno merdeux du prolo dans son pavillon de banlieue.

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Avec cette nouvelle image prise lors d’un défilé, on a la totale: qui dit maillot dit très dévétu certes, mais pourquoi les talons de 15cm, la maquillage de pétasse, le cheveu platine et surtout le Serpent. Car nous sommes au paradis bien sûr et au paradis, il y a Eve la tentatrice et son maître/sujet, le serpent, celui du péché et de la pomme.

Bref de la bonne daube sexiste comme on ne devrait plus en voir sur les podiums.

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Musique du jour – La belle Catherine

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Jaume Cabré – Confiteor (trad. Edmond Raillard) – Actes Sud

confiteor,M118831Il y a des familles où on sait qu’on ne devrait pas être né. C’est le constat que fait très vite Adria Ardevol, enfant unique d’un couple où le père veut le transformer en linguiste de génie tandis que la mère le veut violoniste virtuose. Dans le grand appartement barcelonais, la famille se dissout dans la recherche silencieuse du père et la froideur de la mère, sous le regard amoureux de la bonne. Adria lui tente de comprendre pourquoi ses parents l’aiment si peu, lui qui avec l’aide du shérif Carson et du chef arapaho Aigle Noir, se fraie un chemin discret dans les fantasmes de ses parents.

Ce récit d’un vie pourrait être la lente aventure de la vie d’un homme, mais par la magie du verbe et de la construction il se transforme en Histoire Humaine où se déploie l’insoluble question du Mal. Des violences inquisitoriales à l’Europe contemporaine en passant par la barbarie nazie et le franquisme, les multiples narrations dévident un même fil d’Ariane qui tisse une toile en ombre et lumières de la vie des hommes.  Ce qui eèrst fascinant c’est la manière dont Jaume Cabré embarque son lecteur attentif dans une narration où la marque du temps se brouille, où les personnages se mélangent pour dire la même essence humaine de la violence et du Mal.

D’une forêt au bois exceptionnel à l’appartement univers du savoir d’Adria Ardevol, le lecteur est invité à regarder se dérouler le destin de dizaines d’hommes et de femmes, unis un instant de hasard par la magie d’un violon d’exception ou par la conviction que leur foi vaut la mort de tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Dans ce maelstrom Adria découvre que son père, collectionneur passionné a su habilement profité des retournements de l’Histoire pour concevoir sa collection, que sa mère est une femme d’affaire redoutable, qu’il a une demi-soeur venue du fond d’un âge insondable et que le violon qui l’a tant fasciné est au coeur d’une longue histoire de malheurs et de violence.

Car au-delà d’un roman sur la vie d’un homme, Jaume Cabré construit une fresque abyssalle sur le Mal et son imprégnation dans l’Histoire des hommes. Il questionne avec Adria cette inconnaissable compagne de l’homme, hydre aux mille visages, combattue mais toujours renaissante, dans les prisons sinistres de l’Inquisition, dans la haine antisémite des nazis, dans la violence franquiste ou dans le nouvel extrémisme islamiste. Tous ces visages du Mal qui s’insinuent dans les cauchemars de l’humanité et prennent brutalement vie au détour d’un pays, d’un fleuve, d’une forêt ou d’une ruelle sombre. Malheureusement, à l’image du vieil Adria dont la formidable intelligence et le savoir encyclopédique sont asséchés par les attaques de la maladie d’Alzheimer, la mémoire de l’Homme finit toujours par oublier les terribles stigmates du Mal permettant ainsi à la bête immonde de resurgir au détour d’un place rouge du sang de l’Innocente.

Un roman bouleversant et magistral (quelle tradution!)

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Classé dans Littérature, littérature espagnole