Louise Erdrich – Ce qui a dévoré nos coeurs – Albin Michel

 Lorsque Louise Erdrich parle de la complexité des relations entre hommes et femmes, parents et enfants, c’est à double titre qu’elle peut nous la raconter. Issue de la rencontre entre des migrants allemands et des indiens anashinabe, son œuvre parle de cet étrange dialogue, parfois difficile, souvent infructueux, mais riche de légendes et de poésie. Avec un sens aigu du conte, l’auteur nous convie à une nouvelle rencontre avec son étonnant héritage. Faye Travers réalise des inventaires dans les maisons de ses connaissance du New Hampshire. De temps en temps, elle découvre quelques trésors, le plus souvent des œuvres volées aux indiens et qui ont servi de décoration dans les maisons bourgeoise du lieu. Aussi lorsqu’elle découvre dans la maison d’un vieil original, un véritable trésors d’objets indiens, parfaitement bien conservés. Parmi ces trésors, elle découvre un magnifique tambour, délicatement décoré. Cette découverte provoque un choc profond chez la jeune femme, qui ressent profondément le son de ce mystérieux tambour. Profondément perturbé par cette découverte, elle décide de voler le tambour afin de comprendre l’histoire de cet objet et les raisons de sa présence dans cette maison. L’histoire de Faye s’efface alors pour faire place à la cruelle histoire de la création de ce tambour. L’histoire d’une femme qui tomba amoureuse d’un homme qui n’était pas son mari et pour lequel elle abandonna son mari et son fils aîné. Dans sa fuite éperdue pour retrouver son nouvel homme, elle sacrifia sa fille qui finit dévorée par les loups. Et lorsque enfin, elle atteignit la maison de son nouvel amour, ce fut pour découvrir qu’il avait déjà femme et enfant. Les deux femmes décidèrent de s’allier pour punir l’homme volage et cruel, guidées par une voix enfantine mystérieuse. Elle créèrent un habit de cérémonie qui se transforma en piège mortel pour l’infidèle. Pendant ce temps, le père de la petite fille sacrifiée au loups retrouvaient ses os et leur offrait comme sépulture, un somptueux tambour, dont chaque signe, chaque décoration semblaient naître d’une mystérieuse voix.

Ce qui a dévoré nos cœurs, ce sont ces amours perdus, ces petites et grandes lâchetés et ceux que nous avons un jour abandonnés. Mais la voix de ceux qui ne sont plus est souvent exigeante. Elle veut être entendue car elle porte une histoire que nous n’avons pas le droit de nier. Ce qui a dévoré le cœur de Faye, c’est un amour sans espoir pour un homme égocentrique, que la vie devra frapper durement pour qu’il prenne conscience des trésors autour de lui. Ce qui a dévoré son cœur, c’est la carapace qu’elle s’est crée pour ne plus souffrir et qui n’ont servi qu’à rendre les fantômes plus cruels encore. Le tambour est le symbole de toutes ces souffrances qui sourdent dans le cœur de hommes et des femmes bléssés.

Extrait: “La vie te brisera. Personne ne peut t’en protéger, et vivre seule n’y réussira pas davantage, car la solitude, et son attente, et brisera aussi. Tu dois aimer. Tu dois ressentir. C’est la raison pour laquelle tu es ici sur terre. Tu es ici pour mettre ton coeur en danger. Tu es ici pour être engloutie. Et quand il adviendra que tu sois brisée, trahie, abandonnée, blessée, ou que la mort te frôle, autorise-toi à t’asseoir au pied d’un pommier et écoute les pommes tomber en tas tout autour de toi, gaspillant leur goût sucré. Dis-toi que tu en as goûté autant que tu as pu.” p. 298

Une réflexion sur “Louise Erdrich – Ce qui a dévoré nos coeurs – Albin Michel

  1. [...] Ce qui a dévoré nos coeurs de Louise Erdrich Chargée de procéder à l’inventaire d’une demeure du New Hampshire, Faye Travers remarque parmi une étonnante collection d’objets indiens du xixe siècle un tambour rituel très singulier. Émue et troublée par cet instrument, elle se prend à l’imaginer doté d’un étrange pouvoir : celui de battre au rythme de la douleur des êtres, comme en écho à la violente passion amoureuse dont il semble perpétuer le souvenir… Avec Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse et La Chorale des maîtres bouchers, Louise Erdrich a imposé son regard insolite et son univers poétique parmi les plus riches talents de la littérature américaine. Une oeuvre qui ne cesse de se renouveler et de surprendre. Lu par Florinette, Hecate [...]

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s