La musique est un cri qui vient de l’intérieur. C’est ce qu’un chanteur français, Bernard Lavilliers écrivait il y a quelques années. Ce regard empirique de l’artiste semble en bonne voie d’être valider par la science. Oliver Sachs est un neurologue et un écrivain, il livre depuis de nombreuses années, certaines de ces expériences au grand public, afin de témoigner mais également pour inciter les gens à écouter un peu plus ce que leur disent, parfois brutalement, leurs petites cellules grises. Musicophilia est un voyage dans la perception musicale qu’elle soit bonne, mauvaise, consentie ou subie, elle peut nous plonger dans les plus profonds délices, nous élever vers les hautes sphères spirituelles, mais elle peut également nous briser, nous conduire dans les méandre de la dépression et de la folie.
Le mystère de la perception musicale. A quel moment de son évolution, l’homme a-t-il décidé de faire de la musique un art complexe, Un langage aux codes précis ? Qu’est ce qui, dans la chimie si particulière et si fragile de son cerveau, l’a un jour poussé vers l’extase musicale ? Impossible à dire, de même qu’il est impossible de dire si les œuvres sur les murs des grottes étaient de simples reproductions de la chasse, des techniques chamaniques ou bien les premières formes d’art clairement ressenties comme telles ? Si notre ami neurologue ne peut répondre à cette question, il peut par contre observer avec précision comment la musique influe sur les différentes aires cérébrales.
Il nous invite à un voyage passionnant dans nos fragiles aptitudes musicales et surtout montre brillamment que notre cerveau est encore plus complexe, encore plus fascinant que notre pauvre imagination ne nous le laissait penser. Commencé avec un médecin frappé par la foudre, devenu pianiste obsessionnel poursuivi avec ceux pour qui la musique devient une torture, à force de répétition d’une courte phrase musicale ininterrompue et souvent involontaire, puis avec ceux pour qui la musique est une béquille particulièrement efficace pour lutter contre la dégénérescence neuronale ou pour qui elle est un moyen d’expression à part entière, ce sont des expériences multiples, uniques qui permettent aux neurologues d’avancer dans la conquête de cette nouvelle frontière, notre cerveau. Ainsi si on sait que l’aire gauche est souvent liée aux perceptions artistiques, on découvre qu’en cas de destruction de cette aire gauche (maladie, attaque cérébrale sévère), l’aire droite peut prendre le relais.
Dans un travail scientifique et philosophique, le professeur Sachs, nous invite à visiter la dimension musicale de l’homme, dans ses aspects les plus divers drôles ou dramatiques. Il nous propose d’observer la complexité de notre appréhension de la musique et de son rôle dans notre vie. Si pour une majorité d’entre nous, la musique appartient à une dimension simplement culturelle, certains cas pathologiques révèlent que la musique s’inscrit bien plus profondément dans notre histoire évolutive et dans les méandres de notre développement cérébral.
« De n’importe pays, de n’importe quelle couleur, la musique est un cri qui vient de l’intérieur … »