Pas de chance pour notre sociologue, la question des funérailles a été saisies et dévorées ave brillo par un talentueux
scénariste d’HBO, Allan Ball (qui est revenu depuis avec une série tout aussi sanglante, True Blood). Ce qui tend à rendre toute sa première partie à la fois empesée et peu novatrice. Certes un essai n’est pas une série, mais reconnaissons que parfois la fiction offre un point de vue autrement plus large que les essais académiques. Ce n’est donc qu’avec sa troisième partie que Julien Bernard offre un point de vue intéressant, en posant la question de la gestion émotionnelle par les professionnels des funérailles. On trouve ici un propos bien mené, intelligent et sobre sur ce qui fait du croquemort un métier très particulier. De l’organisation des funérailles à la prise en charge des affects des acteurs de ce moment particulier de l’existence, en passant par une partie très technique sur le modus operandi des métiers de l’accompagnement des défunts, Julien Bernard déroule un propos qui sans être révolutionnaire, a le bon goût de nous rappeler que puisque mortels nous sommes, il n’est pas inutile de nous préparer à cet ultime moment.
Julien Bernard est sociologue. Sa discipline très courue il y a une trentaine d’année connait depuis quelques temps une sorte d’éclipse due sans doute à sa prétention à tout analyser seule. Remise en cause, attaquée pour ses partis pris et ses errances, la sociologie est doublée sur sa gauche et sa droite par une littérature monde et par internet. Cet essai bien mené ne remettra sans doute pas en cause cette tendance, d’autant que Julien Bernard semble avoir été incapable de prendre un peu de distance par rapport à son propos. Un travers qu’on peut trouver également chez les sociologues des prisons, de la délinquance ou de l’exclusion. Le sociologue qui quitte son bureau pour aller se colleter au réel, propose certes un propos intéressant et circonstancié, mais malheureusement trop convenu, presque ennuyeux. C’est ce qu’on ressent malheureusement très nettement dans les deux premiers chapitres, pourtant bien écrits. Mais de l’intégration à une équipe de croquemorts à la l’analyse de leur gestion personnelle du drame vécu par les familles du mourant, le lecteur ne parvient jamais vraiment à se départir d’une forme d’ennui. Influence trop prégnante de la fiction qui rend tout travail intellectuel un peu emprunté ? Non style et construction du livre, trop académique avec ses témoignages saupoudrés de-ci, de-là.
Pourtant l’auteur ouvre une porte sur un univers mental qu’il aura pu largement développé, cette attitude de l’homo occidentalus modernus face à la mort. Son regard sur ses morts et sur sa mort. Son malaise, et le fait de laisser des professionnels gérer ce qui devrait faire partie intégrante de son histoire : vivre avec la mort des siens. Il y avait là un formidable vivier qui n’est abordé que très superficiellement à la fin du livre et dans la conclusion. Dommage.
notre enfance. En trois cents pages remarquablement maîtrisées, servies par une écriture fine et précise, presque picturale, ce qui pour peindre l’effacement est un art très délicat, Sylvie Germain nous compte le tragique destin d’Aurélien. Le récit se concentre sur une semaine, quelques jours pour dire le passé, le présent, les espoirs et l’irréversible disparition. « Hors Champ » est le récit étrange du passage de la grande photographie humaine plein cadre, au flou, de l’exposition à l’inexistence. L’auteure interroge notre présence au monde, notre présence à nous même et comment la déficience du regard finit par nous effacer du champ du monde.
L’histoire de Netherland et de son auteur est désormais universellement connue. Barack Obama, le président intellectuellement très brillant des Etats Unis d’Amérique, a ingénument consacré ce livre, en livrant au cours d’une interview son goût pour le récit de l’auteur irlandais Joseph O’Neill. Cette première consécration a peut être en partie contribué en partie à la bonne fortune internationale d’un récit qui peut sembler très anglo-saxon. D’ailleurs, c’est en général cet aspect là qui est retenu par ceux qui n’ont pas aimé le livre. Curieux reproche à l’heure où certains dénoncent la globalisation de la littérature. Si ce lilvre n’est pas Le roman de l’année, il reste un récit poignant de ce moment dans la vie d’un individu où ses certitudes vacillent puis s’effondrent dans un grand fracas et où il faut affronter cette poussière aveuglante qui occulte tous les chemins balisés. La grande réussite de ce livre est, en partant d’un évènement cathartique, de réduire progressivement la focale jusqu’au point de l’histoire individuelle.
après une vie de luttes âpres et de brûlantes désillusions. Le mouvement de cette fuite, amplifié par la mise en scène d’une nature pas tout à fait soumise à l’homme, donne à ce livre son ton profondément mélancolique, presque pathétique. Une fuite en avant, qui parce qu’elle se déroule sur une île contraindra le malheureux protagoniste à se confronter à son drame, jusqu’au bout.
multiplier les superlatifs, tant ce livre est réussi. Il faut lire Tim Robbins, pour son regard sur l’Amérique, pour son analyse sans concession des ressorts de son pays, pour son humour magistral, pour son style brillant, pour ses personnages délirants. Bref pour moi, ce roman est Le roman de la rentrée 2009, le plus bel hommage à l’intelligence humaine, un formidable hymne à ce ressort de la littérature qui est consiste à ouvrir la porte à l’absurde pour démontrer la folie des systèmes en place. Subversif est un mot faible pour ce livre. Nécessaire, comme la Minute …
la drogue, la guerre aux revendications sociales et politiques et des deux côtés du gris, de la laideur, la mort et la médiocrité, comme autant de filles hideuses de la guerre. Et pour montrer cette laideur, pour montrer au monde ce que les hommes savent si bien faire à d’autres hommes, les journalistes, les grands reporters, jadis témoins importants, personnalités fortes et respectées, aujourd’hui, simple canal pour déposer les étrons de l’espèce humaine dans l’assiette du consommateur d’informations globales. Ce livre est un brillantissime réquisitoire de la folie et de la médiocrité des hommes (et des femmes), une peinture dantesque de ce que sont aujourd’hui les reporters de guerre, jetés dans tous les conflits par des rédactions racoleuses pour des citoyens blasés. C’est aussi un très joli pied de nez à la légende de l’infirmière au cœur et aux cuisses légères. Gamboa manie à ravir l’épine et l’ironie et les deux nouvelles rassemblées ici sont deux petites merveilles.
incompréhension tient finalement à l’optique de la majorité des critiques : ce roman suivant son titre serait celui du destin de trois femmes. Mais la critique n’a pas assez souligné que deux de ces portraits sont très nettement en relief tandis que la troisième est en creux, une sorte d’absence qui pèse et qui écrase l’homme qui témoigne. Cela dit, le livre est superbe et il faut être un abruti décérébré pour y voir un ramassis de glose de femelle, ce pauvre Murat, en plus d’être un mauvais chanteur est un mauvais lecteur. Les personnages de l’écrivaine sont beaux, complexes, fragiles, incomplets, mais ils trouvent à un moment de leur existence cette force, cette énergie qui leur permet de s’affranchir de la fange dans laquelle d’autres individus ont voulu les maintenir.
autobiographique une part non négligeable de ma propre expérience et de ne plus éprouver ni malaise, ni culpabilité à la lecture de cette inexorable descente aux enfers qui conduisent certaines nouvelles mères aux limites du désespoir. Ce livre est un cadeau. Un cadeau pour soi, un cadeau pour toutes les autres : affronter sans peur la crise qui suit la naissance, refuser les ordres sociaux qui nous enjoignent d’être heureuses, les ordres familiaux qui nous vantent notre bonheur et notre chance. Dire sans honte et sans fausse pudeur que la grossesse et la maternité ne vont pas de soi.