Compliqué de lire un Prix nobel, dont vous ne connaissez absolument pas l’œuvre, ni de près, ni même de très loin. Vous lisez les compte rendus élogieux des journaux, vous écoutez
religieusement les avis autorisés des uns et des autres et vous décidez finalement de lire le premier qui vous tombera sous la main. Et bien, on dira simplement que la main n’a pas été très heureuse. Je serais bien en peine d’émettre une opinion sur la valeur inestimable de l’œuvre de cette allemande élevée au sein de la minorité allemande de Roumanie, mais Le Renard était déjà le chasseur ne me laissera pas un souvenir impérissable.
Dans ce livre, et apparemment dans toute son œuvre, l’auteure nous conte la tragédie vécue par la minorité allemande de Roumanie, sous la dictature des Ceaucescu. Ici c’est autour des personnalités d’Adina et de Clara que se construit un récit au style étrange, poétique et cruel, naturaliste et presque burlesque. Une succession de clichés (au sens photographique du terme) aux couleurs saisissantes, où l’écriture semble devenir se pixelliser à l’extrême pour mettre en scène un quotidien âpre et parfois totalement saugrenu. Au-delà du naturalisme des scènes décrites, du réalisme de cette vie compliquée par l’espionnage permanent, la peur d’être pris en faute ou simplement soupçonné de ne pas répondre pleinement aux codes en vigueur, c’est finalement la banalité de la vie quotidienne qui frappe d’emblée. Rien de spécial ne se passe dans ce village où chacun semble à sa place.
L’ombre du dictateur apparaît ici ou là, mais on est loin des récits traditionnels sur la vie dans des pays soumis à la dictature, loin d’un Sepulveda ou d’une Valdès. Et c’est sans doute ce qui destabilise un peu la lecture. Herta Muller n’use pas des codes habituels, mais au contraire déploie une écriture poétique, peut être trop pour recréer la tragédie des ces vies en suspens. Et c’est peut être là, la limite de l’exercice. Fasciné par le style, par la beauté plastique de l’écriture, par la puissance des images nées de cette écriture, on pert de vue petit à petit le drame vécu pour ne garder que la beauté de la langue.
Herta Muller est une styliste remarquable, une poétesse du réel. Mais peut –on vraiment peindre une dictature ainsi. J’ai eu parfois l’impression que ce réalisme, cette succession de photos saisissantes d’un monde perdu finissait par dérober la réalité, la faire disparaitre sous un voile esthétique trop épais.
[...] Nobel de littérature : Le renard était déjà le chasseur d’Herta [...]