Vingt cinq ans de réflexions, de rencontres, d’apprentissages réunis dans un ouvrage de quelques 450 pages. C’est ce
que nous propose l’historien d’origine bulgare Tzvetan Todorov à travers une série de portraits de contemporains, d’histoires dans l’Histoire et de lectures. Avec beaucoup de finesse, une érudition sans faille et remarquablement distillée, l’auteur nous invite à le suivre sur le chemin parfois ardu de la construction de soi. Chaque rencontre, chaque lecture, chaque expérience a été lentement digérée pour former une réflexion humaniste, chaleureuse et ouverte sur le monde, sans jamais sombrer dans l’angélisme. La signature humaine de Tzvetan Todorov pour discrète qu’elle puisse paraître, se glisse, s’infiltre profondément dans le cœur et l’esprit du lecteur, en l’incitant à faire toujours preuve de cette curiosité et de ce respect qui sont le cœur et les reins de tous les humanistes.
Après une courte introduction biographique, l’historien nous invite dans la première partie à retrouver quelques unes des personnalités qu’il a croisées et qui ont durablement influencé son existence. A tout seigneur tout honneur, c’est l’immense Germaine Tillon, qu’il a rencontré il y a quelques années. Un hommage à la sagesse, à l’intelligence, à l’humanité et au courage, quel plus belle manière d’ouvrir un livre consacré à mettre en exergue la grandeur de l’être humain lorsqu’il veut s’en donner la peine. Raymond Aron, Edward Said, deux professeurs russes moins connus en France, mais qui furent des jalons importants dans l’apprentissage du jeune Todorov avant sa venue en France sont les autres invités de cette première partie. On note entre tous ces figures intellectuelles marquantes du XXè siècle, le refus obstiné de la pensée unique et caricaturale, le besoin presque physique de penser le destin des plus faibles et le refus de considérer l’ordre et le droit comme des machines à opprimer son voisin.
Dans la seconde partie, l’auteur redevient pleinement historien, rappelant quelques moments un peu oubliés de l’histoire récente. Honneur à la patrie de naissance, cette partie s’ouvre sur l’étrange destin des juifs bulgares qui furent sauvés de la déportation et de l’extermination en dépit de l’alliance objective entre la Bulgarie et l’Allemagne nazie. Ce « miracle » s’explique par le tissu social bulgare, par l’histoire d’un peuple qui a connu plus d’oppresseur que de héros nationaliste et patriotique et qui a donc oublié la culture du bouc émissaire si vivace dans la plupart des pays à identité nationale forte… un bon sujet de discussion pour les nouveaux chantres de l’identité à la française. Staline et le communisme stalinien tiennent bien sûr une large place dans cette partie, tant pour dénoncer la fureur et le bruit que pour monter les bassesses d’un système où l’irrationnel et l’absurde règnent aux côtés de la Sainte Terreur. La justice et le droit s’invitent également longuement dans cette partie, que ce soit sous le prisme de la réflexion de Primo Levi ou sous l’angle d’une justice déprise du droit pour ouvrir la voie à la morale. On retrouve ici les réflexions de Germaine Tillon ou de Raymond Aron qui ont compris que lorsque la justice ploie sous la robe sombre du droit elle devient bien souvent totalement inhumaine.
La dernière partie, peut être la plus inégale est une sorte de carnets de lectures, une plongée en soi pour faire jaillir la pensée constructrice des autres. Stendhal, Goethe, Constant ou la Rochefoucauld, on pourrait parfois penser à une auberge espagnole, mais le lien est là bien réel : des moralistes, des hommes qui ont tous profondément intégré les failles et les ruptures de l’être humain, les béances, les cris, les fureurs et les abîmes, mais également ses ineffables éclats, ses fulgurances et parfois, parfois, sa grâce. Au final, une œuvre magnifique, autobiographique par l’expérience, humaniste par le fond. Todorov, historien, moraliste et humaniste, est une des plus belle plume de la littérature française, rappelant ainsi qu’un historien digne de ce nom ne peut faire l’impasse ni de l’érudition, ni du style.
TODOROV dans cette oeuvre montre que la vie est une ouevre en soi. La question reste à savoir comment abolir les frontières entre la vie et l’oeuvre. Comme il n’est pas possible de penser l’homme à partir de son oeuvre, il propose d’étudier les rencontres, les aléas de la vie, les échec aussi… qui font l’homme. Autrement dit, le moi profond n’existe pas, ces sont ces rencontres qui font l’homme. L’homme est un produit de son environnement. Dans cet environnement il y a les autres, et bie nsur la question d’altérité.
MOZART exemple, il nous montre pas seulement l’ouevre, mais l’artiste de sa vie que nous sommes tous.
EFECTIVEMENT L’AUTEUR ICI RETRACE NOTRE CONDITION HUMAINE DE VIE.IL NOUS MONTRE PA SEULEMENT L’OEUVRE,MAIS NOTRE VIE.