Hugo Boris – Je n’ai pas dansé depuis longtemps – Belfond

Il est joli ce titre vous ne trouvez pas ? Je n’ai pas dansé depuis longtemps, pour un cosmonaute enfermé dans la  station Mir pour plus de 400 jours, cela peut sembler étonnant quand on y pense. Car toutes les images transmises par nos chères télés nous montrent toujours ces hommes et femmes volant, tournant, virevoltant dans leur petit nid perdu, comme des danseurs fous. Le roman de Hugo Boris se déploie dans l’espace restreint d’une station spatiale au moment où la Russie achève sa révolution vers le capitalisme le plus brutal. Isolé en orbite, regardant le soleil se lever 16 fois par jour, l’aventurier de l’espace, le héros un peu étrange de cette aventure humaine extrême va prendre conscience des limites de son existence, de sa santé mentale, de ses espoirs. Ivan est cosmonaute, un « héros » de l’ancienne Union Soviétique, un « technicien » dans la Russie qui émerge dans la douleur. Il a été désigné en tant que médecin de bord afin d’accompagner trois missions consécutives dans la station orbitale Mir. Il va également tenter de conquérir l’insigne honneur d’être l’homme qui sera resté le plus longtemps dans l’espace. Après une préparation intensive et abrutissante, le premier groupe composé de deux ingénieurs et de notre biologiste/médecin s’arrache de la pesanteur terrestre pour conquérir le grand espace inconnu. Arrimé à la station Mir après un court voyage dans leur engin spatial, ils relèvent les précédent occupants de la station, bienheureux de retrouver prochainement le plancher des vaches. Ivan, en tant que scientifique, est chargé de surveiller la santé de ses compagnons de voyages mais également d’observer à la loupe l’évolution de son propre organisme. Après une courte période d’euphorie, les trois hommes finissent par prendre leurs distances, les deux ingénieurs ayant du mal à comprendre leur « médecin ». Ivan se trouve bientôt confronté à l’ennui et à une forme étrange de paranoïa. Il se sépare de ces deux premiers compagnons pour « lutter contre les rayonnements solaires », ses rayons extrêmement dangereux qui traversent de part en part les parois de la station comme les corps. Il regarde avec envie ses compagnons s’aventurer hors de la station pour effectuer de menues réparation. Jusqu’au jour (si on peut dire) où il disjoncte et se met à sauter à moitié nu dans la station provoquant un incident majeur. Persuadé qu’on va le débarquer manu militari, il découvre que son commandant ne l’a pas dénoncé et qu’il va donc pouvoir continuer sa mission avec les deux autres duos qui le rejoignent au cours de ses 400 jours dans la station. Il découvre une nouvelle camaraderie, mais également que la psychanalyse pour cosmonaute isolé est à peu prêt la même que pour tout équipage isolé : rien ne vaut un bon film porno pour vous ressouder les liens distendus avec votre «humanité ». Au fur et à mesure que les « jours » passent Ivan peut tout à loisir réfléchir sur ce qu’a été sa vie jusque là, sur la passion, l’amour, sur la fragilité des liens et l’importance de vivre pleinement. Au fur et à mesure que son corps se délite, que sa peau se desquame, que ses os se réduisent, il découvre l’importance de vivre pleinement. Je n’ai pas dansé depuis longtemps est un joli roman d’un apprentissage tardif. Un huis clos en orbite où l’homme pour ne pas sombrer dans la folie doit impérativement tisser des liens avec ses compagnons, comprendre les lois étranges et délicates de la camaraderie. L’écriture est séduisante et le récit se tient. Et pourtant une fois le livre refermé, survient le malaise. Ce livre ne laisse pas le moindre goût, pas la moindre empreinte. Pourtant tout est propre mais voilà, pas la moindre aspérité, rien qui surnage. Ce livre est oublié aussitôt lu et même quelques ficelles utilisées ici ou là comme la cassette porno, ou la cosmonaute russe « libérée » laissent une impression de fiel. Dommage

About these ads

2 réflexions sur “Hugo Boris – Je n’ai pas dansé depuis longtemps – Belfond

  1. Totalement opposé à votre conclusion. La fin déclenche une réelle empathie pour ce cosmonaute que l’on a suivi jusqu’à ce retour sur terre tant souhaité…C’est son meilleur roman ! Et votre fin à vous sent aussi la ficelle mal cousue…

    • Je suis au mi-temps de ce livre, qui me fascine, même si parfois je le trouve un peu lisse, comme les parois d’une fusée. Je suis intriguée par cet auteur, qui maîtrise la langue à la perfection et qui connaît si bien la vie des cosmonautes. Son côté technique, certes, mais aussi les souffrances psychologiques qu’elle peut engendrer. Je m’étonne qu’il ne soit pas russe, ce Boris. Je vais me renseigner ! En tous cas, ce livre, chez moi, laissera des traces.
      Sinon, j’en profite pour vous dire que votre blog, outre son élégance, me semble bien intéressant et bien écrit ! Je vais le suivre.

Poster un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s