Je n’aime pas les émissions d’Isabelle Giordano. Cette ancienne présentatrice d’émissions ciné sévit quotidiennement sur les ondes de France Inter, avec une émission dite d’intérêt général. En clair une émission où on dit tout haut ce que les français pensent tout bas et où on met les pieds dans le plat, en montrant que la vérité est ailleurs… oui c’est un vieux créneau qui fait toujours recette . En général, dès que la dinde s’annonce, je zappe sur France Cul pour écouter les émissions de Raphie Enthoven que je n’apprécie guère plus, mais qui a au moins l’avantage de la fermer devant ses invités (enfin la plupart du temps).
Mais voilà, ce matin, je faisais un truc qui requérait toute mon attention et je me suis dit que la philo, surtout avec une thématique sur la folie risquait de me déconcentrer (et je ne peux pas travailler sans radio ou musique). Donc me voilà, œuvrant avec art à la création d’un fichier d’analyses, tirée brutalement de mon autisme powerpointien par l’intro suivante (je vous fait la version courte, la version longue est ici), y-a-il aujourd’hui dans l’unanimisme que provoque les idées des écologistes, un risque de dérive totalitaire et la mise en place d’une pensée unique ? Nous avons, il faut le dire, eu la plus grande difficulté à trouver pour monter ce plateau des opposants au discours écologiste ambiant, car il semble qu’il ne soit pas bon être opposant aux idées des écologistes. Heureusement, grâce à Pascal Bruckner nous allons enfin pouvoir poser un véritable débat et dire au consommateur s’il doit vraiment croire tout ce que les scientifiques et écologistes nous disent sur l’état de notre monde. Après tout Pascal Bruckner n’intitute-t-il pas son papier dans Libération, Coup de froid sur le réchauffement climatique. »
Pour connaître l’opinion de Pascal Bruckner, dont on se demande bien ce qu’il peut savoir de ce débat, on peut lire le papier ou écouter son propos dans l’émission de Mme Giordano. Ce qui surprend (ou pas quand on connait le machin) c’est le degré de stupidité intellectuelle et éthique dont font preuve la journaliste et le « philosophe ». Pour atteindre un tel degré de malhonnêteté intellectuelle, il fallait tout de même oser. Quand on parle de pensée unique, de pouvoir occulte, de nouveau catéchisme, de nouvelle église, de totalitarisme, de scientisme, d’eugénisme, de pensée dominante ou d’hygiénisme pour parler de l’écologie, il faut être au choix débile, aveugle, sourd, soit juste une petite journaliste en mal de sensationnel et un intellectuel français inexistant sur tout autre scène que la peu novatrice scène française, pour ne pas dire parisienne. Le papier du « philosophe » est d’une telle ineptie qu’en dehors des tenants du complot mondial des écologistes en vue de pousser les pauvres citoyens au suicide, je ne vois pas qui pourrait prendre ce papier au sérieux. Franchement quand on ne fait pas la différence entre climat et méteo, on retourne à l’école… au lieu de se ridiculiser en étalant sur les ondes son ignorance crasse.
On peut gloser sur les analyses des scientifiques, souligner que d’un groupe à l’autre il y a des fluctuations, déclarer comme les imbéciles, que vu la rigueur de l’hiver, franchement le réchauffement climatique, hum, hum !!!, on peut critiquer les méthodes, trouver que certains écologistes sont trop radicaux, d’autres pas assez clairs, d’autres encore pas toujours en phase avec leurs idées, mais prétendre que l’écologie est aujourd’hui une pensée dominante à tendance totalitaire, hygiéniste, anti-humaniste et contre le progrès, relève de la plus parfaite tartufferie. Prétendre qu’aujourd’hui, les écologistes influencent les gouvernements qu’ils infléchissent les politiques, c’est du délire. Rappelons à ces défenseurs de la « liberté », à ces nouveaux résistants, à ces combattants de la pensée unique, qu’au regard de l’échec de Copenhague, au regard de l’absence totale de décisions politiques, l’écologie est le degré 0 de l’influence politique. Il suffit de regarder ce que les lobbys pharmaceutiques , agro alimentaires, pétrochimiques obtiennent régulièrement dans les allées du pouvoir et de confronter avec ce que les écolos obtiennent pour voir que malheureusement l’écologie n’a aucun pouvoir, aucune influence.
On fera remarquer à Mme Giordano que le poujadisme et la démagogie ne sont pas, pardon, ne devraient pas être synonymes de journalisme, mais qu’avec l’émission de ce matin, avec l’intervention lamentable de Bruckner, on a fait plus que friser la propagande, on est entré dedans à plein régime. Cette émission n’était pas un débat mais une tentative assez inepte d’exécution d’un mouvement qui n’a certainement pas besoin de ça. On peut ne pas être d’accord avec les écologistes, trouver les scientifiques du GIEC alarmistes, mais de là à faire de ces hommes et femmes de dangereux idéologues, prêts à fondre sur nos libertés publiques et nos gouvernements, c’est être totalement déconnecté de la réalité économique, sociale et politique et méconnaître la lâcheté des nos élites. On reconnait d’ailleurs dans ces « penseurs » libres, les manières de ceux qui au XIXè siècle prétendaient que Darwin et ses idées évolutionnistes n’avaient pas le moindre fondement et menaçaient l’équilibre du monde. Quand on veut tuer son chien on l’accuse d’avoir la rage, quant on ne comprend pas un débat, on jette l’anathème, on insulte, on laisse entendre, on sous-entend. On parle de scientisme, on agite le spectre d’une science toute puissante contre le bon sens. Le bon sens près de chez vous, la base de la démagogie crasse qui disqualifie le débat basé sur un savoir commun. En France, on ne débat pas, on échange des « idées », du bon sens, des impressions, des préjugés. Et on se méfie de ces technocrates, de ces scientifiques, de ces gens là… parce que tout ça, c’est de la pensée étrangère, cosmopolite…
Je ne sais pas si l’écologie est "tendance", mais je constate que la démagogie est une valeur sûre dans le public comme dans le privé…

