Eric Paradisi – Un baiser sous X – Fayard

Il y a des sujets risqués, même sous le prisme romanesque. Ce qui touche au genre, à la ce qui définit le sexe, la   sexualité des individus, à la relation entre nature et culture peut devenir rapidement soit outrageusement mécanique, soit insupportablement militant. Eric Paradisi échappe à tous les écueils et livre en quelques pages dizaines de pages un roman magnifique, doux, poétique sur l’hermaphrodisme et sur la difficulté de se construire quand on est un enfant né sous X.

Une jeune fille dont on ne sait rien sinon qu’elle ne peut, veut garder l’enfant auquel elle donne naissance dans le sang et la douleur. Son indécision, son histoire étrange a peut être influencé l’indécision sexuelle de la nature. Elle donne naissance à un enfant que l’administration dit sous X, mais également à un petit être à la fois mâle et femelle. Un monstre en somme dans nos sociétés modernes, si tolérantes pour la différence ! Quand une mère ne donne pas de nom à un enfant en voie d’abandon, c’est le personnel médical qui choisit. Trois prénoms dont le dernier deviendra patronyme, porteur des gênes légendaires du père mythique. Camille Lou. L’enfant sera adopté(e), aimé(e) par une mère et une sœur, mais son étrangeté biologique chassera l’homme de la famille, le père et l’enfant se trouve une nouvelle fois au cœur d’une blessure.

XX,XY, nos sociétés aiment que les choses soient claires. Comment grandir alors quand on est fille et garçon ? Il faut choisir. Décider au plus vite et pour cela remettre son destin aux neurones habiles des psy. Camille décide, elle/il sera un garçon. Un garçon qui aime les filles. La bouche des petites filles, les baisers. Mais ce qui est facile quand on est un petit garçon devient compliqué lorsque l’adolescence éveille  le ballet effrayant des hormones. Partagé(e) entre son goût pour les filles et sa fascination pour sa propre féminité, Camille hésite et finalement change d’avis, elle sera une fille. Son androgynie fascine les milieux interlopes de la mode et des arts, avides de ces corps étranges et des maigreurs enfantines ou morbides. Son visage et son corps surexposés l’interrogent toujours sur sa propre identité et sur celle de sa mère étrangère.

Eric Paradisi pose avec beaucoup de sensibilité et par une très belle écriture les questions éternelles de l’identité, de ce que la nature et la culture définissent ou pas. Il raconte l’amour sous toutes ces formes, l’amour qui construit et protége au-delà des différences et des conventions et nous rappelle que nos sociétés si modernes avec leurs codes et leurs règles si parfaites ont oublié les leçons des anciens, ceux qui avaient compris le miracle de l’l raconte l’amour sous toutes ces formes, l’amour qui construit et protége au-delà des différences et des conventions et nous rappelle que nos sociétés si modernes avec leurs codes et leurs règles si parfaites ont oublié les leçons des anciens, ceux qui avaient compris le miracle de l’unité.