David Le Breton – Expériences de la douleur entre destruction et renaissance – Métailié/traversées

Un essai très complet du sociologue David le Breton sur la douleur, la souffrance, la relation entre les deux et les manières multiples de se réapproprier la douleur et la souffrance pour les domestiquer et parfois les dépasser. De la   douleur symptôme de maladie à la souffrance comme prophylaxie, l’auteur nous offre un panorama très complet et tout à fait passionnant sur les multiples regards à porter sur ces deux compagnons de toute vie humaine. En sept chapitres le lecteur est amené à s’interroger sur la douleur physique, ses échos sur la psyché et les moyens mis en place par les individus pour s’affranchir ou utiliser la souffrance et dépasser la douleur. Au final, un livre qui pourrait bien s’apparenter aux grandes leçons stoïciennes et qui aurait sans doute trouvé sa place dans la bibliothèque de Michel de Montaigne.

Le traitement de la douleur par la médecine occidentale laisse bien souvent à désirer. Il y a quelques années, la médecine pensait que les enfants ne pouvaient ressentir la douleur puisque leur système nerveux n’était pas achevé, d’où pour la génération de nos grands-parents, des souvenirs particulièrement douloureux des ablations des amygdales sans anesthésie. Aujourd’hui encore, combien de fois entendons nous ou disons nous « mais quelle chochotte, tu ne supportes rien, tu es une petite nature ». Car la douleur des autres nous échappe totalement. L’empathie la plus sincère, l’expérience préalable d’une souffrance jugée similaire qui nous autorise parfois à émettre conseils et avis, ne représentent jamais que notre regard sur la douleur d’autrui et non la compréhension de ce que cet autre ressent vraiment. David le Breton en rappelant cette simple vérité nous donne à lire l’une des parties les plus importantes de ce présent ouvrage. Puisque nous sommes impuissants à comprendre la douleur d’autrui, il devient nécessaire d’écouter attentivement sa parole.

Après avoir analysé la question de la douleur liée à des maladies chroniques ou à des accidents graves et de la souffrance destructrice qu’elle provoque parfois chez des individus ainsi que les réponses que peuvent apporter une écoute appropriée, l’auteur s’attarde sur une forme de douleur et de souffrance particulière : la torture. Un chapitre particulièrement important tant par sa dimension éthique que par ce qu’ils révèlent des réponses diverses que les victimes opposent à leur bourreaux. La torture est clairement définie ici comme un acte barbare qui consiste non à chercher des réponses, mais dans la volonté d’un individu de prouver sa supériorité et de profiter pleinement du pouvoir de vie, de mort et de douleurs qu’il peut faire supporter à sa victime. Grâce à de nombreux témoignages de victimes de toutes les dictatures contemporaines et par l’éclairage des témoignages des survivants de camps, le sociologue montre comment au-delà de la douleur physique, ce qui est presque insupportable c’est la permanence de la souffrance. L’impossibilité du moindre moment d’oubli. Il explique également comment face à l’insoutenable des hommes et des femmes trouvent quelque part la ressource nécessaire pour dépasser la brutalité et la barbarie qu’ils subissent : ainsi le témoignage de  Miguel Benassayag expliquant qu’avoir su que partout dans le monde des hommes et des femmes inconnus soutenaient leur résistance à la dictature argentine l’avait aidé à tenir face aux bourreaux.

Ce chapitre marque une sorte de transition vers une partie de l’ouvrage qui présente les techniques utilisées par  l’être humain pour  domestiquer sa souffrance que ce soit dans une optique d’apprentissage, de dépassement de soi, de blessures narcissiques. Un très bon et très pertinent chapitre sur l’accouchement et les douleurs associées qui auraient sans doute aidé Elisabeth Badinter à étoffer un peu son propos. Mais également des éléments très intéressants sur la douleur dans l’esprit du sado-masochisme ou dans la domination de son corps par le biais du body art, du piercing. La douleur devient un moyen de dépasser la souffrance psychique, une réappropriation de son corps dans sa dimension la plus extrême : dominer la douleur physique pour reconstruire une psyché abimée.

Un essai assez remarquable et qui pose à chacun les questions relatives à sa propre conception de la douleur, de la souffrance, de l’image de soi projetée par la certitude d’avoir à se confronter un jour aux deux ou à leur expérience. Par le biais des très nombreux témoignages, l’auteur nous rappelle que la douleur et la souffrance associée sont à la fois une expérience humaine globale, mais également la plus singulière, la plus intime des expériences. Personne ne ressent, ne comprend la souffrance ou la douleur d’autrui. Et donc sur la nécessaire humilité de ceux qui sont en charge ou ceux qui se sentent investis de la charge d’aider les patients à affronter la douleur et la souffrance. Un rappel également que chaque individu possède en soi les moyens non de stopper la douleur et la souffrance mais de tenter de les domestiquer. A maints égards, une leçon de stoïcisme qui incite à reconnaître douleurs et souffrances pour ne pas se laisser engloutir et détruire.

2 réflexions sur “David Le Breton – Expériences de la douleur entre destruction et renaissance – Métailié/traversées

  1. LE DORTZ dit :

    Il faut dire aussi que dans le sport l’homme s’inflige lui même ses douleurs, je veux dire par là, qu’il s essayent d’aller jusqu’au bout de leurs forces, et parfois jusqu’à l’épuisement.
    D’autres, aiment se battre comme la boxe et bien d’autres sports de combats. Ils recherchent non seulement une victoire, mais veulent se prouver à eux même leur force et une reconnaissance par leurs “pères”.
    Je n’incrimine pas le sport pour ce qu’il est, je pratique moi même un sport pour me prouver à mi même mes capacités, malgré mes soucis et mes douleurs que je considères comme handicapants. Je fais ce que je peux, c’est tout.

  2. LE DORTZ dit :

    le sport malgré les douleurs procure un échange, une sociabilisation,

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