Enrique Serpa – Contrebande – Zulma

Je n’ai jamais été un grand fan des récits au long cours et en dehors de 5 ans de vacances, je crois n’avoir jamais vraiment accroché à aucun de ces récits. Malgré la maîtrise évidente, le sens de l’humour, la qualité des descriptions  et l’insolite de certaines situations, je me suis copieusement ennuyée. Après avoir lu récemment Babylone-La Havane, je n’ai même pas eu l’impression de vraiment découvrir quoi que ce soit concernant la pauvreté, la prostitution et les petits arrangements avec la morale. Un roman qui a pourtant tout pour plaire notamment par son écriture très maîtrisée et très imagée. A noter l’introduction éclairante d’Eduardo Manet qui rappelle que les révolutions font souvent le ménage à la hache.

Contrebande, publié à Cuba en 1938, en pleine période Fulgencia Batista, lorsque Cuba était le bordel des Etats Unis, raconte par le menu les aventures d’une bande de matelots qui décident, pour survivre, d’abandonner la pêche, que les pratiques de dumping social (et oui déjà) rendent inopérantes pour simplement  nourrir les familles au profit de la contrebande d’alcool, activité toujours remarquablement particulièrement malgré les dangers encourus.

L’armateur d’un joli petit bateau, la Buena Ventura, décrite avec la même précision et la même émotion qu’on mettrait à décrire une jolie femme, décide après une énième nuit trop agitée et une énième confrontation avec le capitaine de son navire, l’étrange et talentueux requin de se lancer sous couvert de pêche dans la contrebande d’alcool. Serpa décrit avec beaucoup de détails la vie difficile des crève la faim de Cuba : les putes, les enfants, les familles, toute une population cherchant à tirer quelques profits du grand bordel ambiant, sans beaucoup de succès. Sous l’apparente résignation et la crapulerie de cette population pointe pourtant les premières lueurs d’un feu que quelques fils de familles cubaines parviendront à attiser sur toute l’île jusqu’à l’explosion du modèle capitalisto-mafieux. Il nous ballade sur les eaux mouvantes de la contrebande et il faut avouer que certains moments sont jouissifs tant notre armateur déjà peu courageux avec les femmes et décidément très attaché à la bouteille, se montre tout aussi peu doué pour diriger sa petite affaire.

On sent l’intérêt de l’auteur, sa tendresse pour ce monde parallèle, cette cour des miracles cubaines. Malheureusement je ne suis pas parvenue à vraiment profiter pleinement de livre.

Editions Zulma