Imaginez un cow boy…maintenant imaginez un cow boy qui soit aussi shérif… Imaginez qu’il vive au fin fond du
Wyoming…Imaginez maintenant qu’il écrive. Inquiétant…Libre, drôle, impertinent et surprenant. Les éditions Gallmeister font mouche une fois encore en publiant le premier volume des aventures d’un shérif de la région des Bighorns Moutains où les blancs et les indiens survivent péniblement, se lient ou s’affrontent suivant autour de la bonne vieille hache pas si bien enterrée que cela. Walter Longmire est un ancien du Vietnam où il a apprit la valeur des hommes au-delà des socles sociaux inamovibles. On ne peut s’empêcher de voir derrière ce personnage de papier, l’ombre de son auteur, ancien prof d’université, amateur de pêche, ancien charpentier, tout cela désormais savamment dispersé au fil des pages de ce livre. Comme chez Tapply, les paysages sont omniprésents dans ce livre, mais jamais écrasants, des écrins pour abriter les passions humaines. Pas non plus de bains de sang ou de considérations politiques, des récits simples et directs, bien construits, efficaces et prenants. Quand les taiseux prennent la plume, ils en ont des choses à dire.
Walter Longmire est le shérif d’un petit comté perdu dans les grandes plaines de Big Blue Sky state. Veuf depuis trois ans, il promène sa lourde et grande carcasse attirant l’attention des femmes de son entourage. Sa mélancolie et le laisser-aller qui le transforme en shérif trop gras et un peu trop porté sur la dive bouteille, tandis que sa petite maison se change en refuge pour poussière et rats, lui vaut bientôt une reprise en main abrupte sous l’égide de sa fille, de son meilleur ami, Henri Long Bear et de sa collaboratrice, la sémillante Vic, flic de Philadelphie, échouée dans les hautes plaines. La vie est calme dans les hautes plaines pour un shérif un peu trop triste. Aussi quand il est confronté à un viol d’une jolie jeune fille, abusée par quatre de ses adolescents du comté, un viol particulièrement sordide puisque la gamine, déficiente mentale a été suppliciée à l’aide de manche à balai et de batte de base ball, et que la justice passe avec une singulière légèreté sur les criminels, doit-il se confronter une fois de plus au mépris dans lequel les blancs tiennent encore la population cheyenne de la réserve toute proche.
Quelques années après ce viol, Walter Longmire est appelé sur les lieux d’un accident. Un jeune homme a été abattu à la limite de la réserve. Ce qui a tout d’un simple accident de chasse, prend rapidement une tournure beaucoup plus problématique avec la découverte d’une plume d’aigle sur le cadavre. D’autant que le mort, Cody Pritchard n’est autre que le meneur du viol de la jeune Melissa Little Bird et qu’il a la réputation très méritée de ne pas aimer ces sauvages qui hantent encore les hautes plaines, sur les rives de Powder River, à quelques kilomètres du site de la bataille de Little Big Horn. Walter Longmire espère que ce meurtre n’est pas le début d’une nouvelle guerre ouverte entre les deux communautés. Pour cela, il doit enquêter et suspecter ses plus proches amis et la famille de la jeune fille. Une enquête qui s’annonce périlleuse pour tout le monde.
Craig Johnson est un homme d’expérience et cette expérience est mise au service d’une écriture efficace et limpide, aux dialogues particulièrement enlevés. L’humour est présent partout même dans les situations les plus graves, ainsi l’annonce par Walt de la mort de Cody à son père est un grand moment d’humour noir. Cet humour est présent partout mais il ne cache pas une forme de mélancolie, d’inquiétude devant le devenir d’une nation, autrefois brillante et qui aujourd’hui se bat contre l’alcool et l’ennui pour ne pas garder vivante une culture et un passé. En bon professeur, Johnson n’oublie jamais qu’une bonne histoire s’inscrit dans un temps long et que les petits détails, les histoires individuelles nourrissent les grandes légendes. Ce livre se dévore et le dénouement est surprenant…la vengeance est un plat qui se mange décidément très, très froid.

