Les relations de l’ex-ambassadeur de France au Sénégal et de son ministre de tutelle, le télégénique mari de Mme Ockrent ont fait la une de la presse, échange d’amabilités aigries comprises. A cette occasion, on a pu noter à quel
point Kouchner pouvait se montrer vindicatif, ce qui tendrait à prouver que Rufin n’a pas tout à fait tort quand il explique qu’au Quai d’Orsay, on se contente d’entériner les ordres des petits messieurs de l’Elysées. Ce roman sans prétention n’est sans doute pas le récit circonstancié des activités d’un ancien ambassadeur, mais c’est un polar honnête, qui fera la joie des dames de la côte.
Le roman s’ouvre avec un incident qui est le rappel d’une tentative de prise d’otages dans le désert qui s’est fini par l’exécution des otages. Ils étaient français dans la réalité, ils sont italiens ici. Une erreur dans une zone où les touristes ont une valeur marchande non négligeable pour ces nouveaux trafiquants. Cet argent va dans les poches des petites organisations terroristes, mais également des petits parrains locaux.
Loin de là, dans une Amérique qui semble enfin prête à regarder autrui comme des amis potentiels plutôt que comme des ennemis irréconciliables, des hommes qui ont fait fortune dans les milieux interlopes de la sécurité privée, observe le monde nouveau avec appréhension. Ces réseaux ne se développent jamais aussi que dans le fumier des guerres, guérillas et haines recuites. Les tentatives d’apaisement du nouveau locataire de la Maison Blanche, outre qu’elles choquent leur vision du monde, font aussi courir un risque non négligeable à leurs finances. Pour eux, la mort de ces touristes est une preuve parmi d’autres que la menace terroriste est toujours aussi forte et qu’il est nécessaire de poursuivre la lutte partout dans le monde.
Pendant ce temps, sous les ors du Quai d’Orsay, la très séduisante Jasmine prépare la venue prochaine de dignitaires saoudiens, des hommes à traiter avec tout le respect dû à des bédouins mal dégrossis. Mais cette parfaite fonctionnaire s’avère vite être beaucoup moins lisse et politiquement correct que prévu par le protocole. Veuve d’un consul perdu au fin de la Mauritanie, elle a dû batailler ferme pour retrouver une vie digne. Mais dans un monde aux règles aussi complexes, la dignité demande bien des sacrifices et surtout beaucoup d’accrocs à la dignité.
Naviguant de l’un à l’autre, Jean-Christophe Rufin construit tranquillement son polar, entre diplomatie, services de renseignements, groupes terroristes. De manipulations en manipulations, il enferme son lecteur dans une histoire qui s’avère beaucoup plus complexe qu’on ne l’imagine à la lecture des premiers chapitres. Prenant et bien écrit, avec des personnages qui ne cessent de prendre des chemins de traverse et des situations ambigües, Katiba s’avère aussi mouvant que les petites cellules terroristes auxquelles le roman se réfère. Sans nul doute un de jolis succès de l’été.