Face à la vieille garde des magazines sur papier glacé, aux images léchées et aux tombereaux de pub frelattées, voici donc, après la belle revue XXI, sa cousine voyageuse dans le temps "Usbek et Rica". Souvenez vous, Les Lettres
Persannes, quand les Lumières découvraient que les sauvages et les hérétiques des marches du monde civilité savaient aussi réfléchir et penser…à condition de penser dans le sens des Lumières…Les deux protagonistes de Montesquieu reviennent donc sous les plumes collectives d’une bande de potes qui ont décidé que le marasme de la presse écrite n’était pas une fatalité et que la qualité pouvait (devait?) être la réponse pour lancer l’opération "reconquista".
Ce premier opus est plutôt réussi. Usbek et Rica revenus du futur se promènent dans notre modernité pour en souligner les failles et en profite pour rappeler leur credo, sans histoire, on construit l’avenir sur des sables mouvants. Ils reviennent ici ou là tout au long de la revue pour un petit épilogue, une sorte de morale de l’histoire. La revue se construit autour de reportages, d’interviews, d’analyses. Elle regarde notre présent et se laisse tenter par la prospective autour de dossiers qui ont tous en commun de faire parler la science et la notion de "progrès", en évitant de tomber cependant, dans le positivisme béat.
A noter dans ce premier numéro, un superbe reportage photos sur les casseurs de pierre du Burkina Faso qui se regarde en lisant le formidable Photo de groupe au bord du fleuve, d’Emmanuel Dongala, quelques bonnes questions sur nos amis dictateurs, rassemblés sous les couleurs de l’équipe de l’oppression des peuples (un peu facile tout de même cet article, mais bon), ou un très remarquable papier sur ce "talent", nouvel eldorado des imbéciles et des "foules sentimentales".
Beaucoup d’autres belles choses dans cette revue, légère et précise, intelligente et drôle. Alors bon vent à nos nouveaux voyageurs intemporels et au 9 septembre pour la suite.
PS: pour les prédictions footabalistiques, on oublie