Dorothy Parker a été pendant de longues années une chroniqueuse redoutable de la vie intellectuelle américaine. Acide, brutale et sans concession, comme beaucoup de femmes de ces temps de la liberté enfin conquise et
revendiquée, elle n’hésita jamais à user de sa verve et de sa plume pour stigmatiser les ridicules, les barbons, les us et coutumes aussi bien que les mauvais acteurs ou les livres fumeux. En 1916, elle commence à écrire pour le déjà prestigieux Vanity Fair de petits poèmes pour dire la haine que lui inspiraient les femmes, les hommes, les maris, les époux, les vantards, les bellâtres, la vie de bureau, les actrices et les jeunes loups.
Construits sur le même modèle ces 19 petites pièces, chronique d’un esprit vif et rétif à la médiocrité de ces années de guerre, dressent un portrait sans concession de ce que la société vante chaque jour comme modèle du monde libre. Les imbéciles n’y verront que le venin d’une virago, mais qu’importe les imbéciles, il est plus que temps de les remettre à leur place. J’imagine ce que la belle Dorothy aurait pu écrire sur les critiques modernes, sur cette pauvre baudruche de Houellebecq ou sur les dames patronnesses des lettres françaises. Ou sur ces présentatrices qui se partagent le PAF étalant leur ineffable médiocrité à longueur d’ondes publiques.
Ma chronique du jour, “je hais les raseurs, ils tuent ma joie de vivre!” La chroniqueuse en quelques phrases bien senties nous les présente comme ils ont été, comme ils sont et comme ils seront toujours, d’insupportables crétins qui envahissent votre espace avec leur prétention à vous être indispensable. Mais celles sur les épouses est magnifique aussi. Mais il n’est pas bon avoir la dent dure avec ses contemporains, leur médiocrité finit toujours par l’emporter. La force du groupe. Les êtres rares comme Dorothy Parker finissent seuls, mais gardent jusque dans la mort ce don ineffable du bon mot “Pardon pour la poussière.”
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