Archives Journalières: décembre 24, 2010
Leonard Michaels – Le Club – Christian Bourgois.
Les hommes ont toujours eu besoin de leurs petits clubs pour se sentir exister : chic et anglais, vulgaire et sportif, fraternités universitaires ou maçonnerie. Des clubs pour échapper au quotidien, à bobonne et aux enfants et avoir
l’impression d’être éternellement jeune et si différent. La percée féministe et l’inexorable confusion des genres semblaient sonner le tocsin de ces clubs si typiquement masculins. Face aux femmes omniprésentes l’homo occidentalis tente de reprendre en main son petit univers. C’est une de ses tentatives que nous raconte avec art et finesse l’écrivain américain Leonard Michaels.
Que se racontent des voisins de sexe masculin lorsqu’ils se retrouvent entre eux, dans le salon d’une maison bourgeoise, entre alcool, marie-jeanne et bonne grosse bouffe ? des histoires de femmes bien sûr. Mariage, maîtresses, tentatives ou succès, une longue succession d’histoires où les femmes sont omniprésentes. Fidèle ou volage, grossier ou discret, ces hommes ont tous en commun de sembler totalement perdus sans femme. Ni argent, ni voitures, ni remboursement de prêts, ni boulot, juste les femmes. Chacun y va de son anecdote et chacun donne son avis plus ou moins autorisé.
Vous vous demandiez mesdames ce que les hommes avaient de si intéressant à se raconter ? Mais vous le demandiez vous vraiment ? Car le roman de Michaels nous confirme dans ce que nous savions déjà finalement, sans nous ces malheureux sont perdus… nous sommes le centre de leurs univers et même goujats, médiocres et infidèles, ils finissent toujours par revenir dans le giron familial, incapables de vivre seuls les pauvres petits.
Par contre le miroir que Michaels tend à ses frères en testostérone est sans fard et c’est peut être ce qui fait son succès auprès des hommes auxquels notre si moderne société de consommation intime l’ordre d’être plus performants, plus rapides, plus puissants, plus forts, plus intelligents et également plus sensibles, plus équilibrés, plus gentils, plus doux et plus paternellement corrects que jamais. Alors retrouver la médiocrité crasse du mâle en rut, le langage cru, ses petites aventures sordides et vulgaires devient une sorte de nécessité, une respiration, un besoin presque primale. Michaels réussit un coup de maître, un formidable instantané de ce lieu mystérieux qu’est le club…
