Zoya Pirzad – C’est moi qui éteins les lumières (trad. Christophe Balay) – Zulma

L’Iran d’avant la révolution islamique, un monde si lointain qu’il nous semble aussi incongru que la description de la France des rois fainéants. Un monde à la croisée de la modernité occidentale et des traditions persanes. Les femmes  ressemblent à celles que les films américains des années 50 mettent en scène, bien mises, bonnes mères et organisatrices du foyer. A certains égards j’ai pensé à ce formidable roman et à son adaptation au cinéma, « la fenêtre panoramique », avec ce portrait de femme piégée par la normalité. D’ailleurs, on retrouve dans le roman de Pirzad, cette fenêtre sur cours, cette ouverture sur d’autres quotidiens qui semble brutalement réduire notre espace, le réduire au point de nous rendre presque claustrophobe. L’auteure, par touches fines, nous peint un quotidien où tout est là pour la satisfaction de chacun mais où la mélancolie s’insinue inexorablement.

Abadan, un quartier chic, de la verdure et de jolies maisons pour bonnes familles bourgeoises. Les hommes travaillent, les femmes s’occupent des enfants et des activités qui égaient la vie de tous. Clarisse vit dans une de ces jolies maisons, avec un joli jardin bien vert, avec son mari Artosh, son fils aîné Armen et ses jumelles Armineh et Arsineh. Une bonne petite famille bourgeoise, un quotidien très calme, irrité ici ou là par les activités « politiques » d’Artosh et par la révolte adolescente d’Armen. Clarisse semble gérer son petit monde au mieux, malgré une mère et une sœur légèrement perturbées, jusqu’au jour où une nouvelle famille s’installe dans la maison de l’autre côté du jardin, le lot G4. Une famille étrange avec une grand-mère, un fils et une petite fille. La grand-mère règne en tyran sur ses descendants, provoquant l’incompréhension du voisinage par sa morgue et sa suffisance.

Très vite une relation amoureuse se noue entre le fils de Clarisse, Armen et la petite fille de la terrible voisine, Emilie. Mais derrière le masque de perfection de la jolie Emilie, se cache une gamine méchante et manipulatrice qui aime provoquer et pousser les autres à la faute. Mais c’est Emile, le père d’Emilie, un veuf vivant sous la coupe de sa mère, qui va bouleverser le quotidien bien sage de Clarisse.

Zoya Pirzad a un véritable don pour peindre le quotidien, pour rendre palpable les habitudes, l’ennui, l’agacement naissant et l’incompréhension lorsque brutalement un évènement inattendu vient profondément modifier ce qu’on croyait permanent. La scène de l’attaque des sauterelles est absolument remarquable, tout comme la querelle entre Clarisse et son mari qui se termine avec un pot de sucre renversé méthodiquement dans la cuisine. Ici, là-bas, le destin des femmes qui choisissent de s’investir dans leur famille semble toujours le même pour celles qui sont trop sensibles, trop rêveuses, trop idéalistes… mais elles tiennent, d’une manière ou d’une autre.

Sur le site de l’éditeur

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