Comme beaucoup, depuis le coup de maître de Sukkwan Island, son atmosphère lourde, froide et désespérée, j’attendais avec impatience le second livre traduit en français de David Vann. Comme beaucoup j’ai d’abord trouvé la campagne des
éditions Gallmeister intéressante, puis un peu lourde, puis franchement lourdingue : papiers dans tous les médias, compte rendus minute par minute de la vie de l’auteur et de ses visites en France via les réseaux sociaux omniprésents. Les éditions Gallmeister parient leur rentrée sur David Vann, qu’on se le dise, et pour les malentendants, on va vous l’écrire ! Bref, je me suis précipitée pour l’acheter le jour de sa sortie – victime consentante du consumérisme littéraire – chez un de mes petits libraires, enfin revenu de congés, pour faire vivre la profession, et je me suis jetée dessus comme la faim sur le monde ! Et là, gros, mais alors gros énervement !
Quelque part en Alaska, dans un coin où nulle personne dotée d’un cerveau en état de fonctionner n’irait s’installer volontairement, vit un couple de quinquagénaire. Irene et Gary, couple depuis la fac, ont fait leur nid dans la péninsule de Kenai. Deux enfants et quelques décennies plus tard, Gary décide d’aller jouer les Thoreau, et de construire sa cabane, sur un îlot de la péninsule. Malheureusement pour Gary, le climat de la nouvelle Angleterre et de l’Alaska n’ont rien à voir, et construire une cabane aux avant poste du général hiver, demande des qualités techniques dont il semble totalement dépourvu. Pendant ce temps, Irène, bien décidée à accepter cette énième tentative de son mari pour se prouver qu’il est autre chose qu’un insatisfait chronique, en plus d’un type pas très doué. Mais le passage du Rubicon effectué, Irène se trouve terrassée par une mystérieuse douleur à la tête qui l’empêche très vite de trouver le moindre repos, douleur que les lumières de la médecine ne semblent pas devoir révélées, laissant chacun imaginer que la belle Irène souffre surtout d’un refus introverti d’aller jouer les dames des bois.
Au moment où le couple de ses parents se délite inexorablement, Rhonda file le parfait amour avec le dentiste local : amour et respectabilité, tout ce qu’on demande à un futur mari finalement. Malgré son inquiétude pour ses parents, elle trouve beaucoup de temps pour s’inquiéter de la légèreté de son petit ami qui ne semble guère décidé à lui offrir son cher mariage sous le soleil d’Hawaï…et pour cause, le dentiste est tombée sur un charmant plombage, dans une bouche aussi jeune qu’avide.
« Désolations » est donc le récit en parallèle de deux destins parallèles, où les femmes semblent inexorablement destinées à choir. Si la lecture de ce roman noir, très noir, est agréable, la construction rappelle furieusement celle de Sukkwan Island et on ne doute guère de l’issue dès la fin du premier chapitre. La flèche du destin file et sans beaucoup d’imagination. Si on avait pas, à toutes forces, voulu nous imposer ce livre, comme une révélation, j’aurai été un peu déçue mais sans plus. Le souci vient du battage, de marchandisation du livre et de la manipulation du lecteur. Vann est un auteur agréable, mais ce n’est pas le prochain génie de la littérature américaine. Il y a péril dans la maison littéraire française et la surmédiatisation d’auteurs et de livres médiocres ou juste bons ne va pas aider à sauver les libraires !
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