Un espoir
Un divorce
Un déménagement dans la capitale des Gaules
Une déchirure
Le goût amer de l’échec
Bienvenu à 2012
Un espoir
Un divorce
Un déménagement dans la capitale des Gaules
Une déchirure
Le goût amer de l’échec
Bienvenu à 2012
Il aurait suffi de si peu….
Dernier livre lu ” La maison des frères Conan” de Daniel Cario, pas mal, chronique mi janvier lorsque le livre sera paru en librairie.
Un essai important en cette année éléctorale où le professeur Rosanvallon nous propose de revisiter l’histoire de la notion d’égalité et de montrer que la crise de cette notion nous empêche durablement de repenser ce système dans lequel 1% de la population détient un
pourcentage sans cesse croissant de la richesse mondiale et où les plus faibles se voient rejeter aux marges, tandis qu’une part croissante des classes moyennes craignent aujourd’hui le déclassement. L’égalité serait elle donc une notion vide de sens?
Entre histoire et politique, entre analyse sociale et grande fresque humaniste, Pierre Rosanvallon nous propose de comprendre comment cette notion phare qui voulut rappeler que les hommes quelle que soit leur naissance sont ou devraient être égaux en droit, fut dès le début en but à de profondes incompréhensions et à des doutes profonds de la part des esprits les plus fins depuis 300 ans. Comme si l’égalité restait une notion difficile à admettre pour la majorité d’entre nous.
Prenant pour prétexte de pseudos découvertes biologiques ou se contentant de s’appuyer sur un racisme crasse, usant et abusant de la notion de responsabilité et de l’argent comme objet de discrimination, des groupes et des gouvernements purent réduirent l’égalité à un mot vidé de sens et lui opposer la liberté pour démontrer que l’égalité finalement avait une valeur infiniment moindre, puisque de fait, la nature elle-même était profondément inégalitaire. On sait ce que le darwinisme social fera des découvertes brillantes de Darwin.
Après un passionnant travail de mise en perspective historique, l’auteur nous propose de repenser l’égalité et de la promouvoir enfin à sa place, afin de donner un chance à notre petit monde, d’être autre chose qu’une jungle sanglante et à terme condamnée. La notion d’égalité est une nécessité absolue car elle rappelle que nous sommes tous interdépendants et que malgré la prétention de certains, il va devenir urgent de penser que les droits de son voisins ne sont pas moins importants que les nôtres. Le partage du gâteau qui ne peut pas continuer à augmenter indéfiniment, du fait de la limitation de la planète, doit être profondément repensé, car la notion est complexe, elle demande une remise en cause de beaucoup de croyances et la certitude que l’égalité ne peut être une valeur durable qu’adosser à une empathie profonde et à un engagement de chacun. Bref tout un programme, et quel programme! Les optimistes y verront la clé de notre avenir, les pessimistes une utopie qui finit toujours dans les rets du totalitarisme.
A lire et à méditer.
En ces temps où les chrétiens du monde entier fête la naissance du juif le plus célèbre du monde, il est bon de rappeler qu’en terre très, très chrétienne de Pologne, les nazis et leurs alliés ukrainiens et polonais, réussirent l’exploit d’éradiquer une culture millénaire. Enfin
presque, car pendant que la nuit et la fureur s’abattait sur des millions d’hommes, de femmes et d’enfants, quelques individus, rassemblés dans le plus grand ghetto de Pologne, dans le mouroir de la culture yiddish, décidèrent, contre toute logique, avec un courage et une force morale indestructible de préserver les traces, des témoignages, des écrits, des photos, des noms, des oeuvres d’art. Une oeuvre sans espoir et magnifique qui permet aujourd’hui, malgré la quasi destruction des témoins de ce temps, et la mort de ceux et celles qui initièrent ce projet, de connaitre dans le détail la vie dans le Ghetto, de comprendre un peu la terreur et le désespoir de ces millions d’êtres livrés à la folie d’un groupe d’hommes décidés à aller au bout de leur fantasme de destruction.
C’est un historien de formation, Emmanuel Ringelblum qui imagine ce projet fou. D’abord pour porter témoignage des crimes commis par l’occupant et montrer les relations entre polonais et juifs, poursuivant ainsi ses thèmes d’analyses, puis au fur et à mesure que la brutalité de l’occupant révèle la barbarie du plan d’extermination pour sauvegarder envers et contre tout, ce qui peut l’être. Rester vivant dans la mémoire des hommes malgré la destruction physique annoncée. C’est ainsi que va naître “Oyneg Shabes”, véritable acte de résistance, dont les nazis mesureront vite la portée puisque jusqu’au bout ils chercheront à détruire les hommes et femmes derrière le projet mais également les témoignages.
Cet incroyable travail d’archiviste s’achèvera avec l’enterrement des sources dans des bidons de lait et dans des boites au coeur même de la terre glacée du Ghetto, là où des hommes et des femmes moururent dans une ultime révolte contre l’occupant nazi. Samuel D.Kassow, grâce à ce formidable essai, nous donne à lire ce que furent les dernières années, les rêves et bientôt les cauchemars, les espoirs puis la terreur et le désespoir de ceux et celles qui venant de Varsovie d’abord, puis de toutes les villes de Pologne furent rassemblés dans le Ghetto pour y souffrir et y mourir, pour y être réduit à néant dans leur mémoire d’abord avant d’être éradiqué de la mémoire humaine.
Mais le courage fou, l’espoir presque aberrant de quelques uns, nous permet aujourd’hui de vivre avec les victimes leur calvaire, de nous souvenir de cette horreur absolue et de garder en mémoire un peu de cette culture qui donna des écrivains magnifiques, des poètes, des peintres et des musiciens, aux côtés des anonymes qui avec courage ou dans la terreur, avec grandeur ou sans conscience morale, vécurent et moururent victime d’un crime inimaginable. Un témoignage capital.
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=190796.html
Un dessin animé superbe tant par son histoire que par le dessin et un cadeau évident à faire à tous les petits (et aux autres aussi). Jean-François Laguionie nous entraîne dans son univers où les peintres fuient leur création et où les créatures se rassemblent en petits groupes irréductibles. Un monde où les “tout peints” veulent règner sur le petit monde du tableau et soumettre les “pas-finis” et les “rough”. Une fable sur ces mondes étranges où les dames nues et allanguies se disputent avec les autoportraits, sous le regard amusé d’un Harlequin et où finalement le courage et l’amour finissent par triompher, tandis que les plus aventureux décident que les limites du tableau sont trop étroites.
Grandiose.
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=132376.html
Pour les fans, dont je suis, de Viggo Mortensen, le film est à voir, pour le reste, cette petite visite dans l’intimité des deux vieilles ganaches de la psychanalyse ne présente qu’un intérêt limité, tant le propos de Cronenberg parait parfois caricatural. Loin de moi l’idée de penser que Freud et Jung soient particulièrement passionnant, mais dans ce cas pourquoi faire un film? Ce qui fait cruellement défaut au film c’est de la profondeur, de la complexité et un peu de nuances.
En résumé, Jung, jeune et brillant disciple d’un Freud déjà vieillissant mais déjà totalement incapable de concevoir la vie intime de l’humain comme autre chose que comme une lutte à mort entre pénis et vagin, se prend de passion pour un de ses patientes, jeune russe victime de mauvais traitements paternels. Leur liaison accouche de la passion de Sabina Spielrein pour la psychanalyse dont elle va devenir une thuriféraire.
Cronenberg ne nous épargne rien de l’inexorable rupture entre Jung le protestant et Freud le juif. La bataille d’égo qui finalement n’est qu’une bataille de quéquette en terre méchamment puritaine, s”incarne dans une scène sans finesse sur le bateau qui emmène les deux hommes à New York où ils viennent expliquer la psycho-analyse aux petits gars du nouveau monde. Raconte moi ton rêve, mais moi je ne te raconte pas le mien parce que tu ne fais pas “qu’est ce que je te dis”. Bref la psychanalyse résumée par Cronenberg n’a vraiment d’autres intérêt que vaguement historique.
On voit passer le cher Otto Gross, traité comme un gros porc, alors qu’il est peut être l’un des rares à avoir révélé les limites du petit jeu viennois. On a connu Cronenberg plus percutant.
En hommage à ma bêtise….
L’historienne Annette Wieviorka, spécialiste de la mémoire de la Shoah et brillante biographe du couple Thorez, revient dans ce livre d’entretiens sur son parcours et ce qui, par d’étranges chemins, l’a conduite du maoisme militant à une vision plus ouverte, plus réaliste
du monde vécu non plus comme un idéal, mais comme un espace où il convient de faire de son mieux et d’être le passeur d’une mémoire assassinée.
Cette forme qui peut parfois paraître artificiel permet ici l’expression d’un cheminement complexe, d’un apprentissage et des leçons tirées de plusieurs décénies passées à enseigner et à partager la mémoire des disparus et des survivants. Annette Wieviorka nous parle de son itinéraire personnel, de la photo d’un grand père, vestige “physique” d’une famille décimée par la fureur nazie. De cette entretien permanent bien que silencieux avec un passé disparu, l’historienne va garder la mémoire et après quelques années passées à tester in vivo les “charmes” de la révolution culturelle chinoise, cette mémoire va se trouver réveillée par des évènements extérieurs.
On revit avec les deux femmes, le passage du silence autour des témoins et des survivants, à une parole de plus en plus exposée. Le cinéma, puis la résurgence aussi violente qu’incompréhensible du négationnisme autour des thèses de Faurisson, et la nécessité de plus en plus urgente de préserver la parole de ceux qui devaient bientôt mourir, font de la préservation de la mémoire des victimes de la Shoah, une nécessité et un engagement intellectuel. Préserver la parole, puis l’analyser, ne pas remettre en doute, mais se souvenir que la mémoire est perméable et en reconstruction permanente, c’est à un travail titannesque que l’historienne va s’atteler avec d’autres.
Cet engagement qui lui attire parfois des inimtiés et provoque des incompréhensions reste aujourd’hui l’un des plus remarquable et des plus intellectuellement stimulant sur la question de la mémoire et de la transmission de cette mémoire. Aux certitudes maoistes de sa jeunesse, l’historienne a laissé succéder le temps de la réflexion et du refus de juger. L’exigence du savoir, contre la furia des réponses émotionnelles, le désir de comprendre et de transmettre, contre celui d’imposer sans nuances, c’est ce qui peut être l’un des marques de cette grande historienne.
Sur le site de l’éditeur
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=186185.html
Adapté d’un roman largement autobiographique d’Olivier Adam, ce film magistralement interprété par Benoit Magimel, rappelle à quel point la vie peut brutalement interrompre son cours normal pour s’abîmer avec brutalité sur les écueils nés de la défaite du dialogue et de la comprehension. Curieusement, juste avant la séance, j’écoutais Elisabeth Badinter rappeler que la règle, la seule peut être, pour maintenir un couple dans la durée, c’est le dialogue permanent, et même dans les pires moments de bruit et de fureur, le désir suprême et permanent de vouloir être aux côtés de l’autre, de l’aimer, de l’aider, d’être aimé et aidé par lui.
Pour en revenir au film, c’est à la suite d’une violente dispute entre Paul, écrivain en devenir et son épouse Sarah, médecin pédiatrique, que le destin s’invite brutalement dans leur vie. Sarah disparait. Pendant plus d’un an, Paul attend, suspect et victime. Sa vie s’abîme dans l’écume d’une vie brisée par l’incertitude et pour sauver ce qu’il peut de sa famille et de la vie de ses deux jeunes enfants, il décide de fuir Paris et la maison insupportablement hantée par l’absente. Il retourne vers une famille qu’il avait fui bien des années auparavant et s’installe dans la maison de ses parents à Saint Malo.
Malgré leur lourd passé, son frère accepte de lui offrir un travail dans son auto-école, le temps qu’il se reconstruise. Mais Paul ne parvient pas à redresser la barre et malgré sa bonne volonté semble attirer les ennuis comme la peste.
Un film bouleversant sur les terribles petits jeux du destin et un rappel que l’amour lorsqu’il ne parvient plus à se vivre, se termine parfois en tragédie.