Un essai important en cette année éléctorale où le professeur Rosanvallon nous propose de revisiter l’histoire de la notion d’égalité et de montrer que la crise de cette notion nous empêche durablement de repenser ce système dans lequel 1% de la population détient un
pourcentage sans cesse croissant de la richesse mondiale et où les plus faibles se voient rejeter aux marges, tandis qu’une part croissante des classes moyennes craignent aujourd’hui le déclassement. L’égalité serait elle donc une notion vide de sens?
Entre histoire et politique, entre analyse sociale et grande fresque humaniste, Pierre Rosanvallon nous propose de comprendre comment cette notion phare qui voulut rappeler que les hommes quelle que soit leur naissance sont ou devraient être égaux en droit, fut dès le début en but à de profondes incompréhensions et à des doutes profonds de la part des esprits les plus fins depuis 300 ans. Comme si l’égalité restait une notion difficile à admettre pour la majorité d’entre nous.
Prenant pour prétexte de pseudos découvertes biologiques ou se contentant de s’appuyer sur un racisme crasse, usant et abusant de la notion de responsabilité et de l’argent comme objet de discrimination, des groupes et des gouvernements purent réduirent l’égalité à un mot vidé de sens et lui opposer la liberté pour démontrer que l’égalité finalement avait une valeur infiniment moindre, puisque de fait, la nature elle-même était profondément inégalitaire. On sait ce que le darwinisme social fera des découvertes brillantes de Darwin.
Après un passionnant travail de mise en perspective historique, l’auteur nous propose de repenser l’égalité et de la promouvoir enfin à sa place, afin de donner un chance à notre petit monde, d’être autre chose qu’une jungle sanglante et à terme condamnée. La notion d’égalité est une nécessité absolue car elle rappelle que nous sommes tous interdépendants et que malgré la prétention de certains, il va devenir urgent de penser que les droits de son voisins ne sont pas moins importants que les nôtres. Le partage du gâteau qui ne peut pas continuer à augmenter indéfiniment, du fait de la limitation de la planète, doit être profondément repensé, car la notion est complexe, elle demande une remise en cause de beaucoup de croyances et la certitude que l’égalité ne peut être une valeur durable qu’adosser à une empathie profonde et à un engagement de chacun. Bref tout un programme, et quel programme! Les optimistes y verront la clé de notre avenir, les pessimistes une utopie qui finit toujours dans les rets du totalitarisme.
A lire et à méditer.
