Paul Diel – Ce que nous disent les mythes

On ne dira jamais assez de bien de la radio de service publique dans ce rôle de passeur de culture. Lorsque j’ai entendu le compte rendu de cet essai, je me suis immédiatement rendu chez ma charmante libraire _ qui a l’excellente idée d’avoir son échoppe en face de chez moi_ et je ne cesse de m’en féliciter. Car cet ensemble de textes  inédits du psychologue d’origine autrichienne est tout simplement formidable. Le symbolisme enfin libéré de sa gangue de traditions esotériques de mauvais aloi mais passé à la moulinette des découvertes sur le moi, le surmoi, le ça qui agite le XXè siècle.

Paul Diel a bien évidemment travaillé sur les mythes grecs mais il a aussi visité l’empire jusque là inexpugnable de la religion chrétienne, de manière beaucoup moins hystérique que Freud quelques décenies auparavant. Car ce qui fait la valeur du travail de Diel c’est la distance et la finesse de l’analyse. Le psychologue n’a de compte à régler avec personne ce qui donne à son travail une grande profondeur. Désamorçant la portée polémique de son travail, il analyse, explique avec beaucoup de précision et sans aucune pédanterie le cheminement de son travail.

Avec la trilogie des archétypes, Diel revient également sur le travail des grandes figures de la profonde mutation de notre rapport à nous même, et particulièrement sur le travail de Jung et c’est là que l’auteur établit le lien entre l’inné et l’acquis, entre le psychique construit et les schémas mentaux hérités. Anima et Persona, les jumeaux parfaits :-) .

Dans le dernier texte présenté ici, psychologie et art, Diel nous promène dans l’opposition entre art comme activité au-delà de la personne et art utilitariste pour nous rappeler que comme toutes nos activités l’art est d’abord le produit de notre intense et permanente activité psychique. Ce qui en fait toute sa valeur, mais également toute sa fragilité.

L’ensemble de textes publiés dans différentes revues il y a plus de 60 ans est totalement moderne et passionnant. Paul Diel est sans nul doute ma découverte de ce début d’année et un livre qui ne quittera pas de sitôt mon sac :-)

Alexandre Suval – La ville éphémère – Terres de France

Un agréable polar qui permet, comme souvent dans cette collection, de découvrir un aspect peu connu de la vie de l’hexagone. Alexandre Suval nous propose de découvrir l’univers de la fête foraine, dans cette fin de XIXè où  Neuilly n’est encore qu’un village où se pressent les bourgeois, les cocottes et les banquistes… oui les banquistes, pas encore les banquiers. Dans cet univers étonnant, “ville éphémère”, occupant l’espace et les imaginaires le temps d’une saison, vivent des hommes et des femmes qui pour courir les routes, semblent pourtant le reflet légèrement déformé de la vie quotidienne telle que la vive les sédentaires. On croise là des princes, des charlatans, des voleurs, des chanceurs, des forceurs de chance et ceux que le destin boude pour l’éternité.

Dans ce monde les enfants naissent coiffés de bien ou de mal, de joie ou de souffrance, de grandeur ou de décadence. Dans ce monde là, des êtres différents peuvent parfois trouver refuge et découvrir qu’ils méritent également d’être aimés. Dans ce monde là on peut cacher la souffrance la plus atroce et fomenter une terrible vengeance, tout en restant dignes.

L’auteur emmène son lecteur avec beaucoup d’allégresse à la suite de ses héros tragiques. Il nous donne aussi à voir cette vie étrange dans cette cité des illusions et des charmes étranges. Petit reproche, cela manque un peu de détail, j’aurais adoré voir plus loin dans les coulisses de ce monde, et découvrir plus avant les paysages urbains qui ne sont qu’esquissés. Mais la lecture reste très agréable.

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