Après la lecture de ce recueil de nouvelles parues dans différentes revues, vous ne sourirez plus aux étrangers sans une certaine appréhension, vous vous méfierez de la parole de vos enfants, vous vous méfierez de vos enfants d’ailleurs, vous n’entrerez plus dans la maison de vos ex un soir
de pluie avec soulagement, bref votre calme et parfois ennuyeux quotidien vous semblera d’un seul coup le plus merveilleux des petits paradis. Car le talent de l’auteure américaine dans chacune de ces nouvelles est de poser la normalité pour la distordre et la faire basculer dans l’horreur parfois, l’inquiétude tout le temps.
Le recueil s’ouvre avec un de ces joggers très aimables et un peu crétins qui trouvent formidablement drôle de passer à côté de vous, suant et soufflant en hurlant " salut, comment ça va?" avec l’insolence des sportifs accomplis. Les femmes sont toujours un peu inquiète quand ces masses de muscle les croisent dans les allées un peu isolées des parcs et des bois. Mais ici, comme dans toutes les nouvelles qui suivent le danger ne surgit pas de l’évidence, il apparaît dans les interstices, les certitudes de savoir comment et pourquoi, afin de créer l’angoisse pure, celle qui surgit de l’anormalité profonde. Manipulations et cruautés surgissent comme autant de sorcières un soir d’Halloween. Le fils manipulant un père qu’il déteste afin de briser ses certitudes, l’enfant qui de petite perfection humaine devient une bête humaine effrayante, le beau-père surgit de nulle part et qui semble être un monstre de foire ou encore cette famille d’un tueur en série qui découvre l’horreur et la folie de leur quotidien.
Joyce Carol Oates ne se contente pas de raconter des histoires à faire peur, elle ouvre les portes de nos imaginaires en laissant la place aux doutes, en ne fermant jamais vraiment la porte du placards aux monstres. Ainsi sait-on vraiment si le fils mentait à son père en lui racontant cette abomination morbide ou bien est ce que l’épouse du tueur en série découvrant que son époux n’a tué que des substituts de sa propre famille mène-t-elle vraiment ses enfants hors des marais. Et la nouvelle épouse du docteur Moses, une victime ou une complice.
La distorsion de la normalité permet de révéler bien des travers de notre humanité et de nos quotidiens bien tranquilles. Les monstres ne sont jamais loin, d’ailleurs pouvons nous être certains de ne pas en abriter quelques réprésentants?
Sur le site de l’éditeur
Je suis tout à fait d’accord avec ce que vous dites sur ce très bon recueil de JC Oates. J’aime particulièrement les histoires où l’on plonge franchement dans le noir, voire le criminel.
J’ai moi aussi publié une critique de ce recueil, si ça vous intéresse : http://hermitecritique.wordpress.com/2012/03/14/le-musee-du-docteur-moses-de-joyce-carol-oates-contes-de-mystere-et-de-suspense/
Amicalement,
L’Hermite