Miguel Benassayag & Angelique del Rey – Eloge du conflit – Poche

Un essai stimulant qui a trouvé un écho très favorable :-) . On retrouve avec plaisir la verve et la finesse de Miguel Benasayag lorsqu’il officiait sur les ondes de  la radio publique.
Séduite par l’analyse dans sa globalité notamment sur la rupture entre les sociétés occidentales et leur héritage désormais incompréhensible des Lumières, la fracture que constitue le néo libéralisme, son goût obsessionel pour une transparence qui n’est qu’un avatar de la surveillance de tous par tous si cher aux héritiers des calvinistes, j’avoue avoir été heurtée par la confusion entre eugénisme doux et refus d’un couple, dans la sein privé, se de confronter à la maladie d’un enfant atteint de pathologie lourde. Ce choix n’est pas dicté par la société, mais simplement par un désir de ne pas obérer son avenir.
Mais à ce bémol prêt une excellente lecture…

Doris Lessing – Les enfants de la violence (trad. Marianne Veron) – Poche

L’Afrique du Sud des années 20 au milieu de la WWII, la vie d’une jeune fille non conventionnelle, qui ressent la cruauté de la conditions faites aux "cafres"  mais également celle faite aux femmes, cet autre groupe soumis à une violence soc…iale permanente. Largement autobiographique cette première partie d’un récit d’apprentissage révèle les premières graines du refus de toutes les formes d’injustice. L’auteure raconte une vie de petite bourgeoise des colonies qui déteste une mère conventionelle et glaciale, tente de trouver chez son père quelques traces de courage et découvre que même sortie du giron familial elle doit passer sous les fourches caudines des règles du groupe. Comme beaucoup de jeunes femmes de son temps, elle se laissera séduire par les sirènes du mariage en devinant immédiatement qu’elle ne n’y fera jamais et tombera dans les affres d’une maternité non désirée. Un tableau d’une époque où les femmes ne peuvent être libre que contre la société toute entière. Magnifique

Bernhard Schlink – Mensonges d’été (trad. Bernard Lortholary – Gallimard

Sept nouvelles pour parler du mensonge sous ses formes les plus banales ou les plus dangereuses, les presque insignifiantes, les terriblement communes.  Des  personnages qui trouvent des échos dans l’histoire de chacun. Le mensonge, ce vérita…ble propre de l’homme révèle souvent bien des égoismes, des désirs d’une possession absolue et le refus dê révéler sa fragilité à cet autre qu’on prétend aimer plus que tout. Deux nouvelles auront retenu mon attention: ce musicien jaloux de la fortune de la femme dont il est tombé amoureux et ce homme choisissant la voie du suicide pour échapper à la douleur, et qui découvre trop tard que le respect ne survit pas dans le mensonge. Nous mentons tous un peu, beaucoup, passionnément, toujours avec d’excellentes raisons, mais finalement la seule chose que nous cherchons à protéger c’est notre petit ego.

Collectif sous la direction de Shmuel Trigano – La civilisation du judaïsme – Editions de l’éclat

Livre clairement construit comme une réponse à l’essai de Shlomo Sand "Comment le peuple juif fut inventé", ces contributions échouent cependant à  être  autre chose qu’un ensemble de textes communautaristes ancrés dans une vision sectaire. On trouve du folklore et beaucoup de pédanterie, on ne trouve  jamais ces hommes et femmes divers qui se confrontèrent tant à leur traditions qu’à la fureur des temps et des lieux. A l’issue de cette lecture j’ai la furieuse impression d’être passée sous les fourches caudines d’une pensée de propagande,  avec longues, longues digressions sur la loi et la loi et la loi mais je ne pense pas en savoir plus sur l’histoire des juifs avant et après la chute du second temple et l’exil. Et surtout je n’ai pas vu ce formidable mouvement d’émancipation qui amena des milliers d’hommes et de femmes à questionner des traditions obsolètes pour entrer de plein pied dans une modernité laïque. Vous me direz, ce n’est pas le sujet, ici on essaie de définir les contours d’une civilisation, avant et après l’exil, mais comment peut on parler de civilisation quand on ne parle nullement de la complexté et de la diversité?
Cet essai apparaît comme une énième contribution au repli communautaire qui empoisonne la vie de tous.

Philippe Corcuff – Où est passée la critique sociale – La découverte

L’essai du sociologue très médiatique de Charlie H et de Mediapart est didactique et idéologiquement correct. On y trouve tout ce qu’un gauchiste peut espérer trouver y compris un dernier chapitre comportant les propositions pour soutenir u…ne critique sociologique pour une nouvelle voie(x). Pourtant, et  vraisemblablement parce l’humeur n’y est pas ces derniers temps, je trouve ces propositions aussi insignifiantes que naïves au regard de ce qu’est vraiment notre société. On peut toujours espérer que demain l’homo sapiens de france et d’ailleurs sera moins con, moins obnubilé par son petit confort, crachant sans complexe à la gueule des plus pauvres et de ses propres enfants, mais ce n’est pas le chemin que nous prenons et faire appel à la caution des anciens qui d’ailleurs se sont royalement plantés, n’est pas un gage d’un avenir mieux construit. Appelez un chat un chat est sans doute manquer d’imagination mais dans l’état actuel des choses c’est fermer les yeux sur nos formidables égoismes à l’oeuvre qui est dramatique.

cauchemar du jour….

Une tour, un ascenseur qui évite soigneusement l’étage où il faut descendre. des gens qui appellent pour demander ce que vous faites là, quel est votre rôle, votre utilité et la personne qu’on cherche, celle qui est supposée vous soutenir et vous aider, toujours absente, ombre filante dans un labyrinthe toujours plus étroit.