Michelle Perrot – Les femmes ou les silences de l’histoire – Flammarion

Michelle Perrot  qui régulièrement officie dans les Lundis de l’Histoire sur France Culture signe avec cet essai didactique son initinéraire d’universitaire à la recherche des traces laissées par cette étrange moitié de l’humanité que les hommes ont confiné dans les espaces les plus sombres de la grande Histoire.  Absentes des lieux de pouvoirs, elles ne parviennent à se hisser sur le devant de la scène qu’en passant entre les cuisses des princes et des puissants ou en poussant hors de leurs entrailles les futurs "grands hommes" qui domineront leurs temps. Elles apparaissent ici ou là, ombres mouvantes lorsqu’elles se révoltent contre la cherté du pain ou contre les acapareurs. Elles deviennent alors des viragos, des laiderons et de vulgaires poissardes. Alors pour les voir enfin se dessiner dans l’histoire, il faut les traquer dans les journées intimes et dans les quelques figures féminines qui s’imposent contre tous. Dans cet essai c’est d’abord dans les journaux intimes et les lettres qu’on découvre une pensée en mouvement, puis dans la figure des grèvistes qui entrent en lutte contre cette mécanisation qui accompagne un capitalisme déjà inhumain. Ensuite apparaissent deux grandes figures féminines du XIXè: Flora Tristan et Georges Sand dont l’engagement en faveur de la classe ouvrière et de la révolution républicaine montrent la difficulté pour des femmes d’imposer leur intelligence dans un monde où on leur octroie à peine le droit de penser à autre chose qu’à leurs jupons et progéniture. Enfin l’historienne revient sur les débats récents de l’historiographie concernant l’art délicat de rendre leur voix à ces millions d’Elles privées d’être.

On suit l’historienne avec passion sur les traces manuscrites des filles de Marx qui peignent en creux les portraits de leur père et de leur "Oncle" Engels, ou dans ses journaux intimes, recueil de jours et des heures de ces jeunes filles qui devenues femmes puis mères semblent d’un seul coup se réduire elles mêmes au silence par peur de découvrir dans leurs mots les ombres de leur détresse. Dans le portrait des femmes du peuple qui se trouvent comme leurs frères et maris jetés sous le joug du nouveau capitalisme bourgeois, on découvre la pénibilité de la double peine déjà: le travail dans les ateliers ou à la maison et l’entretien de la maison. Le combat déjà entre ceux qui veulent que les femmes travaillent pour assurer leur subsistance et la bonne marche du nouvel ogre marchand et ceux/ celles qui veulent une séparation stricte entre la maison et l’usine, entre extérieur et intérieur. Ce qui est fascinant ici c’est de découvrir que les moins progressistes ne sont pas toujours celles qu’on attendrait et que les femmes elles-mêmes participent avec beaucoup de constance de leur propre esclavage. Dans les luttes elles défendent d’abord l’accès aux produits de première nécessité et le maintien des prix, mais affrontent souvent leur mari, frère ou fils lorsqu’ils mettent en péril le fragile équilibre de la maisonnée.

Mais c’est dans la bourgeoisie que la réticence est la plus grande devant l’émancipation des femmes. Le nouveau scientisme valide l’incapacité des femmes, leur plus faible intelligence, leur constitution trop fragile, leur cerveau trop petit, leurs humeurs trop légères. Alors on bouche tous les accès du savoir, on leur interdit même la libre circulation dans les prétoires ou les universités. Même les plus intelligentes, même les plus enclines à se battre pour l’égalité,  comme l’auteure de la Mare au Diable et d’articles virulents pour soutenir la république, n’hésite pas à entériner le séparatisme établi au nom d’un universalisme qui parle d’égalité surtout pour la partie dotée d’une paire de testicules.

La dernière partie revient sur les débats contemporains concernant la place des femmes dans l’historiographie et la manière dont il faut tenter de trouver leurs traces partout où elles se trouvent, notamment en multipliant les sources. Deux longs siècles de combat pour que les Lumières de 1789 rayonnent sur les hommes et les femmes, deux siècles pour que l’égalité soit autre chose qu’un vain mot, deux siècles de combat pour s’affranchir des lourdes chaines forgées par les hommes et entretenues trop souvent par des femmes et dire haut et fort que l’Histoire ne peut s’écrire au masculin. Et malheureusement au regard des récentes "révolutions" du printemps arabe, le moins qu’on puisse dire est que ce combat est loin d’être gagné…

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Une réflexion sur “Michelle Perrot – Les femmes ou les silences de l’histoire – Flammarion

  1. Bonjour et merci de nous faire profiter de vos expériences par le biais de votre site! Internet c’est formidable c’est toujours intéressant de pouvoir apprendre des autres ce qu’ils ont découvert ! Pour notre part nous voudrions contribuer en signalant un livre qui nous a beaucoup touché "Les carnets d’Alexandra 1907-1908" un livre qui malgré son ancienneté est terriblement actuel .Il réédité dans la collection "le livre de poche". et es consacré à un sujet presque tabou les femmes qui aiment d’autres femmes. Sujet qui vous l’avez compris nous touche mon amie et moi particulièrement. Outre d’être un livre que nous pensons sans équivalent tant par son écriture que par sa puissance érotique il a été pour mon amie une véritable révélation car c’est suite à sa lecture qu’elle à cédé aux avance que je lui faisais depuis des années. Je résume la situation: mariée mère de deux enfants bien qu’elle fut toujours attirée par les femmes elle n’avait jamais osé comme on dit franchir le pas. Puis un jour elle tombe par hasard sur "les carnets d’alexandra" et en le lisant elle sent monter en elle un désir irrépressible de corps féminin. A l’époque j’avais moi même une amie que je voyais quelquefois et elle comme moi était entièrement déterminée pour les femmes mais c’était juste comme l’on dit un coup et rien d’autre. Pendant qu’elle lisait le livre m’a t- elle confié elle a senti monter en elle un désir irrépressible et a voulu venir me voir de suite. Alors comme mon amie était là nous avons fait les choses ensemble et à trois. Je passerais sur ce qui s’est passé entre nous sinon pour dire qu’enfin libérée elle était dans un état de presque frénésie. Sans doute parce qu’elle trouvait en elle un plaisir qu’elle se refusait depuis des années à cause de sa situation. Depuis nous nous sommes vues souvent en cachette puis peu à peu elle finit par accepter l’idée de vivre avec moi. Voilà pourquoi nous voulions vous parler de ce titre dont pour nous vous comprenez sans doute l’importance. Nous ne serions que conseiller à toutes de le lire. Voilà ce que nous voulions partager avec d’autres. A bientôt si vous voulez nous répondre . Bisous de partout Thérèse y Elisa

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