Prix Medicis Etranger 2012
Un cinéaste israélien en fin de carrière, accompagné de son actrice fétiché, est invité à la retrospective de son oeuvre de jeunesse, à Saint Jacques de Compostelle. Sur place, il découvre que c’est un prêtre qui mène la danse, fin connaisseur de son oeuvre, mais également militant du droit des plus pauvres.
Confrontés à des oeuvres, traduites en espagnol, langue que ni le metteur en scène, ni l’actrice ne possèdent, les deux artistes replongent dans un passé sur lequel plane la figure de Saul Trigano, scénariste de génie, intransigeant et sans concession envers son art et le fantôme du responsable photo, mort dans des conditions tragiques de nombreuses années auparavant.
Ce voyage forcé dans le passé questionne Yair Mozes sur ses amitiés, ses amours, son propre regard sur son art, ses faiblesses et ses lâchetés. Par le biais d’un tableau décorant leur chambre d’hôtel "la charité romaine", il se retrouve brutalement ramené à ce jour terrible où l’amitié et l’amour ont volé en éclat sur un plateau de tournage. Dans une multitude de petits tableaux, le metteur en scène se confronte à d’autres regards: celui de Ruth, sa muse et son étrange amour, celui du prêtre dont les connaissances et la sagesse s’appuient sur la recherche obsessive d’un lien entre lui et un ancêtre inquisiteur et tortionnaire des marranes; ceux des étudiants en cinéma qui ont travaillé sur la traduction de l’oeuvre. Tous ces regards gauchissent ses certitudes et à son retour en Israel, il décide de poursuivre sa propre rétrospective en revisitant les lieux des tournages.
Dans ce voyage en mémoire, il se trouve confronté à la réalité de son pays. Les fantasmes de son ancien ami, l’intransigeant Saul Trigano, semblent avoir pris corps dans le désert. Les tensions inter-religieuses entre sabra et arabes israéliens ou palestiniens s’incarnent lors d’une rencontre avec des soldats israéliens. La fiction est malheureusement souvent dépassée par le réel. Ce que Trigano dans son refus de toute concession annonçait déjà. Le voyage entamé par le réalisation isréalien à l’ombre d’une cathédrale se poursuit sur la ligne de front à portée de tirs des hommes du Hezbollah et force les regards à se déciler.
Un roman touchant et mélancolique sur la vieillesse, sur la défaite des amitiés et des belles histoires et sur la nécessaire confrontation avec le réel. L’écrivain israélien semble revenu de tout, à commencer de ses espoirs d’une paix entre des voisins décidés à se hair sans aucune retenue. L’amour même ne peut plus rien sauver et l’amitié ne saura rejaillir des cendres d’un malentendu. Dans sa quête éperdue pour retourner au moment où tout s’est brisé, le réalisateur ne peut que tomber de Charybde en Scylla…il faut parfois savoir reconnaître qu’une histoire est finie et ne pas souffler sur les quelques braises qui ne souhaitent que la paix de l’oubli.