http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=141808.html
Magnifique, magique, magistral, oui ça fait beaucoup d’adjectifs dythirambiques, mais cette nouvelle fresque baroque de Baz Luhrmann, les mérite largement. Le film qui ouvre le festival de Cannes met en scène un DiCaprio impeccable (et dieu sait que face à Robert Redford, il avait fort à faire) et une renaissance flamboyante de ce chef d’oeuvre de la littérature. Baz Luhrmann et sa démesure avait déjà fait des miracles avec l’adaptation du Roméo et Juliette, ce chef d’oeuvre transgressif où l’amour prenait le pas sur la famille et les alliances claniques. Il revient avec cet autre chef d’oeuvre transgressif, ce moment où l’amour prend le pas sur l’argent, le sacro saint dieu des années folles.
Fascinant, envoutant, Gatsby est le mythe de l’amour passion, à la fois plus abouti que Roméo, mais sans doute plus idéaliste. Luhrmann lui donne une dimension proprement mythologique avec sa mise en scène débordante de couleurs, de paillettes et de strass, dans ces palais de légende affrontés sur les bord de l’océan. Les années folles dans leur plus parfaite démesure. Ce moment où la génération qui a échappé à la mort dans la boue des tranchées ou à celle de la terrible grippe espagnole s’étourdit dans les frasque d’une jeune nation qui attaque à pleines dents la modernité la plus sauvage. Dieu est mort dans les tranchées et dans les travées des hopitaux, il ne reste que l’argent et l’amour à mort.
La nostalgie de Gatsby pour cette jeune fille trop aimée est la transfiguration de celle de Fitzgerald pour Zelda. Il y eux un moment, un instant où la perfection de cet amour devant plus aveuglant, plus éblouissant que tous les diamants de Tiffany’s.
Et il faut saluer la bo, extraordinaire dans son anachronisme. Luhrmann aime les classiques, il leur rend leur formidable modernité et leur côté transgressif. A ne pas rater, en relisant la nouvelle traduction paru en 2011 chez POL ou en le lisant en VO, ou les deux.
Archives d’Auteur: Hecate
Mercredi c’est Gatsby…
Cinema – Sous surveillance

C’est curieux, mais ce scénario ne m’est pas inconnu et je suis presque certaine de ne pas avoir lu le roman de Neil Gordon "Le dernier d’entres nous" que Robert Redford adapte ici. Je cherche désespérémment si c’est chez un autre écrivain, Russell Banks peut être ou dans un polar à la télé, que cette histoire m’a déjà été comptée.
L’histoire des Weathermen est familière à ceux qui ont vécu cette période de bouillonnement social et culturel où la jeunesse pensait encore que se battre contre le système valait la peine de prendre quelques coups de matraque. Elle a été popularisée pour les générations suivantes dans l’excellentissime "Américan Darling" de l’excellentissime Russell Banks. Ce groupe "terroriste" a été pendant longtemps la dernière épine dans la lourde papate de Big Brother. D’insupportables gauchistes pris dans la nasse de la répression policière et étatique et qui parvinrent tout de même à échapper au FBI de JEH et de ses petits.
Ils restèrent longtemps sur le mur des "most wanted" avant que d’autres noms et d’autres photos ne viennent les remplacer. Leur retraite forcée laissa la plupart le coeur refroidi, pendant que d’autres vivaient en vase clos pour ne pas être obligés de se confronter à la tragédie de l’échec. Trente années de retraite pour devenir de parfaits citoyens. Mais le poids de la culpabilité pèse lourdement chez nos amis calvinistes. Une erreur se transforme en crime et devient la croix d’une révoltée devenue desperate housewife. Ses enfants correctement élevés la dame décide de se rendre. Toute action entrainant une réaction, la rédition de cette femme provoque la curiosité d’un petit plumitif du journal local. Moins bête ou plus arriviste que la moyenne de ses contemporains, le journaliste va débusquer les autres membres du groupe et jeter le FBI sur leurs traces, provoquant une gigantesque chasse à l’homme.
Tout le monde a fait le lien entre le rôle qui a révélé un Robert Redford engagé, celui du journaliste Bob Woodward du prestigieux Washington Post, dévoilant avec courage le scandale du Watergate et celui de ce gamin sans conscience politique ou moral, prêt à tout pour un scoop. On voit également à quel point l’ébulition et le sens de la lutte civique de ces années se sont dilués dans le ron-ron du neo-capitalisme des années Reagan. Et combien les attentats de 2001 ont fait de nous de tristes pantins baissant vertueusement la tête au nom du "bien commun". Ce film, pour moi, est celui de notre chute dans les abimes du conformisme et de la soumission. Nous sommes prêts à dévorer notre voisin pour prendre sa place et à marcher sur toutes les têtes pour ne pas perdre nos petits privilèges. Fini le temps où dans la rue, nous exigions la moralité de nos élus et la fin de la violence envers ceux et celles qui refusaient les "bienfaits" du capitalisme.
Le film est honnêtement tourné, Redford a vieilli, lui aussi et même s’il reste encore un peu d’idéalisme dans l’un des plus beaux regards du cinéma, la moue elle est amère et désillusionnée.
J.B.- Pontalis – Un jour, le crime
http://www.decitre.fr/livres/un-jour-le-crime-9782070447961.html
Court essai passionnant, philosophique et personnel sur la culture du crime dans notre société. Sa présence dans nos médias sous la forme du "fait divers", la mise en scène du jugement et de la peine, le rôle des criminels comme repoussoirs ou objet de fascination. Pontalis aborde tous ces points en quelques pages rondement menées. Le point de départ provient d’un constat d’omniprésence de la violence partout autour de nous, une agressivité qu’on ressent dans beaucoup de nos interactions au quotidien, comme si la société humaine occidentale était l’incarnation de cet enfer que sont les autres. L’exemple pris par l’auteur en ouverture de son livre est d’ailleurs remarquablement parlant. Ce court moment de nos vies récentes où ceux qui vivaient à la campagne ou à la montagne ont pu, du jour au lendemain, retrouver les ciels purs de bruits et de fureurs et où nous avons presque remercié notre mère la terre pour son déchainement nordique qui clouait les avions aux sols. Oubliant de fait que dans ce déchainement, une promesse de mort nous était faite. La violence, toujours.
Le ton de l’essai, très personnel, permet de découvrir les obsessions de Pontalis, ses craintes et ses petites fantaisies, comme le rejet du polar, un renversement intéressant pour ce psychanalyste. Il nous parle de ces figures féminines du crime, symboles pour les uns de la révolte ou de la chienlit. Il montre également comment ce "passage à l’acte", ce moment où toutes les chaines, tous les liens sociaux disparaissent pour ne laisser la place qu’à la réaction, l’action la plus brutale, la passion enfin débridée, appartient à notre humanité; rien ne nous garantit contre ce moment d’absence, de folie.
Un passage très intéressant sur la justice, sur ce moment où un groupe d’individus se voit confier le pouvoir absolu de juger d’autres individus, d’imposer des peines et jusqu’il y a peu, de tuer pour rendre justice, de "couper un homme vivant en deux". Il n’y va pas de main morte, on sent qu’il n’aime guère l’arbitraire qui se cache derrière le bandeau de la dame à la balance. Et pour enfoncer le clou, il rappelle à quel point cette justice est d’abord à l’image de la société où elle déroule ses doctes jugements. Ainsi ce prêtre échappa à la guillotine après le meurtre de sa jeune maîtresse et la mort du foetus qu’elle portait, et put à partir de 1978 couler d’heureuses heures dans le monastère qui sut accueillir cette intéressante brebis.
"Au commencement était l’acte. Cet acte était la mise à mort. Ce commencement est sans fin." Une conclusion pessimiste pour un essai brillant et plein d’esprit. Un constat, notre violence individuelle ou collective est sans doute la seule chose qui nous soit intrinsèquement propre.
Anjana Appachana – Mes seuls dieux (trad.Alain Porte) – Zulma
http://www.decitre.fr/livres/mes-seuls-dieux-9782843046438.html
Les nouvelles de cette auteure indienne raconte le quotidien que nous commençons à voir poindre dans les médias. La triste place des femmes dans une société en pleine mutation économique mais encore terriblement attachée à des pratiques culturelles étouffantes. Le rôle des mères et des belles-mères dans la difficulté pour les femmes de s’affranchir enfin, ce que la sociologie a démontré à de nombreuses reprises. On regarde aussi ces hommes faibles, ces fils trop chéris, ces mâles incapables de dominer leurs tristes appêtits et que la loi refuse de punir pour leurs actes. Mais l’humour étant une arme redoutable pour ridiculiser les tristes mâles indiens, Anjana Appachana s’amuse également à mettre en scène un ouvrier retord et menteur qui parvient pourtant à grimper les échelons tout en restant ostensiblement le roi des fainéants.
Huit nouvelles pour regarder l’Inde se débattre entre la modernité brutale initiée dans le libéralisme économique et la tradition maintenue à toute force au sein des familles. Pour regarder la cruauté au coeur de ces familles bourgeoises où la mariée est une source de revenus et une esclaves en devenir.
Cruelles et moqueuses, ces nouvelles parlent d’un combat quotidien, celui qui se déroule dans le champ clos de la famille. Un lieu qui est décidément celui des conflits les plus meurtriers de l’histoire….
La fin d’Alice – A.M.Homes ( trad. J.F.Hel-Guedj & Y.Gentric) – Actes Sud
Un roman bien mal sonnant au moment où une nouvelle affaire de détention arbitraire de jeunes femmes pendant de longues années par des hommes en plein coeur de nos cités emplies de bruits, de fureur, de caméras, mais toujours plus dépourvues de sécurité. Un roman mal sonnant assumé, cruel et froid comme le scalpel fouaillant la folie, les particularités de certains de nos frères et soeurs humains. A.M.Homes se livre à un exercice risqué en se mettant dans le coeur et les reins d’un pédophile et d’une jeune femme sur le point de se laisser aller à ses pires instincts. Un exercice d’autant plus risqué que la sombre héroine de ce livre est une femme pédophile, crime dont on parle peu, tant il semble impensable à la plupart de nos contemporains. Jusqu’où se loge le sexisme…
La rencontre épistolaire entre cette jeune étudiante décidée à s’ouvrir à ses fantaisies sexuelles et un pédophile enfermé depuis plus de vingt ans pour l’enlèvement, le viol et le meurtre d’une jeune fille de douze ans est étrange, à la fois légère et presque stupide de la part de la jeune fille, détachée et souvent agacée de la part du prisonnier. Leurs fantasmes se croisent et nourrissent l’imagination glacée des deux.
Au fil des pages, on découvre un homme dont l’enfance tordue a brisé toutes les chaines. Il sait que son attachement est coupable, mais ne parvient pas à résister à l’appel de cette chair si fraiche qui seule peut apaiser sa faim d’ogre. A l’opposé, la jeune femme croît dans une famille on ne peut plus normal, père absent, mère omniprésente, joli jardin et déco sans intérêt. Ni battue, ni violée, elle sait qu’elle aime la chair fraiche des jeunes garçons, juste avant que leur visage ne se couvre de cette horrible bouillie hormonale, avant que leurs muscles ne se dessinent ou ne se couvrent d’une graisse lourde, avant que leurs yeux se chargent de l’éclat métallique du chasseur.
L’auteur ne craint pas de nous faire vivre ces étranges amours, décrivant précisément une sexualité à la fois si proche et si lointaine. Elle refuse le dégoût et la moue outrée des donneurs de leçons, des "normaux" qui donnent pourtant bien naissance à ces "barbares".
Le roman est parfois dure, toujours fascinant, trop peut être…
Cinéma – L’écume des jours
Aller voir l’adaptation d’un roman du curieux Boris Vian à Saint Germain des Prés, c’est tout de même du dernier chic. Et la salle était raisonnablement pleine pour un dimanche après midi d’hiver en avril. L’histoire simple, de l’inexorable chute des amoureux dans les affres d’une destinée tragique est mise en scène avec la dose de surréalisme et de fantaisie qui sied autant à l’oeuvre qu’au réalisateur Michel Gondry. Le tout accompagné de ce jazz délicieusement loufoque tellement aimé par l’auteur du roman.
L’écume des jours, c’est la fin des rêves, la rencontre avec la réalité et la désespérance du quotidien. Après Jacques Perrin et Annie Buron, c’est au tour de Romain Duris et Audrey Tautou de s’affronter au couple mythique Colin et Chloé, dans un Paris foutraque où le dieu en vogue s’appelle Jean Sol Parthe et où les jeunes filles en fleur s’offrent à Saint Germain des Prés.
Le réalisateur se délecte visiblement à jouer avec des décors plus surprenants les uns que les autres et à grimer ses personnages au point de les rendre méconnaissable (amusez vous à trouver Philippe Torreton…). Des inventions étranges et délirantes transforment le quotidien en une aire de jeu pour geek jazzy.
On se laisse prendre à cette belle histoire d’amour qui se finit mal comme toujours, et on ressent durement le rappel de Boris Vian quant à la vanité du bonheur.
Nicolas Le Roux – Le Roi, la Cour, l’Etat, de la renaissance à l’absolutisme – Epoques Champ Vallon
http://www.decitre.fr/livres/le-roi-la-cour-l-etat-9782876738744.html
De la renaissance on ne retient souvent que les jolis tableaux de nos amis italiens, les inventions du sémillant Leonard et les guerres de religion. On connaît la Saint Barthélémy, la bataille de Marignan et la mode de la décollation à la cour d’Henry VIII. On sait moins que cette période pour traversée et périlleuse qu’elle fut, a été, en France, celle de l’avènement de l’absolutisme. De François 1er à Louis XIII, le XVIè et le XVIIè siècles voient s’affronter des théoriciens autant que des hommes d’armes et au prix de l’assassinat de deux rois, l’émergence d’un roi entourée de sa cour, loin de ses sujets, dont les décisions ne peuvent en aucun cas être remis en cause sous peine de mort. Le tournant de la renaissance c’est la fin d’une féodalité triomphante et d’un roi contraint de jouer les alliances, et l’avènement d’un roi qui fait les hommes et les défait, loin des champs de bataille.
Les choses pourtant ne commencent guère sous les meilleurs auspices pour les derniers Valois. Les tenants de la religion réformée provoquent partout en Europe de profondes divisions chez les princes comme chez les populations. En fonction des choix des princes, le sang coule à flot dans l’un ou l’autre camp. A la vision prophétique des protestants répond la vision eschatologique des catholiques et chacun y va de bon coeur pour écraser la bête impie.
Dans cet essai stimulant et passionnant, Nicolas Le Roux nous propose un voyage dans la monarchie française dans cet entre-deux où les esprits échauffés accouchent de textes parfois brillants, le plus souvent terriblement violents. Chaque camps trouve dans le libelle un formidable moyen d’expression. La chose écrite permet de répandre les idées à une vitesse jamais égalée jusque là.
Des usages de la cour comme mise en scène de la noblesse et prise de contrôle progressif par la monarchie, à l’exercice du pouvoir en évolution rapide de François 1er à Henri III, à l’accession au pouvoir d’une nouvelle maison, les Bourbons qui va poser définitivement les bases de l’absolutisme, l’historien nous propose une plongée dans la complexité d’un monde où la violence inter-religieuse atteint un paroxysme avec l’assassinat de deux rois. Un essai qui se lit comme un roman.
Cinéma – Hannah Arendt
Formidable adapation de ce moment particulier de la vie de la philosophe, lorsqu’elle se confronte directement à la barbarie nazie pour en déceler l’insondable banalité. Car ce que va découvrir Hannah Arendt, femme libre s’il en est, c’est que derrière la machine de mort qui anihila la totalité de la culture juive européenne et fit des millions de victimes, on trouve une succession de petits rouages presque parfaitement huilés. Une longue chaîne de petits fonctionnaires minables se contentant de suivre aveuglément les ordres sans chercher à comprendre la totalité de l’abominable peinture. Ce constat déjà avait de quoi choquer les contemporains, mais quand pour la première fois furent incriminés les chefs juifs des ghettos, qui en conscience pour beaucoup ont décidé d’obéir sans résister aux ordres, la tempête fut terrible. On l’accusa d’être antisémite, de véhiculer la haine de soi, caractéristique de certains juifs allemands trop assimilés. De vouloir défendre malgré tout son professeur, le philosophe allemand Martin Heidegger, qui avait lui aussi fait le choix du soutien au nazisme pour conserver ses petits privilèges.
Malgré la violence de l’opposition qui suivit la publication de son article dans le New Yorker, elle continua à affirmer que son travail philosophique sur la question était valable et cohérent. Dans une leçon d’anthologie donnée devant des étudiants curieux et une administration craintive et lâche, elle tint bon, révélant la liberté d’une pensée en action.
Paradoxalement, c’est sans doute son ouvrage bien plus que le procès Eichmann qui fédéra une population juive dans le culte de la Shoah. En mettant en cause les rabbins et les autorités juives qui n’avaient pas pu ou compris qu’il était nécessaire de s’opposer en bloc aux demandes des SS, elle provoqua une sorte de ralliement de la communauté juive autour de l’idée que la Shoah était un évènement an-historique non soumis à la moindre exégèse.
Un film qui tombe bien pour rappeler que le principe de toutes pensées est de se confronter au réèl et parfois de taper durement là où ça fait mal pour permettre de continuer à avancer. Une pensée soumise à des diktats ou à des interdits n’est qu’un dogme ou une forme assimilée de propagande…et lorsque la philosophe rappelle qu’elle n’aime pas un peuple mais des individus, elle nous rappelle ce que nous devrions tous professer: le patriotisme est souvent une forme de paresse qui mène au nationalisme le plus étroit.
Edgar Hilsenrath – Orgasme à Moscou (trad. J.Stickan & S.Zilberfarb) – Ed. Attila
Edgar Hilsenrath est un véritable honnête homme. Il se moque avec persistance de toute forme de langue de bois ou de politiquement correct. Son formidable Le Nazi et le Barbier, dont l’adaptation au théatre est visible à Paris ou son désopilant Fuck America font de lui un écrivain aussi déjanté que l’américain Tom Robbins et un formidable bol d’oxygène dans l’art romanesque contemporain.
Ce nouvel opus édité sous forme de roman illustré, ne dépare pas dans la bibliographie de l’auteur allemand. On y rencontre un passeur homo pervers, un mafieux prêt à tout pour que sa chère et magnifique fille puisse retrouver son amant russe, père de son futur enfant, et un groupe terroristes arabes au service de la mafia et de l’Etat israélien, et si c’est possible. On y croise également un avocat qui préfère embaucher un laideron parce qu’il est incapable de résister à sa libido et un russe passeur spécialisé dans le transfert de presque cadavre.
Orgasme à Moscou est le règne du bon goût, de la douceur et de la délicatesse… Je rigole. Le ton est gouiaileur, le sexe omniprésent et toujours légèrement en marge et la politique en filigrane pour souligner la fureur du monde et la franche hypocrisie qui y règne.
Car au-delà de l’aspect dangereusement foutraque des écrits de ce délicieux vieillard, il y a comme chez Robbins, un critique cinglante du monde dans lequel nous évoluons et une dénonciation radicale de toutes les icônes et idées reçues. Oui le sexe fait courir le monde et ce n’est ni bien, ni mal, c’est juste ainsi chez Homo Sapiens Sapiens. Et oui le sexe peut être le truc le plus triste du monde quand il n’est qu’une mécanique promptement menée pour libérer quelques bourgeois de leur insondable ennui.
Le terrorisme, c’est mal! Pas faux, mais le terrorisme n’est souvent qu’un avatar aux services des intérêts bien compris des états et des groupes mafieux.
Tous pourris? Oui, et alors, de toutes façons, homo sapiens sapiens n’est pas un ange, il va où ses intérêts le porte sans bien se préoccuper de ses contemporains. Et parfois l’improbable arrive, une femme tombe amoureuse et se bat contre vents et marées pour récupérer l’être aimé, même si celui-ci s’avèrera un crétin fini. Mais après tout, chacun est libre non…
Il faut lire et relire Edgar Hilsenrath car sa prose décile et brise la chape terrible des illusions, et dans un grand éclat de rire il ne laisse que la vie et rien qu’elle avec l’injonction de la vivre sans remord.