Tout ceux qui connaissent l’histoire de Napoléon connaissent cette formidable figure que fut François René de Chateaubriand, l’homme qui repose les pieds dans l’eau sur un petit bout de rocher à l’ombre des belles fortifications de la cité corsaire. Il a admiré le Consul et méprisé l’empereur d’opérette qui conduisit ses hommes au massacre pour une gloire toute personnelle. Chateaubriand est l’auteur qu’on étudie encore avec ennuie dans des textes abscons mal présentés par des profs trop pressés et fatigués à force de hurler dans des salles de classe devenues jungle urbaines. Il est celui qu’on moque pour être trop catholique, pas assez enragé, royaliste trop romantique, mal engagé et finalement de la muse Clio, lorsqu’il ne put être l’amant de Thalie.
On connaît également d’amphigouriques biographies de l’auteur breton, dans la lignée mal comprise de ces merveilleuses Mémoires d’outre-tombe, aussi ce court essai de Michel Crépu vient-il à point nommé pour redorer la mémoire du noble lettré breton et rendre à César, enfin à François-René, les lauriers d’une gloire trop tôt oubliée.
Michel Crépu, en bon écrivain et directeur de la Revue des Deux Mondes laisse la fibre littéraire de Chateaubriand s’exprimer pleinement, passant de la fibre romanesque de l’auteur de René et Atala, au sentiment religieux réel de l’auteur du Génie du Christiannisme, aux jeux égotiques de l’auteur des formidables Mémoires. Car c’est ce qui fait l’intérêt de cette grande personnalité des Lettres françaises, il peut être le plus grand des romantiques, quand il peint les états d’âme d’une Atala terrassée par l’impossible passion de l’homme et de son maître. Il aime les descriptions d’une nature inviolée, mais en même temps, refuse de condamner la société et préfère le difficile chemin de la voie médiane où l’on tente de faire progresser le sauvage et le civilisé dans une quête commune de leur humanité.
Ayant vu trop de ses amis, parmi lesquels de grandes figures intellectuelles, le cou décollé par l’invention du docteur Guillotin, il refuse de rendre hommages aux amateurs de sang qu’il soit innocent ou coupable. Il soutient une Restauration qui semble capable de restaurer l’équilibre qui a fui le pays en même temps que la noble Raison. Dans les Mémoires il raconte cet exil, sa découverte de l’Amérique, sa piètre performance avec les princes à Coblence et surtout son séjour à Londres où il peut travailler dans le dénuement à son essai sur les révolutions. Sa rencontre avec le Consul lui laisse entrevoir un destin glorieux, mais il se découvre vite incapable de cette souplesse d’échine qui fait les grandes carrières politiques.
Crépu s’amuse au contact de ce gentilhomme breton, passionné et rétif. Incapable de se fondre dans une restauration de plus en plus rétrograde et réactionnaire, il voit se fermer les portes de la l’Histoire pour entrer dans les pénombres enchanteresses de la Littérature et surtout devient l’icône de toute la génération des écrivains qui construiront la pensée du XIXè siècle. Il meurt quelques mois après que les journées révolutionnaires de février se soient terminées par la chute de la Monarchie de Juillet.
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