Franck Maubert – Ville Close – Ecriture eds

Roman intéressant, quasi monographie de la ville de Richelieu fondée par l’éminence grise de Louis XIII, c’est aussi un polar à l’atmosphère 9782359050554étrange et un joli moment de détente. Franck Maubert nous promène dans les rues glaciales d’une ville écrasée par la renommée de sa cousine La Rochelle, un lieu où surgit la silhouette mince et glaçante du Cardinal de Richelieu, mais où les habitants semblent figés dans l’ennui et la médiocrité propres aux petites villes enfermées dans des murs trop hauts et un passé trop lourd. L’atmosphère mystérieuse de ce roman est égayée par le goût de l’auteur pour la bonne chère et les effluves de la purée Soubise attachent le lecteur presque autant que l’enquête menée par un journaliste parisien en rupture de ban.

Lorsque Julien Collardeau revient dans la ville de Richelieu où il a passé de beaux moments avec sa tante, c’est pour faire le deuil de celle qui a accompagné un large pan de sa vie. Lorsqu’il pénètre dans la vieille bâtisse il retrouve la chaleur et les souvenirs, mais également la tristesse de l’absence. Pour lui, Richelieu est une potentialité dans un moment de doute. Journaliste gastronomique, la crise des médias l’a privé de sa rubrique, il n’est désormais plus qu’un porteur de viande froide, « nécrologue » pour personnalité vaguement connue. Une vie sans grand relief donc. En apparence, car Richelieu, ville close voulue et arrachée de la glaise par la volonté du cardinal rouge, recèle apparemment de bien vilains oiseaux.

Julien fait la connaissance d’un libraire ancien détenu mariée à une bourgeoise digne des meilleurs romans sado maso, d’un décorateur dont l’amoureux a été poignardé dans une ruelle sombre de la ville et d’une jeune femme héritière d’une jolie fortune par la grâce de la mort d’une vieille femme abandonnée de tous. Entre lecture de l’histoire de la cité et de son prince de l’Eglise, découverte d’une mystérieuse recette de cuisine et la plongée dans le cœur sombre de la prose des corbeaux, notre journaliste parcourt les rues sombres et glacées de la ville.

Un roman bien troussé et agréable à lire, même si on est parfois un peu décontenancé par le manque de lien entre les différents évènements. Il y a une artificialité entre les différents thèmes que Franck Maubert ne parvient pas toujours à dépasser. Mais on est séduit par la culture transparente et le désir de faire découvrir qui semble animer l’auteur.

http://livre.expeert.com/fr/franck-maubert/review/1815220-franck-maubert-ville-close-sombre-et-glacee

Serge Quadruppani – Madame Courage – Eds du Masque

http://www.decitre.fr/livres/madame-courage-9782702436585.html

Une excellente lecture de vacances ou de détente avec ce polar rondement mené par le talentueux traduteur du maître du roman noir italien Andrea Camillieri. Un jeune homme happé par les trafics des intégristes musulmans toujours prompts à trouver de l’argent pour leur sale guerre 9782702436585FS religieuse, une inspectrice italienne mise en retraite forcée après une apparition inopinée au milieu d’une manifestation d’opposants au pouvoir, un flic dormeur et une jolie fille trop curieuse. Ces quatre personnages que rien ne lie se retrouve dans un restaurant parisien pour un déjeuner où la main du destin apparaît brutalement au milieu de la semoule d’un délicieux couscous.

Vers qui pointe cette main? C’est tout l’enjeu de l’enquête qui lance l’inspectrice et le flic dormeur sur les traces d’un intégrisme qui transforme ses adeptes en drogués ingérables et violents. Serge Quadruppani nous emmène sur les traces d’une véritable mafia de l’intégrisme qui trouve ses fonds partout dans le monde, jusqu’à la paisible Vénétie. La drogue est utilisée, comme jadis le LSD par l’armée américaine, pour achever de formater des masses de jeunes gens prêts à tout pour un nouveau shoot et surtout prêt à tuer et à se faire tuer. Ce récit n’est pas sans rappeler le célèbre mythe de la secte des Assassins qui effrayaient tant les pouvoir d’Orient et d’Occident au Moyen Age.

Daniel Cario – La maison des frères Conan – Collection terre de france

Un roman très agréable qui met en scène deux frères dans une Bretagne encore pauvre et rurale où les hoberaux sont soient des gens dignes de tous les éloges, soit d’abominables petits arrivites. En pleine tourmente de l’occupation, l’histoire d’amour entre deux jeunes  gens et l’mour filial entre deux frères devenus orphelins se polit de page en page pour s’achever dans une belle aventure romanesque.

Lorsque Anaïs Conan donne naissance à son deuxième enfant, elle n’imagine pas un instant que ce petit être fragile va devenir sa malédiction. Naître et être un enfant trisomique n’est pas simple à l’heure des thérapies géniques et des progrès de la psy cognitive, alors imaginez ce que cela peut être dans une campagne reculée, au sein d’un couple d’honnêtes artisans sans le sou, vivant dans une cabane en bois à l’orée de la forêt. Lorsqu’elle comprend que toutes ses prières et toutes les superstitions héritées du fond des âges ne servent à rien, la mère abandonne sa famille et fuit.

Le père, sabotier de son état, apprécié pour son sérieux et sa gentillesse devient un roc pour ses deux fils, le beau, le normal Louis-Marie mais aussi pour Céleste, le crapaud, le débile, gentil mais étrange, peut être même dangereux. Grâce à une "hussarde noire" perdue en terre bretonne les deux enfants découvrent l’école de la république et sa formidable ouverture au monde. Louis-Marie y découvre sa meilleure amie et son amour, Céleste y découvre qu’il n’est pas fou, pas crétin, pas débile, mais qu’il est, comme tous, capable du meilleur, du plus fin et du plus délicat.

Le destin de ces deux enfants élevés dans le respect et l’amour va se trouver confronter à la bestialité des adultes, à la fureur de l’histoire, à la détresse des plus humbles et à la difficulté de faire vivre, envers et contre tout, un rêve, le rêve, construire une maison, sa maison. Un très joli roman, bien écrit, poétique et infiniment beau dans sa description de cette différence porteuse d’un amour infiniment grand.

Charles T.Powers – En mémoire de la forêt (trad. Clément Baude) – Sonatine

Un polar doublé d’une analyse pour le moins légère du passé communiste de la Pologne et des petits   arrangements des uns et des autres avec les divers maîtres du temps. On ne doute pas de la bonne volonté de Powers, mais le style est lourd, empoulé et dénué de tout sens de la nuance, certains personnages sont d’une confondante naïveté, les autres sont de sinistres crétins et les troisièmes semblent des méchants sortis d’un conte pour effrayer les enfants.  Rien de bien transcendant donc et surtout empli de cette moraline américaine qui leur tient souvent lieu de sens historique et politique.

La Pologne de ce livre est à la hauteur de ce qu’on en imagine quand on nous montre certains reportages: un pays de débiles profonds arriérés, de ploucs vulgaires et alcoolisés et d’antisémites pathétiques qui ne voient la lumière que dans les cierges d’église. Franchement des portraits comme ça frôle le reportage grolandais, mais malheureusement Powers n’a pas l’humour de nos amis de la télé.

Le meurtre d’un type obscur déclenche une sorte de réaction en chaine qui permet de lever le voile sur les relations troubles des autorités de la ville avec les communistes, les petits trafics sordides et les arrangements avec le grand ogre russe voisin. Avec la chute du mur, les langues se délient et les boites de pandore répandent leur contenu nauséabond dans la petite communauté. Un ami de la famille souhaite à toutes forces découvrir le secret du meurtre de son ami, enfin si tant est qu’on puisse définir comme cela des relations qui sont aussi distendues. Après les trafics, il découvre d’autres vilains secrets de plus en plus glauques et lorsque le village devient la proie de mystérieuses dégradations, il replonge dans un passé que tout le monde semble trop heureux d’oublier.

Si l’idée du roman semble bonne, le traitement est catastrophique. Les personnages et le déroulement sont caricaturaux et sans intérêt. On connait le dénouement et pourtant on s’étonne presque du tombereau de sentimentalisme qui achève la lecture en mode semi étouffement.

Patrice Pélissier – L’homme qui en voulait trop – Presses de la Cité/ Terres de France

Un polar efficace mais sans grande surprise qui nous emmène au coeur d’un rude hiver auvergnat sur les traces d’un mystérieux sextuple meurtrier. Patrice Pélissier construit son récit en alternant un chapitre avec les enquêteurs et un autre en flash-back au coeur du groupe des futurs assassinés. Le narrateur de ce groupe est le seul survivant du massacre. Le procédé est assez artificiel et le ressenti est amplifié par le manque de reliefs des personnages. On a l’impression assez pénible d’être dans un épisode des CSI ou d’une quelconque série de polar. Comme avec ces séries on lit sans déplaisir, mais sans grande passion et on se retrouve à la fin du roman avec l’impression assez dérangeante d’avoir consommé du papier, comme on consomme de la télé.

Nathalie de Broc – L’adieu à la rivière – Presse de la Cité/terres de France

Troisième et dernier opus des aventures de la dame de Kerbrénou, initiées avec Loin de la Rivière et jolie fin pour une bien belle aventurière. Nathalie de Broc brosse avec finesse et nuances la vie d’une vieille famille bretonne entre tradition et modernité, entre attachement vicéral à la  terre familiale et à ses beaux paysages et désir de voir le monde et d’y prendre sa part. Après bien des péripéties Herminie de Vrigny semble enfin destinée à goûter une vieillesse douce et légère au bord des rives paresseuses de l’Odet. Mais l’Histoire récente s’est chargée de semer les derniers raisins de la colère dans le coeur d’une jeune génération qui peine à se remettre de la tragédie de la seconde guerre mondiale, tandis que la vie se charge de rappeler à la dame que l’amour et le désir ne respectent nulle convention d’âge ou de condition.

Outre la manière très agréable dont l’auteure nous narre les aventures de ces quatre générations d’hommes et de femmes d’une famille hors du commun, il y a aussi un goût très sûr pour la peinture la plus juste des paysages. Elle évite les lourdeurs et les affèteries et laisse sa prose épouser la beauté de cette Bretagne entre nature sauvage et belles demeures anciennes. Ses personnages sont attachants et s’inscrivent assez bien dans la complexité des temps.

Petit regret, cependant, ce beau roman méritait sans doute de plus longs développements et une plus large place à cette Lyane qui donne un relief tout particulier à ce roman ou autour de Juliette et de son destin. Mais la lecture reste très agréable.

Sur le site de l’éditeur

Hervé Jaouen – Ceux de Menglazeg – Presse de la cité

Quatrième opus des aventures d’une famille bretonne courant sur plusieurs générations, « Ceux de Menglazeg » aborde la délicate question de ces enfants nés d’amours adolescentes et confisqués par les parents de la mère biologique. Hervé  Jaouen nous invite dans le quotidien de l’adolescente, de ses parents et de ses grands parents et avec beaucoup de talent, il insère ce quotidien dans cette campagne bretonne que nous adorons détester: l’humidité, la pluie et pourtant une forme d’aridité des formes, des couleurs sombres, plombées. L’histoire de Sylviane, 18 ans, trouve un écrin particulièrement adapté aux drames qui jalonnent déjà son existence, mais également à l’affection indéfectible qu’elle trouve auprès de ses grands parents, couple indissoluble, humble, magnifique.

Sylviane a 18 ans, elle travaille comme beaucoup d’autres de son village, et des bourgs alentours, à l’usine de préparation des saumons. Une jeune fille sans histoire, ou presque, comme beaucoup d’autres jeunes filles de ces campagnes qui finissent toujours à force d’ennui, par prendre le risque de trop, comme ces saumons qui passent une fois de trop, près du bord et qui finissent le ventre ouvert sur la berge. Malheureusement, Sylviane n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes, elle a donc dû se contenter, d’un estropié, trop heureux de trouver une épouse par les petites annonces d’un journal chasse, pèche et tradition, et quelle épouse! une grosse endive venue du nord, grasse comme une loche, mais douée d’un formidable appétit pour la gaudriole et tout à fait satisfaite de constater que la nature aime à rééquilibrer ses petites vacheries.

Des parents qui s’aiment, que demander de plus quand on est une petite fille? Des parents aimant! Car la grosse loche n’aime rien de plus que se couler dans ses coussins, se gavant de sucreries en écoutant amoureusement les tubes des yé-yés, délaissant la petite Sylviane, à un point tel que la fillette doit être hospitalisée. Grâce à ses grands parents qui vont la prendre sous leurs ailes aimantes et protectrices, elle va échapper au destin de ses deux petits frères, Johnny et Eddy _ oui, ça fait peur_ sont enlevés et confiés à la DASS.

Sylviane passe une enfance relativement neutre entre l’école où elle est moyenne et le plaisir de retrouver ses grands parents qui savent lui transmettre quelques belles valeurs. L’adolescence la cueille dans un champ de haricots où ses charmes feront le bonheur d’un futur représentant de l’armée française. Une première grossesse accidentelle, une seconde bien calculée et voilà Sylviane, mère à 14 et 16 ans. Malheureusement pour elle, sa mère trouve dans ces grossesses une occasion de renouer avec la maternité….et accessoirement de toucher les aides sociales.

Dans ce roman qui tient du polar et de la chronique sociale, l’écrivain Hervé Jaouen fait preuve d’une grande maîtrise pour raconter une histoire simple sans tomber dans le pathos, en glissant ici ou là les pointes d’humour qui permettent d’alléger la tension du récit. Il peint une Bretagne sombre, lourde, une Bretagne de la lande et du granit, loin de ma lumineuse côté, mais qui renforce encore le caractère inexorable de certains destins. Un roman très agréable.

Pascal Martin – Le Seigneur des atolls – Presse de la cité

 Un agréable roman qui nous replonge dans les turpitudes du la présence nucléaire française à Tahiti et qui fait curieusement écho à un reportage récent sur un journaliste de l’île, Jean-Pascal Couraud,  parti en guère contre Gaston  Flosse, ami de l’ex président français Chirac, et parrain du territoire et qui disparut corps et bien, un petit matin pluvieux -ou pas, mais le fait est qu’il a disparu. Le roman de Pascal Martin se déroule sur une quarantaine d’années, de 1968 à notre époque et évoque l’étrange destin d’un journaliste, avide de justice et déçu de la brutalité humaine, parti se vider l’esprit dans un paradis terrestre et qui prit le parti d’une culture originelle, prise entre le marteau nucléaire et la l’enclume mafieuse. On se laisse séduire par les aventures du journaliste Chrétien, devenu Upo le fou puis Foch le défenseur ardent de son petit peuple, même si parfois, Pascal Martin semble se complaire dans la peinture naturaliste idéalisée du bon sauvage face aux sauvages venus de la civilisation.

Chrétien est journaliste, il couvre les évènements de 1968 et se trouve confronté à la violence des étudiants et des CRS. Pour lui, cette brutalité doit être montrée afin d’interpeller le public, pour son patron, c’est d’abord un risque de déstabilisation et dans la France gaullienne, on prend ce genre de risque très au sérieux. Déçu, le journaliste décide d’aller se faire voir sous d’autres cieux, et d’aller retrouver le bon sauvage dans l’hémisphère sud, à Tahiti.

Là il va découvrir le mystère de l’atoll de Tureia, le nouvel espace de jeux des apprentis sorciers de l’atome et de leurs alliés galonnnés. Une première rencontre musclée avec les locaux qui semblent loin de l’image du gentil hawaïen en pagne et de sa gentille dame aux fleurs de tiaré et le voilà affublé d’un nouveau nom et d’une assignation à résidence, imposée par le chef local, Arakino. Chrétien devenu Upo le "fêlé" va découvrir une nouvelle culture, déjà minée par la maladie occidentale, des hommes et des femmes qui veulent à toutes forces préserver leur héritage et la beauté de leurs monde, et pour cela, ils sont prêts à accepter la fureur de l’atome à leurs portes.

Le roman de Martin est très agréable, il déploie avec beaucoup d’art le fil de son récit et les multiples rebondissements ainsi que l’humour de certaines situations permettent de faire passer plus facilement le côté trop "parfait" de l’homme blanc providentiel venu sauver une bande de sauvages charmants certes, mais pas assez malins pour tenir longtemps contre les appétits de l’homme blanc ou de l’homme jaune.

Sur le site de l’éditeur

Stephen Fry – Le faiseur d’Histoire (trad. Patrick Marcel) – Folio

J’adore l’humour anglais, et il faut avouer que la génération de Stephen Fry élevé au lait acide des Monty Python est particulièrement brillante. On connait bien les pitreries de Mister Bean, on connait moins l’humour typiquement british  de ceux que les français prennent souvent pour des seconds couteaux alors qu’ils sont aussi connus sur les scènes britanniques que le héros de Blackadder. Ainsi le désormais célèbre docteur House avant d’être le médecin revêche et drogué était avec Stephen Fry le héros d’une émission très réputée de la BBC où les deux compères rivalisaient d’humour noir. Toutes les qualités qui ont fait de Fry un homme délicieux à l’écran se retrouvent dans ce roman : humour, érudition et goût exquis pour les détails les plus désopilants.

Uchronie brillante, polar et romances se côtoient dans ce roman où deux héros improbables jouent avec le temps et l’Histoire, pour de bonnes raisons bien sûr – où on redécouvre une fois encore que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Futur doctorant en Histoire contemporaine, spécialiste de la période hitlérienne, Michael Young rencontre un étrange vieillard spécialiste de physique. Les deux hommes réunis sur le prestigieux collège de Cambridge se découvrent une passion commune et un désir commun, éradiquer Adolf Hitler avant sa naissance ! Rien de moins. Pour cela, Michael va utiliser la découverte de sa petite amie Jane, une pilule contraceptive pour mâle, définitive, la pilule, éradication totale des spermatozoïdes. Beaucoup d’éradication non ?

Malheureusement pour notre apprenti magicien et son ami, juif, qui n’est pas juif, mais le fils d’un des gardiens du camp d’Auschwitz, bourrelé de remords pour les crimes de son père, les bonnes intentions et l’Histoire ne font pas bons ménage. Eradiquons, éradiquons, le résultat ne change guère, même si les protagonistes eux sont différents.

Brillant, drôle, sans complexe, le roman de Fry est porté par un style impeccable. L’humour des situations permet de tout faire passer même le pire et la peinture que l’auteur fait d’un autre monde n’est guère enviable, une Amérique homophobe et sectaire et une Europe sous le joug d’un nazisme à visage moins moustachu mais nazi tout de même. Un roman à découvrir sans attendre.

John le Carré – Un traitre à notre goût (trad. Isabelle Perrin) – Seuil

Les polars de l’auteur anglais font parti de notre quotidien depuis quarante ans, il a accompagné la guerre froide, le dégel, l’émergence des nouveaux bordels partout dans le monde et l’inexorable cheminement vers l’abîme. D’une fidélité  de chien à ses débuts, il a pris conscience que tous les camps dans cette histoire sont aussi égoïstes, aussi froids, aussi destructeurs les uns que les autres.  C’est dans la Constante du Jardinier que cette impression avait été la plus forte, et on retrouve ici la même rage froide, le même désespoir sous-jacent. Lorsque les plus sûrs soutiens du système commencent à perdre confiance alors il ne reste plus que le sentiment définitif d’une défaite programmée. L’économie de marché est un monstre barbare qui nous mène avec la complicité de nos politiques et de leurs chiens serviles des services secrets vers l’abîme et nous sommes tous complices et victimes de ce système. Nous souffrons d’une pourriture managériale de grande ampleur, telle est la conclusion d’un personnage et sans nul doute le sentiment profond de Le Carré et il faut bien reconnaître qu’à écouter chaque jour les nouvelles neuves du monde, cette pourriture managériale du haut en bas de la pyramide du monde capitaliste, cette ignominie qui nous fait regarder la mort de millions d’êtres comme sans  importance face au  Tour de France ou au prix du carburant sur nos autoroutes ou aux affaires de cul de quelques patrons ou politiques minables et sans intérêt ne fait que confirmer le dégoût qui affleure dans ce dernier roman de l’auteur anglais.

Vous voulez en savoir plus, alors lisez sans attendre les aventures d’un couple d’anglais bien sous tous rapports qui se retrouvent projeté dans le monde du renseignement parce qu’un mafieux russe saisi de « remords » et grand amateur de tennis s’est pris d’affection pour eux. Des rives du paradis pour gens riches aux virginales montagnes suisses en passant par Roland Garros, c’est le récit d’une course vers l’enfer.