Tous écolos?

On aurait pu imaginer après la catastrophe en cours au Japon, après la prise de conscience et les actions de préventions en Allemagne et dans l’UE, que la classe politique française fasse front – surtout après les lamentables communications de Besson et de NKM au début du drame japonais – et reconnaisse enfin la dangerosité d’une énergie dont le moins qu’on puisse dire est qu’on est incapable de mesurer les risques.

Mais c’était sans compter l’incroyable lobbying des industries liées au nucléaire en France, EDF et Areva, dont on connait la responsabilité dans le non développement, voire la destruction des entreprises engagées dans les énergies renouvelables. La Lauvergeon qui s’est une fois de plus décrédibilisée à la télé, le Proglio d’EDF ont fait leur boulot et on a assisté à une scène incroyable au Sénat: la droite, le centre et la gauche, unis contre les écolos, accusés – excusez du peu – de se servir du drame pour leurs intérêts personnels!

A ce niveau de bêtise et de propagane, on ne peut tirer qu’une conclusion, 2012 devra être l’année du grand ménage. Si les citoyens de ce pays sont prêts à parier la vie et la santé de leurs enfants sur les promesses, coups de menton et les haussements d’épaule de Sarko, de Proglio, de Lauvergeon et de la clientèle de l’industrie nucléaire à gauche comme à droite, alors votez traditionnel et faites commes les japonais, attendez la catastrophe; ou comme les américains qui viennent de découvrir que leur centrale californienne, celle qui se trouve sur le faille de San Andreas ne résistera pas à un tremblement de terre de + de 7 sur l’échelle de Richter.

Cela fait plus de 30 ans que les écolos avertissent du danger du nucléaire et surtout de la méconnaissance totale des degrés de résistance de nos infrastructures. Chaque catastrophe apportent son lot de connaissance nous dit on, génial, attendons donc le prochaine catastrophe pour tirer de nouveaux enseignements et continuer à enterrer les morts et regarder les malades crever comme des rats de laboratoires. Depuis 30 ans les écolos demandent que les autres énergies bénéficient du même niveau de recherche et de développement. Au lieu de ça les gouvernements français ont choisi de soumettre tout un pays à une énergie: 80% de l’électricité provient du nucléaire, avec un parc vieillissant voire obsolète. L’argent qui aurait dû servir à la recherche et au développement du solaire et de l’éolien ont été détourné au profit du nucléaire. Et ce SANS aucune concertation avec la société civile.

2012, nous, citoyens, avons l’occasion de faire savoir que ces manipulations et ce clientélisme doivent cesser. Il ne s’agit pas de fermer les centrales demain matin, mais de donner enfin les moyens de développer toutes les énergies renouvelables afin de donner à la France, une VERITABLE indépendance énergétique, car avant qu’on puisse détruire ou détourner le soleil, arrêter le vent ou brider l’émission de chaleur issue de la terre, il faudra faire péter la planète.

Ni gauche, ni droite, désormais, ce sera l’écologie!

NON AU GAZ DE SCHISTE

Le gaz de schiste n’est pas une solution à notre dépendance énergétique vis à vis du pétrole, c’est un crime, un crime contre nous, chacun de nous, contre notre environnement. Il est de bon ton d’accuser les écolos d’être des propagandistes du malheur et du retour à la vie dans les cavernes, d’être des Cassandre. Mais rappelons que Cassandre avait raison et que Troyes fut rasé jusqu’aux fondations!

NON AU GAZ DE SCHISTE, NON à GDF et à TOTAL et à leurs affidés, NON au racket organisé par des entreprises dont le seul intérêt est plus de pognon pour leurs actionnaires et jamais plus pour les poches de leurs salariés.

Petit message à destination de Danielle Sallenave qui est venue faire son petit caca nerveux anti écolo sur France Culture ce matin: On parle de moralisme écolo, on reproche aux écolos de manipuler les enfants! Il est certain qu’il faut mieux leur apprendre à devenir de parfaits petits esclaves du capitalisme, à se soumettre aux volontés des patrons et à admettre qu’ils ne sont rien d’autre que des consommateurs, des ventres à remplir et des forces de travail corvéables à merci! Il vaut mieux leur apprendre à gaver leur organismes de saloperies et leur apprendre à jeter sans conscience, ce qu’ils ne veulent pas, parce qu’il ne faut pas les inquiéter les chers petits. Elever un enfant, ce n’est pas seulement lui enseigner le français et les maths, c’est aussi lui enseigner comment vivre dans  et avec son monde, environnement compris!!! Personne ne demande aux enfants de dénoncer qui que ce soit, juste de vivre avec leur temps et de prendre part à leur monde…

Quant à la comparaison écolo et fascisme, elle n’insulte que les abrutis qui l’utilisent et rappelle l’accusation d’antisémite balancée à tous ceux qui osent dire que l’Etat d’Israel n’est pas parfait et que le CRIF est une organisation bien peu respectueuse de la liberté d’expression de tous.

C’était pourtant dans l’air dès le 3 mars…

 Pourtant ils avaient annoncé la couleur sur le plateau de C dans l’air, alors qu’on ne vienne pas nous dire que le sondage du Parisien est aberrant. On retrouve dans ces cris d’orfraies et de défiance, ce que les médias disaient déjà en 2002, lorsque quelques "alarmistes" annonçaient Le Pen au premier tour. Le résultat fut une gueule de bois.

Ceux qui forment le noyau dur du Sarkozysme aujourd’hui en dehors de sa clientèle affairiste, sont bien ces petits vieux aigris qui voient des rastaquouères partout et des jeunes qui leur font peur. En portant le fer dans ces plaies purulentes, Sarko s’offre la tranquillité sur les affaires judiciaires de ces nouveaux ministres, sur l’échec patent de sa politique économique et sur le nouveau cadeau fiscal à ses potes du CAC 40.

Cela ne dédouane pas les 25% d’abrutis qui ont voté Sarko en 2007 sans même avoir lu son programme, juste parce que Sarko leur promettait des économies d’impôts, ceux là doivent juste aller se pendre.

L’année qui vient sera laide, lamentable, puante et il se pourrait que la victime collatérale de cette campagne crasseuse soit la démocratie. Notre identité grecque, passée, rappelons le par Bagdad pour sa redécouverte dans la seconde partie du Moyen Age, nous a pourtant appris que la démocratie a deux ennemis mortels: l’oligarchie et la tyrannie. Les deux marchent souvent ensemble avant de s’entre tuer.

Il y a un an….

Il y a un an, une journée ordinaire, une nuit extraordinaire.

Barack Obama, l’homme de toutes les promesses était élu à la tête de l’état américain, chargé par une sorte de triste plaisanterie, de nettoyer les écuries d’Augias laissé par l’administration Bush. Passé le moment, le formidable moment d’enthousiasme, de joie, allez de bonheur, nous savions tous que les jours à venir seraient difficiles, pénibles, voire dramatiques. Et cela n’aura pas manqué. Malgré les bonnes volontés, malgré le désir de changer les choses, Obama et son administration ont dû affront et doivent encore affronter les conséquences de la politique de Bush et de sa clique. Guerres, tortures, haines, catastrophes écologiques, politiques publiques inexistantes, autant de mines laissées par la précédente administration… et n’oublions le formidable vivier de haine raciste entretenue par la chaine de propagande de Murdoch, Fox News.

Un an après, ce que nous regardons est terrible : la guerre en Afghanistan dont personne ne sait comment en  sortir, les tueries en Irak, la réalité de la torture, les manipulations iraniennes, les jeux pervers de l’allié israélien et les lamentables tentatives du petit sarkozy pour prouver qu’il existe. En politique intérieure, c’est cette réforme capitale et nécessaire instrumentalisé par les républicains, la crise économique qui ne cède pas pour les ménages et les frondes ici ou là pour limiter l’action contre le réchauffement climatique. Obama semble indécis, fatigué parfois démoralisé.

Et pourtant l’espoir demeure. Un espoir fou, un espoir formidable. Non pas celui d’une croyance aberrante en l’homme providentiel, mais simplement qu’une autre politique est possible, qu’on peut être un honnête homme et un politicien. La volonté d’une administration de penser, réfléchir, comprendre, admettre ses faiblesses et vouloir à toutes forces trouver la meilleure solution, même dans la pire des situations. C’est un homme digne face à la mort de ces soldats envoyés se faire crever la panse dans une guerre imbécile.

Un an après, il faut croire encore en la capacité des Etats Unis de Barack Obama de changer la donne. De donner une nouvelle impulsion à la diplomatie trop longtemps contaminé par la real politik, pour une économie plus humaine, enfin libérée des chaines néolibérales. S’il échoue, que nous le voulions ou non, ce sera un échec collectif. Celui des américains et le notre, celui de peuples qui ont oublié définitivement que l’intérêt particulier doit céder devant l’intérêt général.

Yes we hope, still, because at the end, it’s all we’ve got.

Prix nobel de la paix…surprise surprise

L’annonce aura surpris tout le monde et fait quelques malheureux chez les parieurs professionnels.

Les nobels ont élus Barack Obama au rang de porteur de paix. C’est un beau symbole, d’autant que ce qui est salué ici c’est surtout un espoir et il faut savoir saluer l’espoir de temps en temps.

Tant d’espérance! celui d’un changement de cap de la grande nation américaine, enfin libérée des chaînes de fous dangereux de l’administration Bush, fauteurs de guerre et prévaricateurs, pour rester polie. Espoir devant un homme capable de dialoguer avec tous, parce que le diable n’existe pas plus en politique qu’ailleurs. Espoir face à un avenir aux couleurs bien sombres.

Espoirs, trop peut être. Car entre l’Irak et l’Afghanistan, les changements climatiques et la crise économique, les banquiers à l’affut et les affairistes de retour, les pauvres et les oubliés toujours plus nombreux, nul doute que le jeu est biaisé. L’espoir ne règlera rien, mais l’espérance en un monde meilleur peut guider une action politique.

Il y a chez cet homme un indéniable sens de l’histoire et une générosité qui peuvent peut être demeurer et le protéger de la lente et inexorable désespérance de l’homme politique qui doit au quotidien affronter le réel.

Alors, espérons et peut être que ce premier président métis de l’histoire américaine sera aussi le premier président d’une nouvelle ère d’hommes politiques. (Bon au regard de ce qu’on voit en Europe ce n’est pas gagné, mais après tout la justice a fini par rattraper cette lamentable tâche de Berlusconi…)

Espoir, quand tu nous tiens…

Norman Mailer – le chant du bourreau – Pavillons Poche Robert Laffont

mailerLe chant du bourreau n’est ni une charge, ni une apologie de la peine de mort, ce livre est une charge puissante, cruelle, brutale contre une société qui de l’enfance à l’âge d’homme conduit des individus à des comportements déviants puis criminels pour ensuite les abandonner au châtiment et aux manipulations des politiques, des médias, des partisans comme des opposants à la peine de mort. Plus profond, plus intransigeant et peut être plus réaliste que Truman Capote, avec De sang froid, Norman Mailer livre ici une œuvre majeure de la littérature américaine, peut être la plus complète sur ce qui mène un homme vers son bourreau.

Provo, petite mormone de l’Utah. Un homme, Gary Gilmore, récemment sorti de prison, tente avec l’aide de ses proches de reconstruire un quotidien acceptable pour lui, mais aussi, mais surtout pour les autres. C’est sans doute ici que le formidable réquisitoire de Norman Mailer commence : comment une société préfère dévorer ses propres enfants plutôt que de leur laisser une chance de s’affranchir des règles d’un patriarcat étouffant. . Gary, malgré l’aide des uns et des autres ne parvient pas à se libérer des chaines invisibles tissées par son enfance passée dans des centres de redressement. Violent, agressif, cruel, perdu, il ne possède aucun des codes qui lui permettraient de se réinsérer, mot miracle, éternel mirage. Homme enfant, il finit par tomber amoureux de Nicole, une jolie fille aussi perdue que lui, qui a fait de son corps un catalyseur de tous les malaises, de tous les non-dits. Elle offre son corps à tous ceux qui demandent, pour noyer son désespoir autant que pour prendre celui de ses innombrables amants. Ce couple improbable va tenter de se construire un petit univers de bonheur et ne va finalement parvenir qu’à hâter le retour du désespoir.

La violence, la délinquance, la dépendance à l’alcool, à la drogue, l’habitude du malheur va briser ce couple qui tentait avec l’énergie du désespoir de s’affranchir de la fatalité des plus faibles : être toujours attendus au tournant. Gary ne parvient pas à garder Nicole. Brisé par sa rupture, en colère contre lui-même, contre le monde, il commet un, puis deux meurtres de sang froid. Mailer ne nous impose nulle grille de lecture, il laisse à chaque lecteur le soin de décider si Gary est un fieffé salaud ou juste une énième victime expiatoire. Arrêté, bientôt jugé, Gary Gilmore est condamné à mort. Nous sommes en 1975, l’Amérique n’est plus  (et pas à nouveau) cette garce avide du sang de ses fils. Elle vient de subir le cauchemar du Vietnam, de découvrir que son personnel politique n’est plus à la hauteur. Cette Amérique qui se cherche un héros noble et généreux, est prête à abandonner la peine de mort au profit du pardon, le message du nouveau testament, contre la folie patriarcale de l’ancien.  Gary pourrait, malgré la gravité de ses crimes, ne pas subir la peine capitale. Mais fort de son expérience passée, l’homme refuse la prison à vie. Mieux vaut mourir vite et proprement que dépérir dans un univers carcéral terrifiant par son inhumanité.

Ce livre est sans doute l’une des œuvres majeures de la littérature du XXè siècle. Comme Didion, Mailer pose un regard distancié, extrêmement froid, chirurgical presque sur son pays, sur ses institutions, sur les médias, les puissances politiques, religieuses. Il montre que les individus sont instrumentalisés en fonction des intérêts du moment et des groupes en présence. Le malheur, le bonheur des hommes et des femmes n’a pas la  moindre valeur, ce qui compte c’est le message. Gary qui refuse de vivre sa vie enfermé comme un animal, qui préfère la mort rapide, à la longue et cruelle agonie de la prison à vie, se voit déposséder de son ultime choix, de son ultime liberté. Devenus de vulgaires produits, Nicole et lui sont broyés et vaincus par une société qui ne vit plus le réel, mais l’image déformée d’un effrayant miroir aux alouettes. Mailer dans un plus beaux brillants exercices, celui de chirurgien de la psyché américaine, comme La Bruyère, Hugo ,Zola ou Dostoievski avant luI. Ce livre, est également une leçon de journalisme, le rappel le plus brutal de ce que qu’est une enquête, une analyse, bref le boulot du journaliste. Là encore un réquisitoire, mais cette fois contre nos prétendus et lamentables journalistes d’investigation. Enfin ce livre est une ode à l’amour, non celui idéalisé des contes pour vierges sacrifiées sur l’autel des convenances, mais ces amours violents, terribles, intransigeants et destructeurs, ces passions minérales, ces imprécations contre les dogmes.