Oyez donc l’histoire de cet étrange traité dont on ne connaît ni l’auteur, ni la date de création et suivez pas à pas la courageuse et folle aventure de ceux et celles qui tentèrent d’affranchir les hommes de leurs chaînes.
« Né au XIIIè siècle, le mythe du Traité des trois imposteurs, après avoir circulé pendant des siècles en Europe, sous forme de rumeur, prend corps au début du XVIIIè. Brusquement, le texte apparaît, ou plutôt les textes, car il en existe une grande variété, dans des langues diverses, avec des variantes multiples. Cette prolifération pose autant de problèmes que le vide des cinq siècles précédents ? D’où viennent toutes ces copies, manuscrits et imprimés, qui surgissent un peu partout par une sorte de génération spontanée ? Les érudits, les historiens des idées se penchent depuis longtemps sur ce mystère, qui est d’autant plus difficile à élucider que le traité appartient à la littérature clandestine, un genre dont la spécificité est de cultiver le secret, secret des origines, des auteurs, de la diffusion. » Georges Minois, p.189
Tous ceux qui de près ou de loin s’intéressent à la question historique des textes religieux, ont lu avec attention et parfois aussi avec délectation, ce cours texte qui se charge de faire un sort aux trois leaders des trois monothéistes : Moïse pour la religion juive, Jésus pour la catholique et Mahomet pour la musulmane. Mais, on oublie souvent que ce texte écrit sans doute, comme le montre, l’historien Georges Minois, spécialiste de l’histoire religieuse et de l’histoire bretonne, au début du XVIIIè siècle, voit en fait le jour dans un discours rageur du pape Grégoire IX contre l’empereur du St Empire romain germanique, Frédéric II. Et au-delà, de cette première accusation, ce texte est la plus belle preuve d’une permanence, malgré les chasses aux sorcières, les sanctions lourdes, les risques d’anathème, de la critique contre le monothéisme et contre les superstitions religieuses. Depuis l’antiquité, il se trouve des esprits libres pour critiquer le religieux et sa prégnance sur les sociétés humaines. Le plus drôle, dans cette histoire, c’est que ces écrits, ces critiques, ont presque tous disparus, les valets des monothéismes ayant toujours été très efficace pour détruire les écrits critiques. Ils nous parvenus par le biais des défenseurs de l’orthodoxie qui pour dénoncer l’immoralité des athées ou des sceptiques, ont repris de larges passages des livres préalablement livrés aux flammes.
Le travail de Minois est passionnant et brillant. Il laisse une large part à tous ces auteurs qui depuis l’époque antique ont pointés l’incohérence des textes et dénoncés la corruption de système qui ne sont fondés que sur la domination des masses par un pouvoir central. Il est toujours intéressant de découvrir ou de re-découvrir que dès l’instauration du monothéisme, il s’est trouvé des esprits forts pour dénoncer la brutalité et la cruauté d’un dieu paranoïaque, ou la violence et la cruauté des tenants d’une religion d’amour et plus généralement la volonté de domination et d’asservissement de systèmes hautement politique. Le risque fut tel pour les religions « révélées » qu’elles en vinrent presque à s’unir contre le danger que représentaient les critiques : au XVIè siècle, des théologiens appellent à l’union sacrée contre ces « chiens » qui nient tout supernaturel.