Mathias Enard – Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants – Actes-Sud (Ma rentrée Littéraire)

Voyager en compagnie de l’écrivain Mathias Enard doit être particulièrement agréable. Avec Zone déjà, il savait trouver le rythme et l’intensité pour rendre son récit inoubliable malgré sa densité. Avec ce roman plus court, il nous  conduit à nouveau dans le Bosphore, au début du XVIè siècle, sur les traces d’un des artistes les plus réputés de son temps, Michel Angelo Buonaroti, le sculpteur génial de David et de la Pietà. L’homme a quitté Florence et Rome par dépit contre un pape coléreux et versatile, Jules II, homme puissant parmi les puissants, et qui ne voit dans les artistes que les valets brillants de leur gloire éternelle. Afin de prouver qu’il est le plus grand de tous, meilleur même que Leonard de Vinci, il décide de répondre à l’offre du sultan Bajazet II, le maître de la sublime porte, ennemi juré de Jules II. Il va construire pour le maître de l’ancien Empire d’Orient, un pont entre les deux rives, un trait d’union entre tous les habitants.

Lorsqu’il débarque à Istanbul, Michel Ange n’est pas certain d’avoir fait le bon choix. Quitter le cœur de l’empire chrétien, par dépit, pour aller déposer son art au pied de l’ennemi juré, est une affaire risquée. Le sculpteur sait qu’il prend des risques avec ses désirs de fortune mais aussi sa vie… on assassine vite et bien à l’époque. On lui demande de construire un pont, pour relier les deux rives du fleuve, une œuvre digne d’un grand artiste. Mais surtout le symbole éclatant de sa réussite et de son ascension fulgurante. De sa revanche aussi sur Jules II qui lui a demandé de réaliser son tombeau, l’ultime et d’autant plus important acte de son pontificat. Mais Jules II est un maître jaloux, et pingre, et les blessures de l’ego sont difficiles à supporter quand on est sûr de son talent.

Ainsi, découvrant qu’avant lui, le sultan a fait appel au grand Léonard de Vinci, Michel Ange n’hésite pas une seconde à saccager les maquettes de son glorieux ainé et à nier la qualité de son travail. Michel Ange seul, peut offrir à la Corne d’Or une parure idéale. Mais Istanbul n’est plus Constantinople, et l’artiste italien doit d’abord apprivoiser la cité, comprendre ses secrets et les mouvements intimes de la grande cité. Aux côtés de son traducteur et du poète favori du Grand Pacha, Mesihi de Pristina, l’artiste va prendre le pouls de la cité, de comprendre cet art si loin des représentations  de sa propre histoire. Fasciné il regarde le respect avec lequel sont traités les tenants des autres religions alors même que les souverains espagnols poursuivent leur entreprise de nettoyage ethnique. Obnubilé par son grand œuvre futur et par la beauté de la ville, il ne se rend pas compte des passions qui naissent autour de lui.

A partir d’un fait peu connu de l’histoire du grand artiste florentin, Mathias Enard tisse un récit très prenant, faisant se succéder la voix de l’artiste, celle du poète Mesihi, celle d’une belle esclave pour raconter le court séjour de Michel Ange à Istanbul. Les mots de chacun semblent s’incarner et devenir chair que ce soit pour décrire l’arrivée de l’artiste sur les bords du Bosphore ou bien dans la révélation de l’amour fou éprouvé par le poète pour le sculpteur. Des histoires qui se glissent dans l’oreille des hommes pour tenter de franchir la grande porte de leur cœur. Des histoires sombres et cruelles. Des mémoires brisées par l’exil et la perte. Mathias Enard livre ici une histoire romanesque dont on aimerait qu’elle fut vrai, afin de réincarner ces hommes de notre passé, quand Istanbul, perle du gardien de la sublime porte, était encore considérée comme une ville européenne.

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2 réflexions sur “Mathias Enard – Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants – Actes-Sud (Ma rentrée Littéraire)

  1. J’ai apprécié le style de ce roman, mais qu’est ce que je me suis ennuyé: je ne suis jamais entré dans l’histoire, il faut dire que l’intrigue est quasi inexistante. Tout paraît survolé, et au final, on n’apprend pas grand-chose sur Michel-Ange. Bref, une déception de mon point de vue.

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