Darwin au bûcher…

J’ai été atterrée par les propos du professeur Didier Raoult, biologiste, auteur d’un livre supposé déboulonner la statue du commandeur Darwin qui serait un ennemi déterminé des progrès scientifiques. Dans son débat avec le professeur Ameisen dans l’émission la tête au carré sur France Inter, il a multiplié les approximations pour ne pas dire les francs mensonges sur le père de la théorie de l’évolution, l’accusant d’être un avatar de la pensée judeo-chrétienne, un cheval de Troie du dessein intelligent, d’être à la science, ce qu’un astrologue est à l’astronomie. Bref un vilain méchant manipulateur, simplificateur, à écarteler au plus vite sur l’autel de la vraie science.

Que Darwin n’est pas compris ce que nous ne commençons qu’à comprendre grâce à la formidable évolution des outils techniques peut-on intellectuellement lui en faire reproche ? Oui apparemment, car une grande partie de la critique iconoclaste de Raoult se base sur le fait que Darwin était un homme de son temps et n’avait pas de boule de cristal pour voir les formidables découvertes du génome. Il nie le formidable apport de la réflexion de Darwin sur les principes évolutionnistes, les liens avec l’environnement, le risque d’une trop grande spécialisation des espèces. Il avait cerné l’extrême complexité de l’évolution et la variété des liens intervenant dans cette histoire. Alors certes il n’a pas compris la génétique, mais qui l’avait compris avant les années 70, 1970 ?

Le darwinisme originel n’est plus depuis longtemps et Darwin lui-même savait qu’à peine posée, sa théorie serait confronté à des apports et à des découvertes, mais le cadre demeure, les principes d’un lien entre les espèces, d’une modification à chaque génération avec la préservation de certains caractères en fonction de l’environnement demeurent. Oui c’est beaucoup plus complexe qu’il ne pouvait le constater avec les outils de son temps, mais son intuition nous a ouvert toutes grandes les portes des autres découvertes. 

Prétendre comme le faire Raoult qu’on ne devrait jamais oser de poser une théorie tant qu’on n’a pas toutes les connaissances est une niaiserie sinistre. Ce n’est pas la vérité qui fait une grande théorie, ce sont les voies qu’elle ouvre, les nouvelles découvertes qu’elle induit. Le problème avec les iconoclastes c’est qu’ils sont souvent également des zélotes, des intégristes radicaux forts de leurs certitudes et donc bien loin du doute et du raisonnement rationnel qui doit habiter un scientifique dans un domaine aussi complexe et mouvant que la biologie dans ces années de grandes découvertes.

Jean Claude Ameisen était heureusement là pour remettre de l’ordre et de l’intelligence dans ce débat et il faut reconnaitre que sa finesse, sa pédagogie sont des baumes au cœur de tout ceux qui estiment que l’homme du Corail du vivant était décidément un homme ouvert et capable d’analyse fine. On regrette que notre biologiste ne soit pas aussi sage. Le dogmatisme n’était décidément pas dans le camp des darwiniens mais bien dans celui de ce pourfendeur autoproclamé de l’ennemi du genre humain, Charles Darwin…

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3 réflexions sur “Darwin au bûcher…

  1. Le comportement plutôt agressif de M.Raoult lors de cette émission m’a également atterré, d’autant plus que ses travaux sont admirables… J’ai cru au début qu’il niait l’évolution, ce qui aurait été hallucinant de la part d’un scientifique de son calibre ! Mais non : il propose un modèle des génomes mosaïques pas si nouveau finalement, si ce n’est qu’il le pousse à outrance, voyant tout le vivant par le bout de la lorgnette microbiologiste…
    La découverte de tous ses gros virus est très intéressante, l’intégration au génome humain de HHV6 aussi mais je ne pense pas que cela viendra remettre fondamentalement en cause le modèle sélectionniste « darwinien » qui est quand même bien assis. La preuve : si on a du mal à trouver des marques de transferts horizontaux, c’est qu’ils ne doivent pas être si fréquents que cela en dehors du monde bactérien…
    Alors, pour la suite, comme le disait Ameisen, ce sera intégré au paradigme évolutif tout comme l’ont été le neutralisme, les équilibres ponctués, etc…
    Ce n’est pas la première fois qu’un scientifique tout acquis à sa propre théorie fasse un fracas (cf Gould), ce qui est dommage c’est que cela donne une mauvaise idée de la science (et de l’évolution, en l’occurence) à ceux qui n’y entendent rien…

  2. Bonjour,

    J’ai également écouté cet épisode de La Tete au Carré, et n’étant pas biologiste, ni même suffisamment informé pour faire la part des choses entre les arguments avancés, il est clair que la seule posture de Raoult lors de cette émission ne joue pas en sa faveur. J’ai du mal à comprendre comment il peut imaginer que son ton pour le moins vindicatif, et parfois outrancier, lui soit d’une quelconque utilité pour convaincre un auditoire.

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