Bagatelle pour un écrivain mort…

Je n’aime pas Louis Ferdinand Céline, le Voyage m’est tombé des mains et j’avoue ne professer aucune attirance pour les salauds antisémites et piteux. En même temps, si je devais ne lire que les écrivains dignes de tous les éloges moraux et éthiques, je pense que j’arrêterais de lire très vite. Rousseau a peut être été un pionnier de l’éducation moderne des enfants, il n’en était pas moins un mauvais mari et un père pire encore, Villon était sans aucun doute un grand poète, mais un gredin fini, quand aux moralistes de l’âge classique, il n’était guère aimables, ni exemplaires. La proportion de parfaites crapules est chez les écrivains aussi considérable qu’ailleurs, malheureusement. Oui mais, oui mais, Céline était aussi antisémite, un monstre froid qui n’hésita pas à appeler au massacre des innocents et aux pogroms. Certes, comme l’autre réprouvé des Lettres françaises, Brasillach. Il faudrait donc exécuter cinquante ans après sa mort, le cadavre de Céline et lui refuser la reconnaissance de son talent, parce qu’il était une ordure.

Il y a sous nos latitudes et dans nos démocraties modernes de bien nombreux dispensateurs d’autorisations d’autoriser et de théoriciens de ce qui est bien et mal. Ne doutons pas qu’en d’autres temps, ils auraient prêché pour qu’on garde l’œuvre de Sade au purgatoire et pour que Nietzsche et Heidegger ne sortent pas de l’enfer où le terme « antisémite » les avait enfermés. L’enfer de la censure est pavé de bonnes intentions moralisantes. Je n’ai pas de raison de mettre en cause l’intégrité de Serge Klarsfeld et je lui reconnais le droit de ne pas aimer Céline, de le vomir pour ses positions antisémites, de lui dénier toute humanité, je ne vois pas pourquoi monsieur Klarsfeld devrait s’autoriser à se parer dans la statue du commandeur de la morale. Chasser les nazis pour les trainer devant la justice c’est bien, faire le procès d’un mort et surtout imposer sa censure au reste du monde des Lettres en est une autre.

On peut vouloir lire ou ne pas lire un auteur et ses ouvrages en fonction de sentiment profonds liés à une histoire personnelle, on peut dire et clamer que tel ou tel est un salaud, on peut même enseigner ce qu’on croit, mais en démocratie, on ne devrait pas avoir le droit de créer des zones d’intolérance et de dresser des bûchers même pour les auteurs qui se sont fourvoyés et qui ont choisi de dîner avec le diable. Il faut être plus grand et plus décent que les salauds, pas s’abaisser à leur niveau et objectivement, est ce que monsieur Klarsfeld pense  vraiment que Céline, l’écrivain anti sémite sera fêter comme un héros par les hordes incultes de neo_nazes ? Pense-t-il vraiment que ce pauvre vieux médecin acariâtre et aigri sera fêté par tous ce que le monde compte d’antisémites ? Ce combat est stupide, mesquin et à vrai dire il n’honore pas ceux qui se sont lancés dans cette triste croisade.

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