Hubert de Maximy – le destin d’Honorine – Presse de la Cité

J’aime assez le roman historique, j’aime assez peu les success story de nos bonnes filles et bons fils de la campagne. Ce roman d’une paysanne qui s’arrache à la misère physique et morale de son milieu pour conquérir une fabrique de dentelle dans la ville de sa région souffre malheureusement de tous les défauts du genre : personnages au-delà de la caricature, peinture à gros traits de la société de l’époque, paysages à peine brossés, beaucoup de lourdeur  et peu de nuance. L’histoire se lit certes sans déplaisir majeur, mais ne laisse aucune trace et on a très vite l’impression de se trouver au cœur du scénario d’une future dramatique de France Télé.

Honorine Feynerolles est la énième enfant d’un couple de paysans d’un village du Haut Velay où il ne fait guère bon vivre. La mère peine à faire survivre sa progéniture, tandis que le père boit le peu d’argent qu’il parvient à gagner. L’image de la misère est ici parfaite surtout quand apparait la grand-mère, impotente, marnant dans ses déjections et qu’on laisse mourir de froid dans son lit un nuit de grand froid. La petite fille ne supporte pas sa destinée, à 6 ans, elle sait que sa survie passe par l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul…on passera sur cette étonnante précocité. Pour cela, elle s’adresse à la Biate, une dame de charité locale chargée d’enseigner les écritures saintes et de ne pas laisser les pauvres dans leur barbarie.  

La petite fille a également conscience de l’importance de la maîtrise de l’art local, la dentelle. Elle fait donc tout pour dominer cet art délicat, mais très vite, elle comprend qu’elle ne sera jamais qu’une ouvrière médiocre et que pour s’en sortir elle devra s’appuyer sur ses acquis. A douze ans, malgré une timidité qu’on jugera quand même assez mal jouée, elle se rend aux ateliers de dentelle de la ville voisine, Craponne et s’impose en quelques instants auprès du patron, Felix Danssadoux. La petite sait ce qu’elle veut, et elle l’obtient avec une facilité déconcertante. C’est à se demander comment tous les pauvres de France et de Navarre ont fait pour échouer aussi lamentablement. Ils manquaient d’énergie peut être ?

Ce succès obtenu, la route d’Honorine est désormais tracée, elle obtiendra tout ce qu’elle veut et écartera tous ceux qui osent se mettre sur son passage. En parallèle du destin de la jeune fille, se dessine celui d’un fils de hobereaux local qui échappera à la conscription grâce à une nouvelle manipulation d’Honorine qui pour se débarrasser de son frère aîné, incestueux, of course !, n’hésitera pas à l’envoyer sept ans servir la glorieuse armée française. Cette histoire est cousue de fil blanc et elle fait se succéder tous les poncifs possibles et imaginables sur la paysannerie et la petite bourgeoisie de province. Le portrait des parents du jeune Benoit Chalençon est un modèle du genre : la mère est une évaporée meurtrie par les mensonges et la médiocrité de son mari et le père un grand chasseur de gibier et de femelles : nouvelle scène affligeante dans une grange, où le père chevauche la paysanne. Il faut du talent et de la finesse pour parler des relations humaines  et dans ce roman, on ne trouve ni talent de conteur, ni finesse d’analyse.

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