Pour la justice, contre le lynchage…

Une intéressante émission chez Calvi hier soir, qui a enfin permis de laisser la parole à ceux que ce battage médiatique autour d’un énième fait divers tragique certes mais inhérent à la triste nature humaine, afflige. Ne parlons pas de la réaction de l’abruti présidentiel, il est incompétent et ce n’est une nouvelle pour personne.  Passons également sur le titre « Les monstres existent-ils? », qui est un moyen pour la société de se dédouaner de sa responsabilité. Passons finalement sur le propos de l’un des invités, Roland Coutanceau, psychiatre dont l’égo surdimensionné lui a surtout permis de parler de lui, de lui et de lui, et même un peu de lui (ces baudruches, il serait bon qu’elle se regarde un peu dans la lucarne, elles se dégonfleraient vite. Bref, l’intérêt était dans les propos de deux des invités, Pierre Rancé, chroniqueur et Daniel Zagury, psychiatre, qui ont rappelé à quel point le manque de moyens dans la justice aujourd’hui, à tous les niveaux, est le premier des crimes contre la population civile de ce pays. Si les parents de cette pauvre gamine, les maris, amis, famille des quelques autres cas veulent vraiment la justice, ils doivent prendre conscience de la responsabilité des gouvernements qui détroussent la justice et hurlent avec les loups pour dénoncer les dérives et les erreurs. Comme si la justice était assez inhumaine pour être exempte de toute erreur.

Mais c’est surtout les quelques chiffres rappelés encore et encore qui permettent de démontrer à  quel point le traitement médiatique et émotionnel est dangereux dans toute démocratie. Si on écoute le petit nabot élyséen et si on se focalise sur les gros titres, on imagine que les rues de nos villes et villages sont pleines de dangereux récidivistes prêts à fondre sur nos proches. Hors, les cas de récidives dans le cas des viols représentent 2,7% des cas de viols, c’est-à-dire que dans plus de 93% les violeurs sont soit de nouveaux criminels, soit des criminels jamais découverts par la justice (la  loi du silence continue à prévaloir si souvent).  Est-ce que cela allège la peine des familles ? Non, mais la justice ne se rend pas pour alléger la peine, elle se rend pour punir un acte, pour permettre que le contrat social se poursuive. C’est insultant envers le chagrin des familles ? Non ce qui est insultant c’est de jeter des bouc émissaires à ces familles en pensant qu’elles en valent pas plus que cette misérable mise en scène. Ce qui est insultant c’est de laisser un ministre lamentable venir à la télé avec son graphique menteur. Ce qui est insultant c’est de frapper la justice au cœur, de la démembrer et de venir bramer à chaque meurtre, à chaque viol, que les magistrats ne font pas leur boulot.

Si on veut éradiquer les viols et la violence en général, il faut éradiquer un peu moins de la moitié de l’espèce humaine, celle dotée d’une paire de couille. C’est le seul moyen. Et puisque ce moyen ne semble pas à l’ordre du jour, il faut des moyens, des moyens et toujours plus de moyens pour la justice, pour le suivi des violeurs et des assassins qui sortent de prison. Plus de psy, des accompagnements adaptés. De la prévention, de la sanction et de l’accompagnement. Tout est lié.

Ce n’est pas possible diront les tenants du tout répressif, sauf qu’au Canada ça fonctionne : des moyens, des liens entre tous les acteurs du système judiciaire et une confiance dans la possible réinsertion des hommes dans la société civile. Edgar Morin le remarque dans son dernier Essai, « Toutes les mesures de libéralisation et d’humanisation connaissent inévitablement des ratés et peuvent favoriser des récidives. Mais ces récidives sont minoritaires, alors que c’est l’emprisonnement inhumain et le rejet social après libération qui fabriquent systématiquement des récidivistes. Maints exemples nous indiquent que nous en devons pas réduire le criminel à son ou ses crimes, mais qu’il est en lui une part d’humanité verrouillée qui pourrait se révéler.

Justice-police-prison, sous l’apparence paradoxale barbare/contre-barbarie, nous mettent au cœur du problème de la barbarie civilisée, elle-même au cœur du problème de l’amélioration de la vie en société ».

Propos de droit-de-l’hommiste ou d’humaniste impénitent ? Non propos de sage, propos politique, propos sociétal. Il faut plus de courage pour exiger la justice et le respect de l’humain que dans le hurlement de meute ou de lyncheur.

Existent-ils des monstres? Oui en chacun de nous sommeille un monstre. Celui de la lâcheté, de la violence, de la peur, de l’intolérance. Autant de monstres que les hommes comme Sarkozy réclament pour les aider à transformer ce pays en prison, en centre de tri, avant le grand stratagème de 2012, en appeler à la peine de mort, comme seule garante de la justice. Faire appel au monstre en chacun de nous, pour garder le pouvoir et nous transformer en troupeau de chiens apeurés, qu’un coup de sifflet transforme en meute destructrice.

A lire également le très bon article de l’excellent site « Nonfiction.fr« , sur les relations de Sarko avec la droit. On ne dira jamais assez fort le mal que 53% de crétins ont fait à ce pays et à toute la société, en votant pour ce navet. Merci les gars, surtout en mai prochain, partez en vacances!

 

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