Edgar Morin – La voie, pour l’avenir de l’humanité – Fayard

Les mauvaises langues se gausseront de cette « prétention » du philosophe à définir une nouvelle voie, pour notre avenir commun. Ces mauvaises langues qui se sont unies dans un concert haineux contre le petit opus du grand résistant  Stephane Hessel devenu, par la grâce de quelques petits pisse- froid, un antisémite forcené, comme ce pauvre Umberto Eco, se retrouveront dans la dénonciation de ce qui est pourtant l’un des livre-programme les plus exigeants de ce nouveau siècle. Edgar Morin nous rappelle, ce que les monothéismes et la philosophie de l’homme-dieu nous ont désappris, les humains sont une partie d’un univers plus vaste, ils ne peuvent vivre hors de cet univers, en dehors de leur fantasme technophages. Si chaque individu est unique, il ne peut vivre bien longtemps hors des autres. Dans un monde global, où la mondialisation tient lieu de politique de civilisation, il est temps de rappeler que nous sommes interdépendants et qu’il est temps pour nous de penser le monde et non les profits que nous pouvons tirer du monde.

Quatre parties, une politique pour le monde et trois grandes réformes. Des constats puis des propositions. Pas des rêves ou des fantasmes, non des réformes à court, moyen et long terme, exigeantes et fortes, demandant autant au politique qu’aux citoyens. Pour les amateurs du consumérisme forcené et du « après moi le déluge », du moment que j’ai ma crème antiride sur la gueule et mon livre de chair élevée en batterie dans mon assiette, autant de crimes contre la sacro sainte liberté de vivre dé-cul-pa-bi-li-sé. Pourtant le travail de Morin est exemplaire. Brillant, sans concession pour nos égoïsmes, plein d’espoir pour notre avenir, pour peu que nous essayions de nous souvenir que nous sommes des individus au cœur d’un cosmos. Curieusement nous sommes prêts à abandonner notre vie privée sur tous les réseaux sociaux du monde, mais nous nous refusons à sacrifier un peu de notre « confort » pour partager l’eau, l’air, la  nourriture, la terre, la connaissance et le respect.

Mais qui est ce donc ce « nous » ? « Nous », c’est l’homo occidentalus, celui qui depuis que son dieu a brisé les premiers liens avec l’univers, pour achever le travail de Cronos, et avec la complicité de ses philosophes prométhéens, a mis la terre, puis les autres hommes, les différents, les barbares, les autres, en esclavage. Notre système, nos valeurs s’imposent comme universelles et se noient dans le sang de ceux et celles qui ont tenté de résister. Notre système économique, notre sacro-sainte économie de marché épuisent les sols et les hommes, mais qu’importe. Elle réduit la culture, l’éducation, la santé, l’eau, l’air, le sang et chaque cellule de notre corps à des biens marchands que de moins en moins d’êtres humains, de descendants de sapiens peuvent espérer atteindre. L’inertie de ce système est telle que rien ne semble pouvoir ralentir le navire fou sur lequel nous sommes pourtant tous embarqués.

Edgar Morin refuse pourtant de renoncer. Il propose à ceux que ce système dégoûte et à tous les indignés, d’opposer à ce système qu’on nous impose comme le seul vivable, une autre voie, d’autres voies, des bifurcations, des chemins de traverse. Réformer le système nous impose de nous réformer profondément nous même. Refuser notre égoisme qui nous pousse à accepter la déforestation massive des grandes forêts pluviales pour construire nos terrasses, à accepter la souffrance et la barbarie de l’élevage de masse qui détruit l’environnement et notre propre corps, à accepter que des états dit démocratiques se comportent en occupants, détruisant et humiliant, à accepter pour pouvoir aller nous dorer la pilule dans des îlots de rêve que des millions d’hommes, de femmes et d’enfants souffrent de manque de nourriture, d’eau, de terre et de respect. Il nous faut refuser la nouvelle doxa qui nous invite à refuser la « culpabilité » du discours écologique, car ce discours est celui d’un nihilisme criminel. Vivre sur une terre limitée avec des ressources limitées nous impose le contrôle de nous même et de nos appétits, bref l’abandon de ce lamentable stade anal dans lequel l’homo occidentalus semble se complaire depuis deux siècles. Une  nouvelle voie…

Edgar Morin était l’invité de Matthieu Vidard dans l’Emission La Tête au Carré sur France Inter. Passionnant.

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