Anna Enquist – Contrepoint (traduction de Isabelle Rosselin) – Actes Sud

Je ne sais pas pourquoi, à chaque fois que je lis les romans d’Anna Enquist, je pense à l’auteure américaine Siri Hustvedt. Je les imagine assez semblables,   douces et fines, brillantes et délicates, chaleureuses et discrètes. Avec Contrepoint, ce sentiment ne m’a pas quitté, je ne cessai de penser au dernier récit de Hustvedt – que je n’ai d’ailleurs pas lu – La femme qui tremble. Comme si le récit d’Anna Enquist faisait écho à celui de l’américaine. Etonnant, il faudra vraiment que je lise l’autre pour apréhender cette impression. Pour accompagner ma lecture, j’ai choisi volontairement de ne pas me jeter dans l’écoute des Variations Goldberg par Gould, j’ai choisi Les Harmonies Poétiques de Liszt. Ne me demandez pas pourquoi, c’était une évidence tout simplement.

Anna Enquist construit son récit dans le format des variations de Bach. Dans chaque chapitre une femme, Le femme, qui n’est identifiée que par son sexe et sa fonction de mère ici ou là, travaille péniblement sur l’interprétation d’une œuvre qui se laisse posséder par chacun de ses grands interprètes à leur convenance. Elle travaill pour reconquérir sa mémoire passée, pour reconstruire le miroir brisé de sa vie. Les variations lui donne l’occasion de se souvenir de ses enfants, de son mariage, de sa relation privilégiée avec sa première née. Son travail acharnée pour décrypter au plus près l’œuvre du grand compositeur allemand lui permet de retisser la trame de ses souvenirs les plus anodins et les plus chers.

Chaque chapitre alterne ainsi le travail sur l’œuvre et les souvenirs gais le plus souvent, l’apprentissage du métier de mère, ce rôle de chef d’orchestre du quotidien permettant de faciliter l’épanouissement de chacun dans le giron familial. La femme et la fille s’entendent à merveille et leur complicité malgré les écueils de l’adolescence et de l’entrée dans la vie d’adulte perdurent, chacune trouvant dans l’autre l’écho de sa propre respiration. Anna Enquist décrit magistralement cette relation et ce que la rupture brutale de ce lien a pu avoir de profondément destructeur dans la vie de la femme.

La musique de Bach, ces variations Goldberg qui allient élégance et technique retorse, deviennent alors, plus que n’importe quelle autre musique, le moyen de la résilience, la canon devenant le symbole de cette vie à deux brisée par une accident absurde, comme tous les accidents. Retrouver le rythme des voies intérieures et celui des souvenirs, leur rendre l’harmonie et la douceur pour ne pas oublier que si la douleur ne disparait jamais, la mémoire permet de continuer le voyage, vaille que vaille, pour ceux qui restent et qui eux aussi doivent retrouver l’harmonie…

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