Jesùs Diaz – Parle-moi un peu de Cuba (traduction Jean-Marie Saint-Lu) – Métailié

Un témoignage et un hommage rendu par un exilé cubain à ceux et celles qui ont le cœur déchiré entre leur amour pour leur belle île de Cuba et le désir de fuir un  régime marqué par l’arbitraire le plus brutal. Ce récit devait être la trame d’un scénario sur la vie compliquée de cubains. Une trame construite avec les souvenirs de l’exilé Jesus Diaz et les témoignages rassemblés au cours d’un voyage en 1998, par deux de ses amis. Le film ne se fit pas, mais il reste ce récit, qui au travers du destin du destin d’un médecin cubain, Staline Martinez, raconte un peu de la tragédie vécue par les cubains dans cette décennie 90 qui vit l’intensification des tentatives de fuites vers Miami.

Staline Martinez est dentiste, il vit à la Havane avec sa trop belle et trop vénale épouse Idalys. Etre dentiste à Cuba dans les années 90 ne promet ni fortune, ni même confort. Ce terrible constat, fait lorsqu’un obscur mafieux local vient lui vendre un ventilateur pour une petite fortune. Tout se paye dans l’île, cher, très cher, et seuls les putes à touristes et les mafieux vivent comme des princes. Présent sur un ferry, détourné vers Miami, il décide de profiter de cette opportunité étrange pour retrouver son frère, Leo. Mais ce premier exil le terrifie, il ne peut supporter d’être séparé de sa belle, de sa sœur Stalina et de sa mère qui tiennent un petit restaurant dans le salon de leur maison. Alors il repart, avec un vélo, objet précieux entre tous puisqu’il permet de se déplacer vite et bien.

Staline découvre à son retour qu’Idalys lui a posé une paire de corne pour quelques dollars et que sa situation est devenue encore plus précaire. Il repart donc, mais cette fois commet l’erreur de passer par un pays tiers ce qui rend toute demande de refuge sur le sol américain impossible. Son frère qui le voit arrivé devant chez lui, décharné et désespéré, lui impose donc des conditions drastiques afin de le transformer en balsero, un de ces réfugiés venus par la mer, dévoré par le sel et le soleil. Il l’enferme sur le toit de la maison, derrière une palissade, avec pour tout confort une vieille paillasse et un tonneau d’eau salée. Cet enfermement et cette exposition aux éléments laissent Staline face à ses souvenirs et à ses fantasmes. Il se souvient de sa vie, de ses échecs, des trahisons et des erreurs qui l’ont mené sur ce toit écrasé de soleil, interdit de Cuba et interdit d’Etats Unis.

Le ton de Diaz est drôle, caustique et amer. Il est comme tous ceux qu’on a rejeté loin d’un lieu chéri et qui, incapable d’y revenir, hésite entre l’amertume et le fiel, pour ne pas se laisser briser par un trop grand amour. On ne peut cependant s’empêcher de trouver ses personnages un peu caricaturaux et notamment cette Idalys, danseuse de Cabaret, qui profite de son petit dentiste de mari en attendant l’occasion d’une vie meilleure. Entre fantasme et colère, le récit de Jesus Diaz est aussi celui d’un homme désespéré de ne pouvoir retrouver son sol natal.

Sur le site de l’éditeur

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