Giancarlo De Cataldo & Mimmo Rafele – La forme de la peur (trad. Serge Quadruppani– Métailié noir)

Je ne suis pas persuadée que le terme « roman noir » colle bien aux romans de l’ancien magistrat. En effet, malgré le petit avertissement à destination d’avocats  sourcilleux, qu’on retrouve désormais dans toutes les séries américaines, et désormais dans les livres, les allusions sont plus que transparentes et les masques tombent vite. Cette Italie n’est malheureusement pas une Italie de roman noir, elle est le tragique reflet d’une histoire où le grand guignol a fini par devenir un atroce barbouze. Partant d’un coin de Serbie et de la scène primordiale du viol et du sauveur, l’écrivain et le scénariste déploie une histoire qui n’a rien d’imaginaire ou de romanesque.

Quelque part en Serbie en 1995, un chef de bande, qu’on appelle encore gradé, exécute froidement quatre de ses hommes. Non pas tellement parce qu’ils violent, le viol est une arme comme une autre, pour toutes les armées du monde et dans tous les temps du monde, mais parce que ce viol là n’est pas nécessaire, et qu’il a donné l’ordre de cesser. Quand des chiens brisent leur gourme et qu’ils grondent contre la main qui les a nourris, il faut les abattre. L’homme se retrouve face à une gamine qu’il prend en pitié. En pitié ? Vraiment ?

Quelques quinze ans plus tard, en Italie. Le pays est toujours en coupe réglée, les mafias se sont organisées et ont diversifiées leurs affaires, elles ont noyauté tous les niveaux dans le gouvernement et dans les affaires. Quelques juges et quelques magistrats tentent encore de résister à la vague brune, mais avec de bien maigres résultats. La police elle-même, là, comme partout ailleurs voient s’affronter ceux pour qui la loi est la Loi et ceux qui estiment que la loi ne s’appliquent qu’en fonction des circonstances et des populations. Dans le grand hall du cynisme occidental, passent également les musulmans manipulés par des mollahs travaillés par la haine de l’Occident et des idéalistes, toujours vivants, toujours présents, malgré tout, espérant encore, malgré tout.

C’est sur la scène de ce théâtre des dupes que des destins vont se croiser, se heurter, s’aimer ou s’affronter un court instant. Comme toujours dans les romans du magistrat, les femmes sont fatales, trop belles, trop intelligentes, trop manipulatrices, les hommes brutaux et simples, manipulables, ou bien simplement et affreusement cyniques, profitant de tout sans conscience, sans merci. Ce portrait d’un monde qu’on voudrait croire interlope, est malheureusement celui de l’Italie contemporaine, et pas seulement. Depuis la seconde guerre mondiale, les occidentaux se sont mis en ménage avec le diable, et semblent prendre goût à sa coûteuse compagnie.

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