Stephen King – Dôme 1 & 2 (trad. William Olivier Desmond) – Albin Michel

C’est la première fois que j’achète les livres de Stephen King à leur sortie. Jusqu’à présent je les prenais en version poche et je pense que le dernier devait  être « ça ». La raison de cet achat est très prosaïque, j’étais en rupture avant la prochaine livraison de bouquin et je n’avais pas forcément envie de me lancer dans un essai sur le rôle des rouleaux magiques dans la médecine traditionnelle éthiopienne. Donc j’ai pris le premier tome en me disant que cela aiderait à passer un week end pluvieux. Et le moins qu’on puisse dire c’est que je n’ai pas vu passer le week end, le museau plongé dans le millier de pages de cette histoire, ouvrant mes esgourdes ici ou là pour écouter les délires Bessoniens sur le « nucléaire c’est super sûr parce qu’on vous le dit, alors serrez les rangs et les fesses », ou pour regarder, abasourdie l’exercice de com de DSK, qui, d’après moi, devrait passer ses communiquants par les armes…d’ailleurs les  « communicons »  devraient être systématiquement passés par les armes. Bref ce roman fleuve de King est remarquable par sa maîtrise et par son rythme. Dans la postface, il indique que sa correctrice lui disait de garder le pied sur l’accélérateur et bien quelle course !

Le sujet de départ m’a paru familier mais je n’ai pas réussi à me souvenir d’où me venait ce ressenti. Vous habitez une petite ville, dans un état raisonnablement raisonnable du nord-est des Etats Unis. Deux mille habitants ressemblant à des milliers d’autres habitants de notre petit monde globalisé. Des animaux, des fermes, des commerces, des toubibs, des sales gosses, des abrutis, des gens biens, et des politiciens. Ce petit monde vit relativement paisiblement dans un espace ouvert. ..permettant à ceux qui ne sont pas tout à fait dans la norme ou ne se sentent pas les bienvenus d’aller poser leur sac ailleurs. C’est précisément ce qui arrive à Dale Barbara, dit Barbie, cuistot au dinner de Chester Mill, qui a eu la mauvaise idée de déplaire aux fils de famille du coin et particulièrement à celui du second conseiller, et homme fort local, Big Jim Rennie.  Barbie comprend que sa tranquillité d’esprit, et sa sûreté ne sont plus vraiment garantis et il décide de tracer la route pour un ailleurs plus calme.

Au même moment, l’épouse  du premier conseiller prend un énième cours de pilotage en vue de se payer bientôt un joli Cesna qu’elle pourra promener dans le joli ciel clair du Maine afin d’admirer l’éclatant été indien. Des voitures et des camions vont et viennent sur la route 119 et des gens jardinent et s’activent.

Une journée normale, dans un monde normal. Cette normalité vole en éclat lorsque l’avion, les voitures, les gens, les animaux s’écrasent sur une mystérieuse barrière, barrière dont on découvre rapidement qu’elle couvre exactement l’agglomération de Chester’s Mill. Passée la surprise et la première peur, les questions fusent : une expérience du gouvernement ? de l’armée ? une attaque terroriste ? l’invasion des êtres venus d’ailleurs ? Chacun y va de son petit pronostic et de sa propre théorie du complot. Dans ce genre d’incident, il y a ceux qui se posent des questions et tournent autour de leur théorie et ceux qui passent à l’action. Big Jim Rennie se sent investi d’une mission, il voit surtout apparaître dans son miroir la figure DU dirigeant. Qu’importe ce qu’il devra faire pour conquérir et conserver son pouvoir, qu’importe les risques à faire courir, il est prêt à tout, car TEL EST SON DESTIN, L’appel du Seigneur résonne dans son âme.

Stephen King est un maître du suspense. Il sait comme personne mettre en place  son univers, y placer ses personnages, créer l’ambiance, puis distiller le poison, accélérer le rythme, on le ressent physiquement. Il ne précipite en rien le dénouement, il se contente de garder un rythme frénétique jusqu’à la fin. Ce roman est une fable sur l’attitude d’un groupe humain face à une crise sans précédent, sur la violence inhérente au groupe, sur la folie qui rampe dans toutes les idéologies religieuses et sur la facilité avec laquelle on fait croire à un groupe donné absolument ce qu’on veut surtout le plus absurde, un exemple dans le monde réel, la totale sécurité de l’énergie nucléaire, on retrouve également un autre thème familier chez King, les enfans. Leur rôle, leur influence et leur « puissance » , voire leur capacité de nuisance. Les enfants ne sont pas des êtres innocents, leurs sentiments peuvent être aussi violents et destructeurs que ceux des adultes.….. Les ficelles pourront paraître un peu grosses parfois, notamment dans la comparaison avec la pratique de la torture par les militaires américains, mais reconnaissons à ce récit (en 2 tomes), deux mérites : il est passionnant et totalement addictif et il a le mérite de rappeler que le seul propre de l’humanité c’est son inhumanité et sa capacité à précipiter sa propre chute par appât du gain.

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