Joyce Carol Oates – Folles Nuits (trad. Claude Seban) – Philippe Rey

Il faut du talent et un don pour l’iconoclasme pour transformer les dernières nuits de quelques grandes figures de la littérature américaine : Poe, Twain,  Dickinson, James et Hemingway. L’ auteure américaine convoquent les mannes de ces grandes figures de Lettres et leur offre une nouvelle mort. Une fin de vie pour être plus exacte, leurs ultimes heures, leurs ultimes pensées, leurs ultimes rêves ou cauchemars. On découvre ainsi que ces grandes figures qui ont marqué toute l’histoire américaine étaient surtout des hommes et femme profondément perturbés, brisés par des coups du sort ou simplement par le système. Poe dévorée de solitude et de rêves morbides, Dickinson et son isolement pathologique, Mark Twain et sa passion pour les très, trop, jeunes filles, James brisé par les souffrances de ces jeunes soldats, broyés par la guerre et Hemingway face à sa propre destruction.

Poe, Dickinson, Twain, James et Hemingway, des auteurs révérés par tous les amateurs de littérature. On connait leurs œuvres, un peu leur vie,  et les circonstances de leur mort. L’exercice de Joyce Carol Oates, exercice fictionnel par excellence, consiste à se saisir de certains faits et de leur offrir un nouvel éclairage. La solitude tragique et les terreurs morbides pour Poe et Dickinson, l’amour fou de Twain pour des petites filles lui rappelant sa chère fille Suzy, morte à l’orée de l’adolescence, l’homosexualité refoulé d’Henry James et la dépression d’ un Ernest Hemingway, fasciné par les armes à feu et leur pouvoir de destruction. Cinq destins, cinq tragédies et une commune solitude de ceux qui ne sont pas dans la norme.

On sait le goût de Oates pour les personnages fracassés, hors norme, ceux et celles que la vie s’est chargé de torturer pour les remettre au pas. Elle leur a redonné une chance de dire le drame de ceux qui ne sont pas « comme les autres », pas « comme il faut ». Dans ces « Folles Nuits », elle redonne à ces grandes figures momifiés par le succès et les hagiographes, leurs voix discordances, leurs cris, leur rage, leur désespoir, leur anormalité, leur animalité. Elle les sort du formol pour nous obliger à regarder dans les yeux la folie qui anime ces génies. Au-delà du simple récit, elle se glisse dans le cœur de ces esprits torturés pour les laisser ensuite parler, raconter, dire. Un véritable tour de force et cinq nouvelles toute de beauté et de grâce, toutes tragiques et effrayantes, comme le furent sans doute les derniers moments de ces plumes tragiques.

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