Irvin Yalom & Ginny Elkin – Dans le secret des miroirs (trad.Dominique Letellier) – Galaade

Je lis toujours avec beaucoup d’intérêt et d’amusement les récits d’Irvin Yalom. Ces essais de psychanalyse appliquée montrent mieux que bien des essais l’inanité de cette discipline. La foi qu’on peut avoir dans cette discipline est  risible, comme la confiance aveugle dans le miracle chimique de la psychiatrie. Et pourtant, il est devenu presque obligatoire d’avoir fait une cure, vu un thérapeute pour pris quelques petites pilules « pousse-bonheur ». Il faut penser à soi, se soigner, se vouloir du bien et donc confier ses états d’âme et ses petites manies à des professionnels qui sauront vous remettre dans la norme. Parce que nos « amis, ceux qui nous veulent tant de mieux et ne souhaitent que notre bonheur, ne supportent en fait pas le moins du monde qu’on ne soit pas dans LEUR norme et qu’on ose déranger leur NORMALITE.  Ce récit d’une thérapie engagée entre le docteur Yalom et une patiente appelée Ginny se déroule au début des années 70 et est à elle seule un concentré de pensée magique et de petites manipulations médicales. Le plus drôle c’est que le vœu de Yalom est double et qu’il le reconnaît avec beaucoup d’ingénuité, raconter une thérapie réussie et démontrer qu’il est un bon thérapeute puisqu’il se nourrit de l’expérience de sa patiente. Le psy comme vampire, oui c’est une image finalement tout à fait juste.

Le docteur Yalom est un psy tout ce qu’il y a de classique, il a ses fiches, ses patients, son joli bureau et ses cases pour mettre les malades en fonction de leur abominables maladies. Une de ses nouvelles patientes envoyées par une de ses consœurs de NY, lui donne beaucoup de fil à retordre. Parti sur une thérapie de groupe, il s’aperçoit rapidement de l’absence de progrès de la jeune femme et décide de la prendre en thérapie individuelle. La jeune femme souffre de trouble schizoïdes, il la décrit ainsi dans son avant propos «  litanie de haine de soi ponctuée à l’occasion de métaphores frappantes. Elle est masochiste en tout. Toute sa vie elle a négligé ses propres besoins et ses plaisirs. Elle n’a aucun respect pour elle-même » Du lourd donc. La jeune fille étant peu argentée, il lui propose de payer son analyse par des comptes rendus de séances qu’il confrontera avec ses propres remarques.

Rapidement, cet échange montre combien l’égo prend le pas sur toute forme d’analyse supposée scientifique ou du moins médicalement sensée, les propos de Ginny étant tout aussi clairs et circonstanciés que ceux du professionnel. On comprend également très vite que l’exercice thérapeutique est profondément marqué par un rapport de séduction, ce qui depuis Freud montre la faiblesse d’une discipline qui repose toute entière sur la subjectivité du thérapeute, qui en même temps prétend se reposer sur un corpus parfaitement objectif. Malheureusement le cerveau et les humeurs humaines ne rentrent pas dans les petites cases. Pendant deux ans le jeu va se poursuivre, semaine après semaine, confrontation de l’appréciation de l’un avec l’appréciation de l’autre. Au final, bien sûr, le grand docteur Yalom réussit à libérer Ginny de son carcan, il lui rend confiance en elle et ouverture sur le monde et la débarrasse de ses tendances schizoïdes. Elle s’est libérée de ses cauchemars, de ses vomissements et de sa négativité à son égard. Un succès qui valorise le docteur Yalom, comme il le reconnait lui-même, il est très fier de lui ce garçon.

Le présent récit est intéressant car en choisissant de publier pratiquement en l’état les impressions du professionnel et de la patiente on se rend compte de la charlatanerie de ces thérapies. La parole libère, cela ne fait aucun doute, mais Ginny aurait sans doute obtenu les mêmes résultats avec une bonne copine ou avec un inconnu dans un train. Ce qui est surprenant aujourd’hui encore, c’est d’accepter cette normalisation de l’esprit humain. Yalom d’ailleurs le reconnait tout à fait ingénuement en mettant son expérience avec Ginny sous le signe de Pygmalion. Nous devons être dans la norme, nous ne devons faire aucune vague et surtout nous devons faire taire nos affects, parce qu’ils dérangent les autres. On accole des gros mots, des définitions, des cadres, des certitudes, en affectant de croire que tout est lié à nos parents et au sexe, en oubliant volontiers que la psychanalyse et ses clones n’a qu’un siècle d’existence et finalement assez peu de succès au regard de son chiffre d’affaire grandissant.

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