Nathaniel Hawthorne – Le hall de l’imagination – Allia

Cela fait une éternité que je n’ai pas lu Hawthorne et pourtant son sens de l’imagination me semble particulièrement agréable en ces temps d’une redoutable modernité où les rêves se peignent tous en vert. Mais comme il y invite son  lecteur, « les gens devraient réfléchir avant de se rendre à une invitation dans le royaume de Nulle Part », car l’imagination au pouvoir peut causer de bien terribles déconvenues. Trois nouvelles pour découvrir un arrière monde où on peut retrouver les grands poètes qui ont bouleversé des générations de jeunes romantiques, où des amis devisent, en observant d’autres hommes arrivés dans le Hall de l’Imagination, des vertus de l’imaginaire et du réel et un étrange dîner où d’improbables invités se retrouvent pour discuter de l’avenir.

Trois petits contes pour parler de la transcendance, de la réalité, du rêve, du destin et de la gloire. On pourrait trouver le jeu pusillanime, mais hawthorne en quelques lignes parvient à nous mener dans une réflexion profonde sur les mérites de la réalité et du rêve avec le Hall de l’Imagination où deux amis discutent des mérites comparés de l’une et de l’autre, en observant l’agitation d’une foule où se croient des capitalistes – on est en plein boom capitaliste aux Etats Unis – , des poètes, porteurs de la flamme éternelle des l’esprit, des inventeurs et des réformateurs, très en vogue également dans cette deuxième partie du XIXè siècle. La terre est-elle si impossible à vivre qu’il faut privilégier l’imaginaire où bien la vie finalement vaut-elle la peinte d’être vécue et défendue. Une petite phrase d’une rare modernité lorsque l’auteur écrit en réponse à l’assertion de son ami défendant l’esprit de l’éternel progrès «Oh, vous êtes ingrat avec notre mère la Terre ! (…) Et qu’elle puisse subsister en imagination ne me consolera pas. Je veux que sa belle entité ronde et solide, dure indéfiniment, et qu’elle reste peuplée par les hommes. »

Après cette incursion dans l’imaginaire, l’écrivain américain nous propose de découvrir un étrange dîner où se croise l’homme le plus vieux de la terre, l’homme de l’imagination devenu bien sage, monsieur On-Dit ou encore l’homme de paille. Ces gentlemen discutent avec beaucoup de civilité du monde tel qu’il fut, tel qu’il est et qu’il pourrait advenir. L’auteur nous régale des détails architecturaux du palais de l’Homme de L’imagination, hôte de cette soirée, et des mets délicats qu’il sert à ses invités. Ce qui est fascinant dans cette nouvelle, c’est la finesse de la description d’un monde imaginaire qui oscille entre les règles de bienséances très côte Est, et un désir de transcendance et de simplicité de cœur tout aussi en vogue chez Hawthorne et ses amis. Là encore, on trouve un critique à peine voilée de ceux qui choisissent le séduisant chemin de l’imaginaire, ils peuvent se perdre à jamais.

La dernière nouvelle, la plus critique, nous présente, par le biais de la lettre d’un homme dont nul ne sait s’il est mort ou fou, la destinée tragique de quelques grandes figures des lettres et de l’histoire, morts dans la réalité, mais restés bien vivants dans ce monde alternatif. La critique est féroce, les grandes figures du romantisme sont devenus de gros et gras défenseurs de valeurs les plus conservatrices. Hawthorne porte les coups avec une belle cruauté, notamment dans son portrait d’un Byron obèse et bigot. Lorsque l’imagination se déchaine elle peut être infiniment plus cruelle et froide que la réalité.

Trois petits contes pour nous rappeler que si l’imagination est parée des couleurs magiques de l’aube, elle finit, lorsque trop habitée, par prendre les couleurs les grises et les plus ternes. Tout le talent d’Hawthorne pour nous rappeler que la vie ici bàs est malgré tout digne d’être vécue.

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