Erri de Luca – Le poids du papillon (trad.Danièle Valin) – Gallimard

« dans chaque espèce, ce sont les solitaires qui tentent de nouvelles expériences. Ils forment un quota expérimental qui va à la dérive. Derrière eux, se referme la trace ouverte » (p.31)

Au fur et à mesure des livres, le style de l’écrivain Italien vise de plus en plus à l’épure et au lyrisme. Dans ce court roman où un homme et un chamois s’affrontent sur près d’un quart de siècle, De Luca nous raconte une fois encore un moment de sa vie, sous forme de parabole. Sa lecture assidue et désormais savante de la bible lui permet de trouver dans chaque acte de la vie une symbolique forte.

Le récit se présente sous forme de dialogue à distance, la distance entre une proie et son chasseur. L’animal est un chamois exceptionnel, l’incarnation d’une nature extraordinaire faite de grâce et de fureur. Depuis la mort de sa mère, tuée par la balle d’un chasseur, puis celle de sa sœur, emportée par un aigle, il arpente solitaire les pentes des montagnes, défiant ses aînés, jusqu’à porter le coup de grâce à l’un d’eux et prendre ainsi sa place, devenir le roi incontesté de la montagne. Solitaire, il ne se mêle aux siens que pour se reproduire. Il règne par son élégance, par son assurance, par son courage et par son exceptionnelle longévité face aux prélèvements réguliers de chasseurs.

Face à cet animal exceptionnel, il y a un homme tout aussi étrange. Ancien des mouvements révolutionnaires qui ensanglantèrent l’Italie, il a fini par commettre l’irréparable et par comprendre l’impossibilité du pardon. Il est alors devenu voleur, voleur de vies animales pour son compte ou pour celui de riches touristes. Il prélève la viande pour les restaurants de la région, les trophées pour qui paient cher. Il arrache à la beauté du monde, les preuves de cette beauté à accrocher aux murs ou à mettre dans des assiettes de viandards repus.

La solitude des deux êtres se croise sur les pentes des montagnes. Ils admirent la même beauté, la même furie des éléments, le même goût pour la difficulté et le risque. Mais le chasseur ne comprendra que trop tard tout ce qui le rapproche du splendide animal. Il est aveugle à la sagesse qui a accompagné l’existence du chamois, lui qui a trop longtemps vécu dans la démesure. Un texte absolument éblouissant, d’une infinie délicatesse où Erri de Luca déploie ses talents de conteur et les nuances de plus en plus fines d’une expérience d’une infinie richesse. Des qualités qu’on retrouve dans l’autre récit, Visite à un arbre où l’écrivain parle de sa passion pour l’alpinisme et son goût pour les grands silencieux qui gardent les pentes de ses chères montagnes.

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Une réflexion sur “Erri de Luca – Le poids du papillon (trad.Danièle Valin) – Gallimard

  1. s’afronte « nt » c’est au pluriel donc c’est avec ent, faites attention au fautes d’orthographe dans la communication écrite…!

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