Combien de temps encore?

« La vie en soi, pour elle-même, n’est pas sacrée: il faudra bien s’habituer à cette terrible nudité métaphysique »

Comme « Si c’est un homme », « l’écriture et la vie » est un récit qui change durablement son lecteur. Le témoignage contre la barbarie, mais aussi l’espoir porté par ceux qui par hasard, par un choix étrange du destin, ont survécu pour raconter et rappeler que nous sommes les héritiers de ceux et celles qui ont combattu, résisté, qui ont refusé de plier face à la force et à la barbarie.

Résistant, témoin, écrivain, homme politique l’engagement de Jorge Semprun pour les droits humains et pour une Europe qui leur ferait une part belle, une part primordiale, se heurtait malheureusement à la réalité d’une Europe technocratique, où l’argent est la seule valeur qui compte et les prévarications et prébendes une politique du pire : ce n’est pas le pitoyable sketch autour des légumes verts espagnols ou l’argent qu’on va généreusement distribué à des éleveurs abrutis qui prouveront le contraire.

On le voit actuellement avec le formidable Stephane Hessel, le devoir de résistance est brandi par ceux et celles qui l’avaient déjà, contre toute logique, brandi face aux  multiples visages de la barbarie. Mais nous, nous la génération des trentenaires et des quarantenaires crétins, imbus de nous-mêmes, égotiques et désespérément autistes, nous brandissons nos Ipad, nos ipod, nos saloperies de bagnoles, nos vêtements fabriqués en Chine par des enfants mais estampillés marques à la con, nous nous contentons de regarder le monde en bouffant des sushis de thon rouge et de boire de l’eau venue d’Himalaya en fumant des joints achetés dans les coffee shop d’Amsterdam.

La mort de Jorge Semprun est un drame, non par sa brusquerie, l’homme avait atteint un âge où raisonnablement on sait que la Grande Faucheuse ne tardera plus. Elle est un drame parce qu’elle dégarnit encore les rangs de ceux et celles qui sont dignes d’éloges, laissant de plus en plus de place à des générations d’abrutis. Est-ce donc pour cela que les résistants se sont battus, est ce pour cela qu’ils ont survécu et témoigné ? Pour nous permettre de nous comporter comme des charognards, de nous gaver de bouffe merdique, en jouant avec nos petits jouets technologiques ? Pour nous permettre de frapper encore et encore sur les plus fragiles et les plus pauvres, pendant que nous avons sous les yeux l’immoralité de nos élites ? Pour nous permettre de nous vautrer dans notre médiocrité en nous moquant avec morgue les femmes, les pauvres, les étrangers, en chantant les louanges de people plus insupportables vains les uns que les autres?

Finalement, la mort est peut être une libération…ne plus voir l’horreur économique en marche, ne pas voir l’horreur éthique en marche, ne pas voir l’horreur humaine en marche… Je voudrais pouvoir dire « No passaran, Camarade » mais je n’ai que des larmes et du désespoir à vous offrir en ce triste jour.

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