Michael Collins – Minuit dans une vie parfaite – Christian Bourgois

Michael Collins est un écrivain que j’aime beaucoup en général. En tant que migrant récent, lui permet de porter un regard particulièrement incisif sur son pays d’accueil. Dans ce nouveau roman, il nous parle de l’obsession d’enfanter  chez certaines femelles humaines et du statut périlleux de l’écrivain, peu susceptible de vivre éternellement et richement de son art. La charge est sévère contre les femmes et leur hystérie maternelle, les familles intrusives et destructrices, mais aussi contre le manque de courage des écrivains et des quarantenaires en mal de sensations fortes. Ce qui pose problème c’est le manque de lien. Dans ce roman l’auteur ne parvient pas à faire jouer les pièces avec aisance. Ça grince et ça coince et l’articulation n’est guère harmonieuse, notamment lors de l’irruption dans le roman et dans la vie de notre auteur d’une piquante révoltée russe et de sa bande d’artistes d’avant-garde loufoque.

Karl et Lori veulent un enfant, enfin surtout Lori quand on y réfléchit. Leurs tentatives de reproduction n’étant guère concluantes, ils décident, enfin surtout Lori d’avoir recours au PMA. Et cela coûte de l’argent, beaucoup d’argent, surtout lorsque les échecs se répètent…un super business entre nous soi-dit, jouer sur le désir irrationnel de reproduire un patrimoine génétique qui pourtant s’avère défaillant ! Karl, écrivain fauché de son état, à la poursuite de toutes formes de cachets, sait qu’il sera bientôt clairement identifié par sa compagne comme un parfait looser. D’autant que la sœur de Lori, Deb, une abominable virago, fait tout ce qu’elle peut pour rendre le portrait de Karl encore plus noir qu’il ne l’est déjà.

Alors que Lori tente une nouvelle fois de devenir féconde et que Karl cachetonne pour une revue de news gratuites, il tombe sur une troupe d’art alternatif, dont la figure principale est une somptueuse petite russe aux formes avantageuses et à la nudité très affriolante. Les hormones du mâle dans sa piteuse quarantaine s’agitent et au cours d’une nuit étrange il a une discussion houleuse avec sa petite russe et une altercation avec sa compagne qui a perdu son énième fœtus. Une nuit de cauchemar dont la conclusion est la mort aussi atroce que mystérieuse de l’affriolante russe, qui s’avèrera beaucoup plus américaine que prévu.  

Et c’est entre ces deux histoires que le lien ne se fait pas, malgré les efforts de l’auteur, qui multiplie les points d’entrée plus ou moins psychologisants. La mort de la jeune fille réveille en effet chez notre écrivain en mal d’argent des souvenirs quant aux clés du succès : du sexe et de la mort, du sordide et du gore. Il se met à imaginer de nombreux scénarios où l’innocence finit toujours par se noyer dans des tombereaux de stupre et de violence. Mais le tissage est trop grossier et les questionnements métaphysiques de Karl, pusillanimes et artificiellement amenés. Un déception.

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