Martin Winckler – Les invisibles – Fleuve Noir

 J’aime bien Martin Winckler, ses chroniques sur France Inter, lorsque cette radio était autre chose que la voix de son maître, étaient brillantes et humanistes. JL Hees l’actuel tôlier de Radio France l’a viré, sans doute sous la pression combinée des labos et des grands pontes de la médecine qui ne devaient guère apprécier qu’on étale au grand jour leur  insondable médiocrité, leur lâcheté et leur âpreté au gain!

Bref, j’aime bien. Pourtant je n’avais jamais lu ses livres, et je n’aurai sans doute pas commencé si je ne m’étais pas retrouvée en rupture un dimanche matin, où même à Lyon, on ne trouve pas beaucoup de librairies ouvertes. Le hasard fait bien les choses – la différence avec le destin qui vous savate méchamment en général – et je me suis retrouvée à lire un polar tout à fait intéressant et fort bien mené.

Un médecin légiste français qui fuit son lieu de résidence, Tourmens – vous imaginez un village avec un nom pareil, vous! – et gagne le Québec afin d’y poursuivre des recherches et accessoirement tenter de reconquérir son grand amour. Il intègre le CRIE, un centre de recherche éthique où il découvre que chaque domaine peut, pour ne pas dire doit, aborder la question de l’éthique afin de prendre toute sa valeur et d’éviter de devenir une recherche vidée de son sens humain – un truc dont on aurait bien besoin en France, si vous voulez mon point de vue – Les chercheurs qu’il y rencontre semblent tous tout à fait amicaux et remarquable, mais tous on été profondément marqué par l’assassinat quelques années plus tôt de l’une des fondatrices du CRIE, une amérindienne particulièrement impliquée dans la protection des minorités.

Lorsque Charly découvre qu’il est logé par le mari de la femme assassinée et sur les lieux mêmes du meurtre, il ne s’attend sans doute pas à se retrouver mêler à une crise sanitaire d’autant plus grave qu’elle touche les plus faibles, les plus démunis, les invisibles, ces hommes et femmes désocialisés, qu’on enferme la nuit venue dans des centres d’accueil, pour assurer leur sécurité. Mais quelle sécurité lorsque ces lieux servent finalement d’enclos pour bétail humain!

Martin Winckler sous couvert de polar aborde la difficile question de notre absence d’empathie avec les plus faibles qui nous conduit inexorablement à ne plus les voir et à accepter qu’ils soient traiter comme des bêtes de laboratoire, au nom d’un utilitarisme de mauvais aloi, pour ne pas parler de l’oubli par les médecins de leur serment de protéger et tenter de guérir SANS faire de mal. Il met en scène le mépris des puissants chercheurs, de ces mandarins sans conscience ivres de leur pouvoir. Le combat de Martin Winckler ne s’est pas arrêté après son éviction de Radio France et il prend des formes bien agréables et accessibles à tous.

Sur le site de Martin Winckler

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