Martin Winckler – Le choeur des femmes – Folio

Après le polar, la chronique de mœurs, la déclaration d’amour d’un médecin à ses patientes réelles ou recomposées par l’expérience d’autres médecins, rencontrées dans le secret d’un cabinet ou découvertes sur les réseaux de la toile  mondiale. Un livre généreux, drôle, énervé, enragé parfois, engagé toujours. Engagé contre une médecine inhumaine où les corps sont des machines et où la médecine n’est plus qu’un enchaînement de gestes techniques. Pourtant ne plus respecter l’humain derrière le malade c’est trahir à jamais le serment d’Hippocrate et oublier la règle du soin sans blessures narcissiques.

Martin Winckler est un amateur de littérature, de séries américaines et son enfance a été bercée de dessins animés japonais, ses livres rappellent de loin en loin cette culture pop et donne à son roman un humour qui ne désarme jamais mais aussi une appréhension fine de la diversité du monde. Dans ce roman chorale où la parole des femmes dans leur plus profonde intimité, ce moment où elles parlent enfin d’elles, de leurs blessures, de leurs fragilités, de leurs peurs, de leurs impressions de ne pas exister vraiment dans un monde où leur présence est réduite à leur sexe et à son usage par les mâles des toutes catégories. Les réseaux amicaux étant de plus en plus fragiles, elles n’ont bien souvent plus de lieux pour dire que les stéréotypes physiques ou sexuels, les impératifs de magazines féminins ou de films porno, les heurtent et les terrorisent. Leur corps devenu inconnu voire ennemi leur est enfin rendu par l’écoute patiente, l’intelligence humaine d’un médecin, le docteur Karma qui dirige l’unité 77, une unité médicale méprisée par les pontes et les étudiants en médecine, parce qu’on y écoute des histoires de bonnes femmes, qu’on y prend en compte les désirs de ces femelles qu’il faudrait définitivement réduire au silence tant leurs propos sont ennuyeux et vains!

C’est dans cette unité que la brillantissime Jean Atwood est contrainte de faire son dernier stage avant de pouvoir enfin devenir chirurgienne obstétrique, de pouvoir refaire des vagins pour le rendre désirable aux désirs libidineux de vieux barbons aux poches pleines, pour recoudre des hymens et donner l’illusion du pouvoir à des hommes de l’âge de pierre ou pour donner des seins de star de porno à des ado en mal de prince charmant et de promesses d’éternité. Elle va tomber de haut la brillante étudiante, découvrir l’humanité derrière la technique et apprendre à ses dépens, mais aussi pour son plus grand bien que la norme n’est pas la règle, ne devrait pas être la règle.

Un roman d’apprentissage, une belle déclaration de respect, une charge sans concession contre la médecine sans humanité et l’industrie pharmaceutique sans intelligence. On aimerait toute rencontrer ces médecins qui se battent contre des moulins à vent, ces hommes et ces femmes qui pensent que vouloir changer le monde est non seulement possible mais nécessaire. Ils nous permettent de nous guérir de ces petites crapules cyniques et sans grâce qui s’insinuent dans nos vies et brisent nos rêves. Moi je vote Martin Winckler à la présidence de la république !

Sur le site de l’auteur

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2 réflexions sur “Martin Winckler – Le choeur des femmes – Folio

  1. C’est un roman grandiose sur les femmes que livre Martin Winckler en reprenant les personnages de ses précédents livres. Il y a de l’humanité dans ces médecins anciens et en devenir, de l’humanité et de l’amour aussi.

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