Sefi Atta – Le meilleur reste à venir (trad. Charlotte Woillez ) – Babel

Je n’aurais sans doute pas été enthousiasmée par la lecture de « Avale », le dernier roman de Sefi Atta paru chez Actes Sud, si j’avais lu son premier roman, « Le Meilleur reste à venir », en premier. En effet tous les thèmes présents dans  « Avale » sont présents dans « Le Meilleur reste à venir », l’analyse y est plus fine et les personnages finalement plus fouillés. Le schéma du roman est le même, deux jeunes femmes dans la jungle de Lagos, mais sur une période de plus de vingt ans, de leur enfance à l’âge adulte. Les caractères mêmes sont assez semblables et on retrouve des noms et des amorces de personnages qu’on retrouvera plus tard dans  « Avale ».  Avec Le Meilleur reste à venir, l’auteure nous propose un panorama de la vie dans la capitale du Libéria quand on est une femme. Deux destins pour rappeler que dans ce pays, comme dans beaucoup d’autres en Afrique (et ailleurs) la place des femmes reste mineure et fragile du fait de la religion, de la tradition et du poids écrasant du machisme le plus péremptoire. Sefi Atta nous rappelle encore et encore qu’une femme doit se battre pour vivre, voire pour survivre, se battre contre ses proches, ses voisins, ses amis, les autres et elle-même. Une bataille qui semble souvent ne mener que face à un mur, un mur infranchissable d’incompréhension, de mépris et de haine parfois.

Deux petites filles se rencontrent à l’ombre d’un arbre en fleur. Elles sont nigérianes, elles appartiennent à un pays divisé par la guerre, par les oppositions ethniques, tribales et religieuses. Enitan vient d’une famille où la mère est une bigote brisée par la mort de son fils et où le père est un avocat libéral. Dans ce couple dissonant la petite fille grandit en voyant en son père un héros et une valeur sûre. Lorsqu’elle rencontre Sheri, elle découvre la vie bouillonnante et bruissante des grandes familles où les enfants vont et viennent et grandissent parfois trop vite. Enitan est réservée, Sheri est délurée. Les deux se trouvent et s’entendent malgré les objections de la famille d’Enitan.

A peine entrée dans l’adolescence, les deux jeunes filles sont séparées par un drame. Sheri est violée par des camarades de classe lors d’une fête sur la plage. Enitan est envoyée en Angleterre pour étudier. Lorsqu’elle rentre au Nigéria, une décennie plus tard c’est pour retrouver son pays déchiré par l’instabilité politique. Ses parents se sont séparés et son père se fait l’avocat du diable en défendant mordicus les opposants aux militaires. La jeune femme, devenue avocate, sûre d’elle-même et de ses droits, découvrent alors qu’au Nigéria, elle n’est qu’une marchandise comme une autre, une femme dont la voix et l’expérience valent moins que celles des hommes ; son père, qu’elle croyait partisan d’une égalité parfaite, s’avère être beaucoup plus sceptique sur ces droits dès qu’il s’agit de sa femme ou de sa fille. Le poids des traditions semble marquer au fer rouge tous les esprits, même les plus modernes.

Enitan et Sheri se retrouvent et reprennent le cours de leur amitié, chacune avec son lot de drames et de batailles acharnées pour l’indépendance et le respect. Sefi Atta nous offre deux magnifiques portraits de femmes qui se détachent sur l’Histoire traversée du Nigéria contemporain. Deux portraits en hommage au combat quotidien de celles qui refusent les chaines et une compréhension triste de celles qui préfèrent se fondre dans la masse, pour éviter les coups. Remarquable

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Une réflexion sur “Sefi Atta – Le meilleur reste à venir (trad. Charlotte Woillez ) – Babel

  1. Le pitch me rappelle certains aspects de « L’hibiscus pourpre », un de mes romans préférés de ces dernières années. L’auteure Chimamanda Ngozi Adichie y évoque sa famille, où règne le contraste qui semble ici exister entre les deux héroines. J’avais déjà remarqué ce roman, tu confirmes mon envie de le lire!

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