Sorj Chalandon – Retour à Killybegs – Grasset

 Après « Mon Traître » dans lequel l’auteur abordait  la tragédie de la résistance irlandaise et de la lutte sans merci livrée par le Royaume Uni dans les trois dernières décennies du XXe siècle, au travers du regard d’un sympathisant face à la  trahison d’un héros irlandais, « Retour à Killybegs » donne la parole au traître en question. Tyrone Meehan, fils de Padraig Meehan, résistant de la première heure, chassé de sa terre, de son quartier, de sa maison, fianna, puis soldat de l’IRA, prisonnier de la terrible prison de Long Kesh où les soldats de l’IRA moururent pas dizaines, sacrifiés sur l’auteur de la Dame de Fer, héros national, héros patriotique, héros de la cause, se révèle être un traître. en 1981, au moment où Bobby Sands et tant d’autres jeunes irlandais s’éteignaient, après de terrifiantes grèves de la faim, Tyrone, le héros est retourné par le MI-5. Commencent alors 35 années de mensonges et de désespoir, pour que les enfants d’Eirinn puissent rire et jouer sans craindre de se prendre une balle perdue ou voir leur maison, leur sommeil, leur innocence vandalisée par la fureur des loyalistes. Les traîtres ont toujours tort car leur histoire est toujours racontée par les autres, par les vainqueurs ou les vaincus, toujours par les « purs »…enfin parfois…

Le récit de Chalandon est magnifique parce qu’il nous plonge dans le quotidien de ces irlandais qui menèrent une guerre désespérée contre l’occupant britannique. Une guerre de presque 80 ans, où l’IRA et sa branche politique furent qualifiés de « terroristes » par le gouvernement britannique, une guerre sale où la torture, la terreur, la faim étaient le lot quotidienne d’une population irlandaise de Belfast, parquée dans un ghetto, harcelée par les loyalistes. Il est difficile aujourd’hui de se souvenir de cette guerre au cœur de l’Europe, à la fin du XXè siècle, mais il suffit de regarder les images des territoires occupés pour se rendre compte: les chicanes, les barbelés, les hommes, les femmes, les enfants fouillés à chaque passage en terre « loyaliste », les magasins mal achalandés, les hommes rassemblés, les femmes en larmes, les enfants armés de pierre.

C’est tout cela que nous raconte le traître Tyrone Meehan. L’enfant fasciné par le désespoir de son père, incarné dans ses coups et ses larmes, l’adolescent trouvant dans l’engagement des soldat de la république d’Irlande, son courage et son orgueil, l’homme-soldat, prêt à tout, même à vivre nu, dans sa merde, battu chaque jour, pour qu’enfin l’Irlande soit rendue aux irlandais. Mais il parle aussi des blessures. Celles du corps sans importance, celles de l’âme qui finissent par ronger même les plus courageux. Un tir malencontreux, un martyr et un héros, et dans l’ombre, l’ennemi qui a vite compris et qui attend son heure, le moment où le mensonge sera devenu légende et où briser la légende serait déjà trahir.

Le « témoignage » de Tyone Meehan est bouleversant et rappelle encore et encore que les combats les plus juste peuvent finalement détruire le cœur des plus forts, ces idéalistes que rien ne peut retourner, si ce n’est la peur de décevoir… 

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